‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 308 sur 332 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

à ses pieds, les yeux baignés de larmes et le conjura de demander à Dieu la prolongation de ses jours. François de Paule lui promit l'assurance de ses prières, mais l'exhorta plutôt à purifier son âme , qu'à vouloir rétablir un corps faible et usé par les infirmités. Louis XI suivit ses conseils, et mourut, quelque temps après, implorant, jusqu'au dernier soupir, la protection de la sainte Vierge. « Notre-Dame d'Embrun, ma bonne mai- » tresse, répétait-il, aidez-moi. » François de Paule, après la mort du monarque, sollicita vainement, de sec successeurs, Charles VIII et Louis XII , la permission de retourner en Calabre. Ces deux princes ne consentirent jamais à se priver des lumières et des secours du saint, qui mourut, en 1508, au monastère du Plessis-lès-Tours, qu'il avait fondé.

g S. Pontificat d'Innocent ¥111 (29 août 1484-25 juillet 1492).

11. Le cardinal de Melfi, Jean-Baptiste Cibo , noble génois, fut élu pour succéder à Sixte IV, et prit le nom d'Innoeent VIII. Avant son entrée dans les ordres, il avait été marié; deux de ses enfants vivaient encore au moment de son exaltation. François Cibo, l'aîné, épousa la fille de Laurent de Médicis, et deviiat la tige des princes de Massa. Quoiqu'il n'y eût rien dans ces antécédents que de très légitime, la malignité de quelques auteurs contemporains s'est emparée de ces circonstances, pour faire planer sur la jeunesse du nouveau Pape des soupçons odieux, dont l'histoire sérieuse fit justice. L'Orient attira d'abord les regards d'Innocent VIII. La succession de Mahomet II avait été le signal de luttes intestines dans l'empire ottoman. De ses trois fils , Mahomet avait fait étrangler Mustapha, l'aîné , jaloux qu'il était de la renommée du jeune prince et de sa gloire militaire. Restaient deux frères, Bajazet et Zizim, qui se disputèrent, les armes à la main, l'héritage paternel, avec d'autant plus d'achar* nement que Mahomet n'avait point désigné en mourant son sue cesseur. Bajazet fondait ses prétentions sur le droit d'aînesse, plus généralement reconnu en Orient. Zizim invoquait un ancien usage Jes empereurs grecs qui donnait le trône au Porphyrogénète, à l'exclusion des autres frères. Or, Zizim était né depuis

S:.<8 innocent vin (1484-1492).

la conquête de Constantinople. La guerre civile qui résurfa de cette rivalité 9 se termina à l'avantage de Bajazet. Zizim vaincu se réfugia, à Rhodes, sous la protection du grand-maître Pierre d'A.ubusson. La personne d'un prétendant turc était une possession qui pouvait servir au plus haut degré les intérêts du monde catholique. Tous les princes chrétiens se disputaient l'avantage d'offrir un asile à Zizim. Mathias Corvin , roi de Hongrie, qui avait eu l'honneur d'arrêter Mahomet II au milieu de ses conquêtes; les rois de Sicile et de Naples, dont les provinces étaient menacées par les incursions continuelles des Turcs, revendiquaient le prince fugitif. Mais les conseils de Charles VIII prévalurent : le roi de France avait estimé que la garde d'un ilel dépôt devait être remise à Innocent VIII. Le crédit dont jouissaient les Papes et la confiance qu'ils inspiraient avait dicté cette détermination. En conséquence, Zizim partit pour la capitale du monde chrétien. Quand il fut présenté à Innocent, le prince musulman appuya ses lèvres sur l'épaule droite du Pontife. Quelle singulière entrevue que celle d'un prétendant turc, demandant asile au chef de la .chrétienté! Bajazet ne voyait qu'avec inquiétude son frère accueilli par les rois de l'Europe , comme une menace de guerre toujours suspendue sur sa tête. Du reste Zizim, dans l'honorable captivité qui lui était faite, se montra digne des égards dont on l'environnait. La noblesse de son caractère avait touché le cœur du souverain Pontife, qui chercha à le convertir à la foi chrétienne. « Non, non, répondit le jeune prince, je » n'abjurerais ma religion ni pour l'empire ottoman, auquel j'as- » pire encore, ni pour la souveraineté de toute la terre. » Innocent VIII respecta le scrupule de conscience du prétendant et lui adressa des paroles d'amitié et de consolation.

12. L'occasion était favorable pour tes princes européens. S'ils se fussent alors réunis dans une même pensée; si, tournant contre l'ennemi commun les armes qu'ils employaient à s'entredétruire , ils eussent annoncé au monde la résolution de rétablir Zizim sur son trône, la chute de l'empire ottoman était presque inévitable. Innocent VIII le comprit. Il fit équiper une flotte de soixante galères , et munir de troupes les villes de la Marche d'Ancône. Il écrivit au roi de Naples et aux autres puissance*

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