‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 320 sur 332 · CHAPITRE \lo · texte numérisé non relu

CHAPITRE \lo

et elle réussit enfin, sans le secours d'aucun maître, après des difficulté*» incroyables. Elle se plaignit un jour à la sainte Vierge de la lenteur de ses progrès. La Reine du ciel la consola dans une vision. « Bannissez cette inquiétude, lui dit-elle, il suffi/- » que vous connaissiez trois lettres : la première est la pureté du >> cœur, qui consiste à aimer Dieu par-dessus tout, et à n'aimer & les créatures qu'en lui et pour lui ; la seconde est de ne mur* $ murer jamais, et de supporter avec patience les défauts du » prochain ; la troisième est d'avoir, chaque jour, un temps mar- » que pour méditer sur la passion de Jésus-Christ. » Fidèle aux leçons de sa divine patronne , sainte Véronique avançait continuellement dans la voie de la perfection. Son cœur était constamment uni à Dieu par la prière ; et la vivacité de sa componction allait si loin, que ses larmes ne tarissaient presque jamais. Ses discours avaient tant d'onction, que les pécheurs les plus endurcis ne pouvaient résister à leur pieux attrait. Elle mourut en 1494, à l'heure qu'elle avait prédite elle-même; les nombreux miracles qui confirmèrent sa sainteté firent autoriser son culte par Léon X, — Sainte Catherine de Gênes, fille de Jacques de Fiesque, vice-roi de Sicile, illustra sa noble origine. Mariée d'abord à Un riche seigneur italien, Julien Adorno, il lui fallut subir la tyrannie du monde, et se livrer à ses plaisirs frivoles , à ce tourbillou d'affaires, de joies, de caprices, qui énervent l'àme dans une fatigue stérile et des distractions incessantes. Mais Dieu l'appelait à une vecation plus élevée. Son époux, converti par ses prières et son exemple, entra dans le tiers-ordre de saint François, où il mourut dans les sentiments de la plus vive piété. Catherine, dégagée de ses liens terrestres, prit la résolution de se faire la servante des malades et des pauvres, dans le grand hôpital de Gênes. La grâce qui la soutenait, lui donna le courage de vaincre toutes les répugnances de la nature. La femme du monde sut mettre, dans les soins qu'elle prodiguait aux membres souffrants de Jésus-Christ, la même délicatesse affectueuse et tendre, l'amabilité insinuante et douce qui l'avaient fait chérir dans ses relations de société. Sa charité éclata surtout pendant la peste qui fit à Gênes de terribles ravages, dans les années 1497 et 1501. Ses austérités avaient quelque chose d'effrayant.

Elle s'était tellement accoutumée à jeûner, qu'elle passa vingttrois carêmes et autant d'avents sans prendre aucune nourriture. Elle recevait seulement la sainte communion tous les jours, et buvait un verre d'eau, où elle mêlait un peu de vinaigre et de sel. Il est vrai de dire que les hosties qu'on donnait alors aux laïques, lorsqu'on leur administrait le sacrement d'Eucharistie, étaient beaucoup plus grandes qu'elles ne le sont aujourd'hui. On lit aussi, dans la vie de la sainte, qu'immédiatement après la communion, on lui présentait un calice avec du vin, comme on fait encore à la communion des ordinands (1). Une vie si sainte mérita à Catherine des faveurs et des grâces particulières. On la voyait souvent, dans la ferveur de son extase, s'élever vers le ciel; comme si son corps, rompant toutes les attaches qui le retenaient à la terre, eût voulu s'envoler vers le lieu de sa conversation et de son repos. Sainte Catherine de Gênes a écrit ellemême l'histoire de cette transformation merveilleuse, qui la rendait ici-bas une habitante du ciel. Ses livres, intitulés : Dia* logue et du Purgatoire, sont l'œuvre de la plus haute mysticité et de la plus sublime perfection. Dieu la favorisa de visions merveilleuses, où il lui révéla une partie de sa gloire, et lui lit sentir comme un avant-goût des joies célestes auxquelles elle était prédestinée. Sainte Catherine de Gênes mourut le 15 septembre 1510. Des guérisons miraculeuses signalèrent son culte à la dévotion publique , et Clément XII la canonisa solennellement en 1737. — - Un nom plus illustre encore que celui de sainte Catherine de Gênes, fut celui de sainte Thérèse, qui naquit dans les dernières années de ia sixième époque, et dont nous aurons à parler dans la suite de cette histoire. — C'était le temps des vertus héroïques et des grandes renommées sociales. Il semblait qu'à mesure que les peuples abandonnaient les voies de la piété

(t) Baillet a dénaturé tette circonstance en disant que sainte Catherine dl Gênes recevait l'Eucharistie sous les deux espèces. Cette réception de l'Eucharistie sous les deux espèces fut en usage pendant plusieurs siècles; mais les Hussites ayant prétendu qu'elle était de précepte divin et obligatoire pour tous les fidèles, l'Eglise catholique confirma d'abord par sa pratique et, quelque temps après , ç<*r ses décrets , la coutume universelle de ne communier que sous une seule espèce, celle du pain.

et de la ferveur, Dieu voulait montrer, par des prodiges nouveaux, que la sainteté n'est pas seulement utile à ceux qui en sont revêtus, mais qu'elle a des grâces plus générales pour te repos et le bonheur des nations. Pendant que l'Italie se précipitait avec enthousiasme vers l'humble cellule de sainte Catherine de Sienne, Jeanne d'Arc prouvait à la France que la piété vaut mieux que des armées, et que la foi sait aussi re\ aporter des victoires. — Le bienheureux Nicolas de Flue donnait alors à la Suisse l'exemple de la plus haute vertu. On le vit ^ 'arracher soudain aux charges et aux dignités de ce monde pour aller cacher sa vie au milieu des bergers des Hautes- Alpes . et comme si son renoncement n'eût pas encore été assez complet, il redisait sans cesse, dans son humilité : « Mon Dieu , mon Dieu , délivrez-moi * de moi-même. » Pendant vingt ans il fit ainsi fleurir la solitude; les populations se pressaient autour de l'homme d<* Dieu pour recueillir les paroles de grâce et de bénédiction qui sortaient de ses lèvres. En 1481, dans la fameuse assemblée de Stanz, son intervention opéra la pacification des confédérés suisses, qui renouvelèrent sous ses auspices la convention de Sempack, conclue en 1393.

10. Malgré la protestation vivante de tant de saintes âmes contre l'esprit général de relâchement et de désordre , il faut en convenir, le mal faisait des progrès effrayants. « C'est aux choses » sacrées, disait le dominicain Egidius de Viterbe au concile de » Latran (1517), c'est aux choses sacrées de changer les hommes, » et non à ceux-ci de changer les choses saintes. — Toute votre » attention, ajoutait-il en s'adressant à Jules II, doit se porter » sur l'amélioration des mœurs , sur le rétablissement de la vie p spirituelle, sur le moyen de mettre un frein aux vices, à la » volupté , à la propagation de l'erreur. » En effet, les peuples, livrés aux aspirations de la sensualité, ne comprenaient plus la sainte mortification de l'Evangile; en revanche, la superstition acquérait des proportions incroyables, surtout dans les classes inférieures, parmi lesquelles le plus grossier cnarlatanisme obtenait un facile et honteux succès. Les ténébreuses pratiques des arts magiques, de la sorcellerie et de l'alchimie étaient partout en horneur. La Papauté se préoccupa de ces travers de l'esprit

humain; Innocent VIII rendit des décrets rigoureux contre ce§ ridicules aberrations (1484).

1 1 . La discipline pénitentiaire n'avait pu échapper à la décadence générale dont la vie religieuse était frappée. L'impunité du crime encourageait le désordre , les scandales des clercs donnaient *rop souvent aux vices et à l'immoralité des peuples le plus Viste et le plus honteux prétexte. Les docteurs catholiques cherchaient vainement à rappeler, dans leurs écrits, la nécessité de la pénitence catholique , de ce." rigueurs salutaires auxquelles les chrétiens des premiers siècles se soumettaient avec une docilité si édifiante. Leur voix n'était plus écoutée : on ne tenait pas davantage compte des interdits et des excommunications que les évêques fulminaient contre les pécheurs invétérés. L'abus était partout, et il semblait que la réaction contre l'esprit de l'Eglise, fût d'autant plus énergique que son triomphe, durant la période précédente, avait été plus complet. Il arrivait cependant que des catastrophes terribles et comme des coups de foudre lancés par la main de Dieu lui-même, venaient réveiller de temps en temps les consciences endormies. La peste, ce fléau de toutes les époques, qui , sous des noms divers , fait son apparition sinistre au milieu des nations européennes à des intervalles marqués par la Providence, la peste noire surtout, en multipliant les victimes, fut souvent le signal d'un mouvement de conversion. Mais, comme si le bien lui-même avait dû, en ce triste temps, être revêtu d'un caractère de décadence, la réaction se manifesta par de nouveaux excès. Les Flagellants parcouraient par troupes les villes et les villages, donnant le spectacle des plus folles macérations. La secte des Danseurs , par un principe diamétralement opposé, prétendit conjurer les dangers de la peste, en se livrant aux extravagants d'une joie désordonnée : et il fallut recourir aux peines les plus sévères contre ces deux excès.

12. La science catholique, pour répondre à tant de besoin» divers, n'était pas alors, comme on se plaît à le redire, exclusivement emprisonnée dans le système, trop absolu peut-être, de la scolastique. Nous avons déjà cité le nom de Jean Tauîer, docteur mystique dont la parole avait tant de retentissement sur les bords du Rhin. — A la même époque, Henri Suzc, religieux de

Page 1