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moyen politique de se maintenir en Italie. Il refusa de cesser les hostilités, et, pour se venger du Pape, il soutint dans sa révolte le duo de Ferrare, vassal rebelle du Saint-Siège. Jules II, blet*sé dans ses droits de suzerain, excommunia Louis XII et forma une ligue contre lui. Ce fut le signal d'un nouveau schisme. Le roi de France irrité, ne songea plus en effet qu'à trouver les moyens de se soustraire à l'autorité du Pape. Il assembla ses évêques à Orléans, puis à Tours, et leur soumit quelques questions, dont les réponses, basées sur les conciles de Baie et de Constance, amenèrent les prélats à cette conclusion : que le Pape Jules II serait averti at sommé de réunir un concile général , et que, s'il refusait, on aviserait au moyen d'y pourvoir (1510). L'année suivante, le roi de France défendit à son clergé tout rapport avec la cour de Rome , et se concerta avec l'empereur Maximilien pour la tenue d'un prétendu concile général. Trois cardinaux, Brissonnet, Carvajal et Borgia, le convoquèrent à Pise, où se fit, en effet, l'ouverture d'un conciliabule (1511), composé de quatre ou cinq cardinaux, de quelques évêques et archevêques, et d'un grand nombre de docteurs et jurisconsultes français. Le clergé allemand ne voulut point y être représenté. Nulle part, même en France, on ne prit au sérieux cette parodie sacrilège. Après les trois premières sessions, les évêques schismatiques, ne se croyant plus en sûreté au milieu des Pisans, se réfugièrent à Milan , où ils ne furent pas mieux accueillis. Ils y tinrent encore cinq sessions , puis se retirèrent à Asti, et de Là à Lyon , où le concile œcuménique de Louis XII expira , sous h -ridicule et le mépris universel. Tous ses actes n'avaient été que des anathèmes et des sentences de déposition mille fois répétés, contre le souverain Pontife légitime. C'était le concile de Bàle au petit pied.
27. Cependant, Jules II avait convoqué, à Rome, un véritable concile œcuménique, qui fut le dix-septième général et la quatrième de Latran. Il s'ouvrit le 3 mai 1512. On y compta plus de cent évêques, archevêques et patriarches, un grand nombre de docteurs, de chefs d'ordre et d'abbés. L'empereur Maximiiien , Henri VIII d'Angleterre, le roi d'Aragon, la république de Venise, s'étaient fait représenter par leurs ambassa-
616 jules il (1503-1513).
deurs. Le général des Augustins , chargé de prononcer le distours d'ouverture , y fit une description pleine de couleur , des (naux qui affligeaient l'Eglise. «Peut -on voir aujourd'hui, » s'écria-t-il , sans gémir et sans verser des larmes de sang , les » désordres continuels et la corruption de ce siècle pervers , le » dérèglement monstrueux qui règne dans les mœurs , l'igno* 9 rance , l'ambition , le libertinage , l'impiété triompher dans la » lieu saint , d'où les vices devraient être éternellement bannis î » Qui de nous pourrait regarder d'un œil sec, et sans être péué- » tré de douleur, les campagnes d'Italie, teintes, arrosées, et, si » j'ose m'exprimer ainsi, plus imbibées de sang humain, qu'elles » ne le sont des eaux du ciel? L'innocence est opprimée, les villes » nagent dans le sang de leurs habitants, égorgés sans pitié ; les » places sont jonchées de morts; toute la république chrétienne » a recours à vous; elle implore votre protection : il n'y a qu'un » concile qui puisse remédier au déluge de misères qui l'inonde » et la désole. » En présence d'un champ si vaste, ouvert à leur zèle, les Pères de Latran se mirent à l'œuvre. Dam; les cinq premières sessions, on condamna tous les cardinaux rebelles et tout le conciliabule de Pise. La Pragmatique sanction, cette arme qui était restée aux mains du roi de France, pour s'en servir, à Toc* casion, contre l'autorité pontificale, fut anathématisée. On déclara nulle toute élection d'un antipape ; et ce décret, porté dans la cinquième session, fut le dernier de Jules II, qui mourut le 21 février 1513. A ce moment, la politique du Pape était triomphante. Les Français étaient chassés d'Italie, tous les tyrans bannis des villes qu'ils avaient si longtemps opprimées; la voie était préparée au siècle de Léon X .
28. Les préoccupations gouvernementales de Jules II ne s'étaient pas bornées aux soins de la politique et de la guerre : les arts et les lettres avaient trouvé en lui un protecteur instruit et celé. Il conçut le projet de rebâtir l'église de Saint-Pierre qui tombait en ruine. Il s'adressa au célèbre Bramante, qu'il chargea de lui donner le plan de cette construction gigantesque. Des indulgences furent publiées en faveur de tous ceux qui contribueraient à l'édifier. Le 1 8 avril 1 506 il en avait posé solennellement la première pierre en présence des cardinaux et d'une foule im-
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oaense. Au milieu des luttes sanglantes des principautés italiennes, les lettres et les arts commençaient dès lors ce mouvement de renaissance qui doit prendre un si magnifique développement sous Léon X. Le moyen âge était fini, ses aspirations faisaient place partout à l'étude et à l'imitation de l'antiquité païenne. La perfection de la forme occupait exclusivement les poètes, les peintres , les sculpteurs ; ils rompaient peu à peu avec les traditions chrétiennes du moyen âge ; ils ne s'inspiraient plus que des œuvres de l'antiquité, La destruction de la basilique de Saint- Pierre fut l'expression de cette tendance. Michel-Ange et Bramante, ces deux illustres chefs de l'art à cette époque, firent cesser leurs divisions pour pousser Jules II à cet audacieux projet. Porter la main à la vieille métropole de la chrétienté eût été, aux yeux du moyen âge, une témérité sacrilège. Mais l'élan était donné : les lettres païennes, ressuscitées à la d aie de Constantinople, avaient préparé le retour de Fart païen. Jules II sui* vait l'esprit de son siècle. L'antiquité l'emportait, le culte de la forme allait inspirer les chefs-d'œuvre du xvi8 et du xvne siècle. Le développement complet de ces tendances *«q>artient à l'histoire de l'époque suivante.
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