‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 314 sur 332 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Milanais par sa tyrannie. Frédéric III, de Naples, qui venait de succéder à Ferdinand II, était en lutte avec le Saint-Siège. Tous les princes italiens, le Pape à leur tête, entrèrent dans les vues de Louis XII qui passa les Alpes à la tête d'une brillante armée, commandée par d'Aubigny et le maréchal Trivulce L'invasion fut rapide : les revers la suivirent de près. La victoire de Cérizoles fut le pendant de celle de Fornoue, mais ne fit qu'ajouter une page brillante à l'histoire de la France, sans apporter un pouce de terre à sa domination. Pendant ces mouvements d'hommes et ces fracas de guerre, Alexandre VI termina boa pontificat. «Il » mourut, dit un historien de sa vie, d'un accès de fièvre tierce. » Sentant sa fin approcher, il reçut les sacrements avec une piété » édifiante , et rendit le dernier soupir entouré des cardinaux. » Il y a loin de ces paroles au récit des romanciers, qui prétendent qu'Alexandre VI mourut empoisonné par imprudence, à la suite d'un festin , où il avait bu dans une coupe pleine fî'un breuvage vénéneux, qu'il destinait à quelques cardinaux dont il voulait se défaire. La mort d'Alexandre VI a été calomniée comme sa vie (1503). Ses derniers instants avaient été consacrés à une grande et belle pensée. Il avait fait des efforts sérieux pour amener les princes à une croisade contre les Turcs : mais il ne réussit qu'à envoyer un secours aux Vénitiens qui soutenaient seuls alors tout le poids de la guerre. — Quel que soit le jugement que Ton porte sur Alexandre VI , comme homme privé, on ne peut disconvenir que, dans toute son. administration, il se soit montré un habile politique, et ait rendu les plus grands services à l'Eglise et à l'Italie. « C'est surtout, en pffet, depuis son pontificat, que » les Papes ont commencé à figurer commv puissance séculière, » et que lTtalie a vu son unité se rétablir sur les ruines d'une » foule de petits souverains qui s'étaient partagé son territoire. »

g 5. Pontificat de Pie III (23 septembre 1503-18 octobre 1503).

24. Après la mort d'Alexandre VI, le conclave élut Pape le cardinal de Sienne, François Piccolomini, qui prit le nom de Pie TII. Il était neveu d'^Enéas Silvius. On pensait qu'il ferait revivre la gloire de son oncle ; mais après un règne de queïque* semaines, Dieu le retira de ce monde : la tiare qu'il avait as à

614 Jules h (1503-1513;.

peine le temps de porter, ne devait servir qu'à orner son tonoe» beau.

g 6. Pontificat de Joies II (31 octobre 1503-21 février 1313).

25. « Jules II, élu le 31 octobre 1503, à l'unanimité des suf- » f rages, pour succéder à Pie III, devait être le Moïse de l'Italie. » Nous ne connaissions pas, dans l'histoire, un homme prédestiné » à porter une couronne, qui réunisse, comme Jules II, toutes » les qualités qui font les grands rois. Il est impénétrable à l'œil » comme à l'oreille, et cependant étranger à la dissimulation , » hardi à concevoir un projet, et jamais imprudent, quand il » s'agit de l'exécuter. Sa détermination est prompte et toujours » calculée. Il est patient dans l'infortune, courageux dans le » danger, miséricordieux dans la victoire (1). » Presque toute l'Italie se trouvait alors au pouvoir de l'étranger. En apprenant son élection, Jules II s'écria : « Seigneur, délivrez-nous des Bar- » bares ! » Il entendait par 1«, les étrangers et tous les petits souverains qui se disputaient la souveraineté de chaque ville. Cette parole du Pape indiquait assez la politique qu'il voulait désormais faire prévaloir. La restauration de l'unité italienne devint dès lors sa préoccupation unique et constante. Cette œuvre à laquelle il voua son pontificat, le lança nécessairement dans des entreprises militaires qu'on lui a reprochées. On a trop oublié , en jugeant ce Pontife , qu'il était dépositaire d'une couronne tem- /K)relle, en même temps que d'un pouvoir spirituel. Aux yeirj d'un historien impartial , la gloire de Jules II est d'avoir conservé l'une et l'autre dans leur intégrité, au milieu de perpétuels ©rages.

26. Les Vénitiens, à la faveur des derniers troubles, s'étaient emparés des provinces de la Romagne. La fameuse ligue de Cambrai fut signée, contre eux, entre le Pape, l'empereui Maximilien, qui avait succédé à son père Frédéric III, en 1493, et les rois de France et d'Espagne (1508). Battus par les Français, les Vénitiens fléchirent Jules II à force de soumission et la ligne fut rompue. Mais Louis XII n'avait vu, dans cette alliance, qu'un

(i) M. Audin, Histoire de Léon X, t. i, p. 257. ( Edit. in-12.)

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