CHAPITRE V
révolution populaire chassa les Médicis de Florence. Il s'agissait d'inaugurer Mie nouvelle forme de gouvernement. Le pneui dominicain en est chargé. Il renonce pour quelques jours à la chaire, se meta >7r*?uvre, et improvise une constitution, calquée sur celle de Venise. Elle est lue p^ lui à la cathédrale, de van le peuple et ïes magistrats. Dès lors , le moine est tout ensembî prêtre , magistrat , juge et législateur. Il n'employa son immense crédit que pour la plus grande gloire de Dieu. Les résultats qu'il obtint paraîtraient, de nos jours, incroyables. H fait élever, sur la place publique, huit pyramides, où Ton entasse pêle-mêle les livres dangereux^ les parures indécentes , les instruments des jeux profanes, et y met le feu. Toute la ville vint assister à cet holocauste du monde sensuel, offert au Dieu de la pénitence et de la mortification.
22. Jusque-là Savonarole s'était montré digne de sa renommée : mais l'esprit du Seigneur, qui l'avait animé dans la première période de sa vie , sembla se retirer de lui pendant la seconde. Un moment suffit pour dissiper, comme une vapeur légère, tout le prestige dont son nom avait été si longtemps environné. La constitution qu'il avait donnée aux Florentins portait, ôntre autres articles, que tout citoyen condamné pour délit politique aurait le droit d'en appeler au grand conseil de la nation. Cinq conspirateurs sont arrêtés et condamnés à la peine capitale. Ils en appellent au grand conseil, suivant la loi. Savonarole s'oppose à cet appel , et ils sont exécutés. Aussitôt l'indignation bouillonne dans tous les cœurs. Le religieux ne répond au soulèvement populaire que par des invectives lancées du haut de la chaire chrétienne, non plus seulement contre les vices, mai*? contre les personnes. La cour romaine, les cardinaux, le Pape ne sont pas épargnés. Le clergé séculier se sépare de lui, k peuple se soulève, mille i>ra» s cirmeui Contre l'idole liecnue. De toutes parts on demande une prompte et juste satisfaction. La décision de cette grande cause fut déférée à Alexandre VI. Le Pape enjoignit au moine de garder le silence, en attendant qu'on eût prononcé sur sa personne. En même temps il l'invitait à venir à Rome pour expliquer sa conduite et se justifier. Savonarole refusa et continua ses déclamations furibondes. Une seconde,
une troisième admonition du Pontife n'eurent pas plus de succès. Alexandre VI fulmine alors contre le rebelle une sentence d'excommunication qui est lue publiquement dans toutes les églises de Florence. Le dominicain superbe avait repoussé les avances de la miséricorde, il se rit des foudres de la justice, poursuit ses prédications sacrilèges et se pose audacieusement en adversaire devant le chef suprême du monde chrétien. L'archevêque de Florence instruit le procès du schismatique. Savonaroie subit le supplice du feu après s'être confessé, avoir reçu le corps du Sauveur et accepté l'indulgence plénière, in articulo mortis, que le Pape lui fit offrir (1498). Ainsi finit, victime d'un orgueil désordonné, l'un des plus beaux génies du xve siècle.
23. Cependant Louis XII, le Père du peuple, avait succédé k Charles VIII , sur le trône de France , où il inaugura la branche des Valois d'Orléans. Contraint, dans sa jeunesse , à épouser la fille de Louis XI, la princesse Jeanne, il profita de son avènement au pouvoir pour faire casser un mariage que la terreur seule lui avait imposé. Il s'adressa dans ce but à Alexandre VI, qui, après avoir sérieusement examiné l'affaire, crut devoir se prêter aux désirs du roi (1). César Borgia fut envoyé en France, pour y porter la bulle de dissolution. Ce fut en cette occasion que Louis XII lui donna le titre de duc de Valentinois. — Charles VIII n'avait prétendu, comme héritier des droits de la maison d'Anjou, qu'à la succession du trône de Naples. Louis XII, par son aïeule Valentine Visconti, revendiqua le Milanais et annonça hautement l'intention de s'approprier ces deux magnifiques domaines, le premier, comme héritage personne1., le second, comme droit acquis, par dévolution, à sa couronne. Les circonstances étaient favorables. Ludovic Sforce , le More , avait révolté les
(1) Les procédures auxquelles donnèrent lieu les réclamations de Louis XII pour faire casser son mariage avec Jeanne de France , établirent clairement que Louis XI avait usé non-seulement d'une contrainte morale, mais de violences parfaitement caractérisées pour forcer Louis XII à épouser sa fille II avait été jusqu'à le retenir ra prison pendant trois ans. Le défaut de consentement libre constituait donc *n empêchement dirimant ; et le mariage put être cassé par Alexandre VI, auquel on a injustement reproché» dans cette circonstance, um infraction aux règles ctsoniques.