‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 319 sur 332 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Paris, à l'époque de la Renaissance, en est une preuve incontestable.. Au moment où les esprits, par un entraînement peut-être exagéré « allaient se précipiter en foule dans les sentiers de l'Oympe païen , les ordres religieux durent protester contre ce que îette tendance trop exclusive offrait de dangers. Si leurs efforts demeurèrent infructueux, il faut sans doute en accuser la faiblesse de l'esprit humain, qui ne sait guère se garder de l'excès eu tout genre ; mais il serait souverainement injuste de les accuser d'un parti pris d'ignorance contre lequel leurs savants écrits et leur laborieuse érudition protestent suffisamment.

8. La prédication évangélique avait alors de nombreux et illustres représentants. Jean de Vicence, cet orateur de la paix, dont la parole semblait destinée à éteindre en Italie toutes les divisions et toutes les haines, se fît un nom immortel. Les merveilles de conversion qu'on raconte de lui rappellent les plus beaux temps de la religion; et jamais, peut-être, depuis saint Bernard , une telle puissance n'avait été donnée à la parole d'un apôtre. L'Allemagne avait dans le moine franciscain Bertold, un orateur non moins populaire, et dont les succès furent toujours étrangers aux controverses politiques que Jean de Vicence mêla trop souvent à ses discours. Jean Tauler, sur les bords du Rhin, faisait retentir les chaires chrétiennes d'un genre d'éloquence, moins facile et moins brillant en apparence, qu'il réussit cependant à élever à la plus sublime hauteur. Ce religieux dominicain avait étudié la théologie à Paris. Il était ensuite retournée Strasbourg, sa patrie, où son âme ardente et tendre s'ouvrit aux inspirations de la plus pieuse mystiritè. Les ouvrages qui nous restent de lui sont classiques sur cette matière. Mais ce qu'au témoignage de seb contemporains, il est impossible de rendre, c'est le charme invincible , l'attrait puissant , l'onction , la grâce de -ses discours. On raconte que son humilité, effrayée de ces prodigieux succès, le fit renoncer à la çhfiire. Il passa deux années dans la retraite et la méditation des mystères de la vie de Jésus-Christ, ne voulant plus paraître en public, au milieu de ces flots d'auditeurs dont son éloquence le rendait roi. îî lui fallut enfin céder aux ordres réitérés de ses supérieurs. Quand il se vit de nouveau en présence de cette multitude avide de sa

parole^ des sanglots s'échappèrent de sa poitrine, ses yeux versèrent un torrent de larmes, et ce fut là tout son discouis. Cette éloquence muette convertit plus d'âmes que les plus magnifiques accents. — Saint Vincent Ferrier obtint les mêmes succès dans les provinces de l'Italie, de la France et de l'Espagne, qu'il parcourut en missionnaire. Les villes le recevaient avec des transports d'enthousiasme; on dressait à son arrivée des arcs de triomphe ; on portait sur son passage des radeaux verts, et on criait , comme à l'entrée du Sauveur à Jérusalem : « Benedictus qui venit in nomine Domini. » — Le moine franciscain Jean Capistran, parcourait les principales villes de l'Allemagne, de la Pologne, de la Hongrie et de la Bohême, combattant partout l'hérésie des Hussites, à laquelle il arracha plus de quatre mille sectaires. — Nous avons parlé de Savonarole, ce Dominicain célèbre dont Florence fut pendant quelque temps le royaume spirituel. S'il n'eût malheureusement porté dans la chaire sacrée les idées d'une politique toute humaine, qui le conduisirent à des excès déplorables et à une fin tragique, il serait resté le modèle des orateurs chrétiens.

9. Si la prédication de l'Evangile est un puissant moyen de sanctification et de salut pour les peuples , l'exemple de la vertu est encore plus éloquent. L'Eglise, à chaque période de son histoire, a toujours produit une abondante moisson de grands saints, qui attestent, par les merveilles de leur vie, l'admirable fécondité de la foi. Sainte Véronique de Milan, sainte Catherine de Gênes, offraient à l'Italie le spectacle de la plus haute perfection. La première, humble paysanne, n'avait reçu aucune instruction humaine, et ne savait pas même lire. Mais la grâce se fit son docteur, et lui révéla les secrets du royaume céleste , qui sont cachés aux savants et aux sages, et que Dieu manifeste aux petits et sux humbles de cœur. Les lumières intérieures qu'elle puisait dans l'oraison, la mirent en état de méditer presque sans cesse les mystères et les principales vérités de la religion. Entrée de bonne heure chez les Augustines de Sainte-Marthe de Milan, elle sentit la nécessité d'apprendre à lire, pour étudier les saintes Ecritures. Ses occupations manuelles ne lui laissaient pas un instant libre pendant le jour ; elle passait les nuits à cet exercice,

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