CHAPITRE rv
les fidèles de prier pour les défenseurs de la chrétienté qui combattaient contre les Turcs. Des indulgences furent accordées à tous ceux qui , au son des cloches , réciteraient à cette intention , le Pater et Y Ave Maria. Telle fut l'origine de Y Angélus , que les usages de l'Eglise catholique ont consacré et conservé jusqu à nos jours. Réduit à ces seules forces, Hunyade fit des "prodiges de valeur. Saint Jean de Capistran , armé de la croix et toujours sur la brèche , communiquait aux soldats chrétiens un courage surhumain. Tout plie devant ces héros, et le fier Mahomet, grièvement blessé , se retire en frémissant avec les débris de son armée (6 août 1456). Si l'Europe avait, en ce moment, secondé les vues généreuses du souverain Pontife , les Ottomans auraient assurément perdu l'empire de Constantinople. Mais des intérêt» et des rivalités nationales occupaient alors tous les prince». Pour comble d'infortune , les glorieux libérateurs de Belgrade, Hunyade et Capistran , moururent l'année même de leur triomphe, et les Turcs continuèrent à menacer le monde catholique de leur puissance toujours croissante.
Le pontificat de Calixte III tut abrégé par 1* douleur que lui causait l'invincible indifférence des rois chrétiens. Profond jurisconsulte , il fit réviser le procès de Jeanne d'Arc , et réhabilita , comme nous l'avons dit , la mémoire de cette héroïne. Ferme dans ses desseins, il sut faire respecter le pouvoir dont il tenait le sceptre. Juan II , roi d'Aragon , dans le royaume duquel il était né, prétendait le régir encore sur le trône pontifical. Lui ayant fait demander , par ses ambassadeurs , comment il voulait vivre avec lui : « Qu'il gouverne ses Etats , répondit le Pape , et » qu'il me laisse gouverner l'Eglise. » L'histoire n'a fait à Calixte III qu'un seui reproche : celui d'avoir, par tendresse pour sa famille , élevé aux dignités ecclésiastiques soc neveu , Rodrigue Lenzuoli (cardinal Borgia, depuis Alexandre VI), dont les mœurs 3t le caractère n'étaient pas ceux d'un ministre des autels. Calixte III mourut à quatre-vingts ans (6 août 1458).
g 5. Pontificat de Pie II (27 août 1458-14 août 1464)
26. Le siège de Rome peut changer de titulaire; il ne change m. 37
*7S pie " (1457—1464).
pas la ligne <k &* politique par rapport aux grands intérêts do monde. Les safïr^es des cardinaux , à la mort de Calixte TIT , se portèrent sur j*Rnéas Sylvius , l'ancien secrétaire du concile de Baie , dr»nt nous avons cité la généreuse rétractation et le^ nobles paroles adressées à Eugène IV. Il s'était frayé le chemin au sou«» verain pontificat par sa science , son éloquence , son habileté et sa prudence dans le maniement des affaires. Poète, historien, orateur, il a laissé un nom glorieux. A son avènement il prit le feom de Pie II , et annonça hautement l'intention de continuel les projets de son prédécesseur pour la guerre d'Orient. Il conçut le dessein d'une assemblée générale, où l'on traiterait des moyens de l'entreprise et de l'exécution de cette importante affaire , et désigna la ville de Mantoue pour le lieu du congrès , dont il fixa l'époque au lw juin 1459. Tous les rois, tous les princes de f Europe furent invités à s y trouver en personne , ou du moins à s'y faire représenter par leurs ambassadeurs. Disons-le , à la honte de cette époque , l'appel du souverain Pontife fut encore une fois inutile. Chypre , Rhodes, LesLos, l'Albanie , l'Epire, la Bosnie , l'Iliyrie , c'est-à-dire les provinces menacées par l'inva- *ion ottomane, envoyèrent leurs représentants ; mais ils ne trouvèrent aucune bonne volonté dans les nations occidentales. Pie II parla plusieurs fois , les larmes aux yeux , du danger qui menaçait l'Europe, et de la nécessité d'y porter de prompts et d'énergiques secours. Il offrit , pour la guerre sainte , toutes les ressources dont il pouvait disposer , et voulut que tous les revt nus du Saint-Siège , dans les royaumes de la chrétienté , fus, en! exclusivement consacrés à ce Lut unique Mais la France rei usa de payer les subsides : le parlement appela du jugement du Pontife au futur concile général. Charles Vil , dont le règne laborieux s'achevait au sein d'une prospérité inespérée , ne songea point à en remercier la Providence , en secondant les généreux 6§brts de Pie II* L'Allemagne , qui avait plus d'intérêt et de facilité qu'aucune autre à s'opposer aux progrès du Mahométisme, était tout entière occupée par des luttes intestines. La guerre des Deux. Roses ensanglantait l'Angleterre. L' Aragon attaquait la Catalogne. L'Italie méridionale elle-même devenait le théâtre de continuels combats. Le royaume de Naples. cette proie si