CHAPITRE V, 5ft
la Pologne ; le cardinal Bessarion pour la France ; te cardinal Bargia pour l'Espagne. En même temps il nomma le cardinal Garaffa co$«&!&.fdant en chef de l'armée de mer, composée de la flotte pontificale, de celles des Vénitiens et du roi de Naples. Le cardinal d'AcpJée ne put réussir à terminer les différends des princes d'AIÎy magne entre eux, sa mission échoua complètement. Celle de Bessarion n'eut pas un meilleur succès en France, où Louis XI s'occupait d'expéditions moins lointaines que celle de Turquie. Borgia, magnifiquement accueilli en Espagne, sa patrie, ne réussit qu'à amasser, pour son propre compte, de grandes sommes d'argent, qu'à son retour il perdit dans un naufrage, où il faillit périr lui-même. Le cardinal Caraffa seul eut un heureux succès dans l'expédition navale qu'il fit conjointement avec les flottes vénitienne et napolitaine. Son armée s'empara d'Attalie et de Smy.vne , après avoir battu les troupes ottomanes.
7. Un nom à jamais illustre ^ couvrait alors de gloire en défendant l'île de Rhodes contre toutes les forces de Mahomet IL Émule de Hunyade et de Scanderberg, Pierre d'Aubusson, grand-maître des chevaliers de Saint-Jean de Jéwsalem, descendait par son père des anciens comtes de la Marche* et « par sa mère, il était allié aux rois d'Angleterre. Le sang des héros qui coulait dans ses veines, l'appelait naturellement aux grandes choses. Il se montra digne de sa naissance et surpassa la gloire de ses aïeux. A la nouvelle des armements de Mahomet, Pierre d'Aubusson appela à Rhodes les chevaliers de toutes les parties de la chrétienté. « L'ennemi est aux portes, leur écrivait-il; le » sultan ne met plus de bornes à ses projets ambitieux , sa puis- » sance devient de jour en p*&v plus formidable ; il a une multi- » tude innombrable de soldat*, d'excellents capitaines et des » trésors immenses. Nulle ressource que dans notre propre va- » leur, et nous sommes perdus , si nous ne nous sauvons nous- » mêmes. Accourez donc, avec autant de zèle que de courage, » au secours de la religion. C'est votre mère qui vous appelle, » une mère tendre, qui vous a nourris et élevés dans son sein. » Y î»arait-il ur seul chevalier assez ingrat pour l'abandor^er à » la fureur de» Barbares? » Tous répondirent au généreux ap-
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pel de leur grand-maître, en protestant qu'ils étaient prêts à verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang, pour la défense de leui- foi. Afin que le service ne fut point retardé par la diversité du commandement et la lenteur des conseils, tout le chapitre conjura Pierre d'Aubusson de se charger seul et avec une auto-> rite absolue, des opérations militaires et de 1* administration des finances. C'était une espèce de dictature dont on jugea à propos de le revêtir, pendant l'orage dont Mahomet menaçait l'Ordre. Au mois de mai 1480, la grande flotte des Ottomans parut devant Rhodes : elle était forte de 160 vaisseaux de haut bord, portant 100,000 hommes de débarquement, commandés parle grand ▼isir Paléologue, renégat de la race des derniers empereurs grecs, qui s'était vendu au chef de l'empire antichrétien. Le siège dura deux mois. Tous les moyens de réduire la place furent employés : attaques de jour et de nuit, canonnades effroyables, surprises silencieuses , transfuges chargés d'empoisonner le grand-maître et de signaler à l'ennemi les endroits faibles. Quelques chevaliers perdirent courage et parlèrent de se rendre. Pierre d'Aubusson les fit venir. « Si quelqu'un de vous ne se trouve pas en sûreté » dans cette place, leur dit-il, le port n'est pas si étroitement » bloqué, que je ne trouve le moyen de vo^s en faire sortir. » Mais si vous voulez demeurer ici, qu'on ne parle jamais de » composition, ou je vous fais tous passer au fil de l'épée. » Honteux de leur faiblesse, les chevaliers promirent de l'expier dans leur sang ou dans celui des infidèles , et ils tinrent parole. Les Turcs avaient fixé l'assaut général au 27 juillet. Pendant la nuit ils s'avancent en bon ordre, et, dans le plus grand silence, escaladent les remparts sans la moindre résistance, s'en rendent maîtres et y arborent leurs drapeaux- C'en était fait de Rhodes, sans l'énergie et l'indomptable courage de Pierre d'Aubusson. Averti du péril, il Accourt en armes, fait déployer le grand étendard de l'Ordre, a Allons, mes frères , dit-il aux chevaliers qui l'en- » tourent, allons combattre pour sauver Rhodes, ou nous ense- » velir sous ses ruines. » 2,500 Turcs occupent la brèche, et le rempart; il fait monter contre eux à l'assaut et se précipite le premier sur l'échelle : deux fois il est blessé , deux fois il se relève et parvient enfin sur le rempart avec ses chevaliers. Le