CHAPITRE V
» roi de France, dit-il à Lautrec, ne peut, sans forfaire à sa 0 consAience et aux lois de l'honneur, songer à rétablir la prag- » matique sanction, dont il a lui-même solennellement reconnu a l'injustice. Si cette ordonnance est légitime, comment a-t-il pu » la révoquer antérieurement par ses édits? Si elle est contraire » aux règles canoniques, aucune loi ne peut procurer son réta- » blissement. Quant aux affaires de Florence, le jugement des » ecclésiastiques et l'administration des choses spirituelles n'ap- » partiennent point au roi ; ils regardent exclusivement le chef » de l'Eglise. » Lautrec fit alors sa protestation solennelle, avec appel au futur concile et quitta Rome, laissant le Pape dans une situation pleine de dangers. Elle se dénoua pourtant d'une manière pacilique. L'empereur d'Allemagne, Frédéric III, interposa sa médiation. Il obtint du roi de France et des princes d'Italie , qu'ils enverraient leurs ambassadeurs à Florence , pour employer leurs soins à trouver quelque voie d'accommodement. Laurent de Médicis négocia la paix, qui fut conclue Fan 1480, et Sixte IV, pour faire servir du moins contre les Infidèles, une lutte qui avait failli renouveler, dans l'Eglise, les horreurs du schisme, imposa à la république de Florence la condition d'équiper quinze navires pour la guerre contre les Turcs.
9. La mort de Mahomet avait délivré l'Italie du plus grand péril qui l'eût jamais menacée. Les diverses républiques étaient pacifiées, et Sixte IV construisit, à Rome, l'église de la Paix, pour perpétuer, par un monument durable, le souvenir de ces heureux événements. Du reste, les factions ne tardèrent pas à renaître. L'espri* de discorde soufflait sur tous les Etats de la Péninsule, depuis qu'une multitude de souverainetés particulières s'étaient créées dans les différentes villes , au profit de quelques familles puissantes. Cette situation amena, pour le Saint-Siège, la nécessité politique de reconstituer l'unité du pouvoir, en étouffant les tyrannies des seigneurs. Telle sera dé* formais la politique des souverains Pontifes. Sixte IV l'inaugur'a avec une fermeté digne de son caractère, et mourut le 13 août »48|p après un laborieux pontificat.
10, Louis XI l'avait précédé au tombeau (30 août 1482). L'approche de la mort avait éveille, dans l'àme du monarque r le*
59ô sixte iv (1471-1484).
plus formidables terreurs. Il avait vécu de manière à craindrf plus qu'un autre le jugement de Dieu. Les images en plomb de 'a sainte Vierge et des saints qu'il portait à son chapeau ; les nombreuses offmndes qu'il faisait aux sanctuaires les plus révérés ; les prédictions de ses astrologues favoris, et les ordonnances des médecins dont il s'entourait, ne suffisaient pas à le rassurer. A cette époque, vivait, au fond de l'Italie, saint François de Paule, illustre solitaire de la Calabre, fondateur d'un nouvel ordre religieux, celui des Minimes. Les miracles que Dieu faisait par son intercession, avaient rendu son nom célèbre. Il s'était retiré vers l'an 1425, dans une solitude affreuse, au milieu des montagnes de sa patrie. Des disciples vinrent se mettre sous sa direction , et embrasser la vie érémitique dans toute sa rigueur. Le peuple les appela les Ermites de saint François; mais l'humble fondateur voulut qu'ils portassent le nom de Minimes , pour leur apprendre à se regarder comme les derniers d'entre les religieux. La règle qu'il leur donna était très austère, et imposait, à ceux qui la suivaient, un carême rigoureux et perpétuel. Il la perfectionna avec le temps, et en composa une seconde pour les religieux de son institut, et une troisième pour le tiers-ordre. Tel était l'homme dont Louis XI voulait se voir assisté à son lit de mort. Peut-être espérait-il que les prières du saint lui prolongeraient encore une vie, à laquelle il tenait par tant de liens. Les envoyés du roi de France, munis des lettres de leur maître, vinrent trouver François de Paule, qui refusa de se rendre à leur invitation. Pressé par le roi de Naples, à l'entremise duquel Louis XI crut devoir recourir, l'homme de Dieu lui répondit : k Est-il raisonnable de faire un voyage de quatre cents lieues » pour un prince qui ne demande que la guérison du corps? » La résistance du saint redoublait l'impatience du vieux monarque, qui s'adressa au Pape, et le supplia d'employer sa média-tion toute puissante. Sixte IV adressa à François de Paule un bief, avec injonction de partir immédiatement pour Plessis-lès- Tours, résidence du roi. François de Paule se soumit. Son voyage à travers l'Italie et les provinces méridionales de la France ressemblait à un triomphe. Louis XI envoyante Dauphin, •on fils, le recevoir à Amboise. Lui-même, à son approche, se