‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 32 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pour trop de bonté que pour trop de rigueur. Il insistait néanmoins sur l'observation ponctuelle de la règle; mais il la faisait aimer, et usait plutôt de la bonté d'un père ou même de la tendresse d'une mère, que de l'empire d'un abbé. Il parai ssairt formé par la grâce, pour rendre la vertu aimable à tous les hommes. La simplicité qui lui était naturelle, la franchise de ses procédés, l'ingénuité de ses discours, un extérieur plein de noblesse, des cheveux blancs, des yeux pleins d'animation et de vie, donnaient à ses instructions et à sa parole quelque chose d'inspiré. Il finit ses jours, dans l'exercice de son zèle infatigable, au monastère de Souvigny (1049) , la cinquante-cinquième année de son gouvernement. On lui doit l'institution de la fête de la Commémora* tion des Morts. On raconte ainsi l'établissement de cette solennité* Un pèlerin français, qui revenait de Jérusalem, fut jeté sur les côtes de Sicile par une tempête. Un ermite qui vivait dans ce* rochers , lui demanda s'il connaissait le monastère de Cluny et l'abbé Odilon. « J'entends souvent, continua le solitaire, les » esprits des ténèbres blasphémer contre les personnes pieuses, » qui , par leurs prières et leurs aumônes, délivrent les âmes des y> peines qu'elles souffrent en l'autre vie ; mais ils se plaignent » principalement d'Odilon et de ses religieux. Quand donc vous » serez arrivé en votre patrie, je vous prie, au nom de Dieu, » d'exhorter ce saint abbé et ses moines à redoubler leurs prièrei » pour les âmes souffrantes du purgatoire. » Le pèlerin s'acquitta de sa commission. En conséquence, Odilon ordonna que dans tous les monastères de son institut, on fît chaque année, le lendemain de la Toussaint, la commémoration des fidèles trépassés. On conserve encore le décret d'institution qui en fut dressé à Cluny, tant pour ce monastère que pour tous ceux de sa dépendance. Cette pieuse pratique passa bientôt à d'autres églises, et devint, en peu de temps, l'observance universelle de tout le monde catholique.

23. Tandis que l'Evangile et la simplicité de la foi adoucissaient de jour en jour les mœurs des Occidentaux, les Grecs, se déchirant entre eux jusque sur le trône, ne semblaient pins faire qu'un jeu des mœurs et de la piété, de l'Etat et de la religion. Romain Argyre ne pensât ou'à iouîr paisiblement de l'empire,

Zi BENOÎT IX (1033-1044).

dont l'adultère fui avait frayé la route, quand un nouvel adultère, aggravé par le parricide , le lui enleva. L'impératrice Zoé , pour qui il avait abandonné une digne épouse ; le lit étouffer dans un bain (1034), pour donner le trône et sa main à un Papblagonien , nommé Michel, ancien banquier. Miohel IV, élevé ainsi à une fortune inespérée, par un chemin d'infamie, montra quelque courage contre les Bulgares. Mais bientôt le remords entra dans son âme : il mourut de repentir (1041). N'ayant point d'enfants, il donna la pourpre, avant d'expirer, à son neveu Michel , surnommé Cala fat, parce qu'il avaif fté, dans sa jeunesse , calfateur de navires. Ignorant et lâche, Michel V ne jouit qu'un an d'une couronne dont il était indigne. Le peuple de Constantinople le chassa de son palais et de la capitale. La princesse Théodora fut rappelée de son cloître et associée à l'empire avec sa sœur Zoé Ces deux femmes oublièrent, leur vieille haine, et les populations respirèrent sous leur administration sage et intelligente. Mais la paix ne pouvait être longue entre de telles sœurs : Théodora reprochait à Zoé une conduite déréglée. Elle ne put, à la fin, supporter le spectacle d'une cour aussi corrompue, et elle rentra dans son couvent. Zoé se remaria avec Constantin Monomaque, et consentit à ce que son nouveau mari vécût publiquement avec une autre femme, qu'il décora du titre d'Augusta. L'adultère fut ainsi érigé en dignité, et la demeure des Césars transformée en un séjour d'infamie. Le peuple de Constantinople, d'abord indigné de tant de scandales, prit le parti de s'y habituer. Les courses de chars et les combats de bêtes féroces, dans l'hippodrome, faisaient toujours les délices des Constantinopolitains. L'empereur, qui avait entouré ces jeux d'une splendeur jusqu'à lui inconnue, amusait ainsi les habitants de la capitale. Ils ne demandaient pas autre chose. La nouvelle de 40,000 soldats grecs, égorgés par les Serviens, dans un défilé des frontières de la Bulgarie, en 1042;, troubla à peine les joies de cette nation avilie. Elle préparait *nnsi , par l'abaissement des caractères , l'invasion du grand schisme d'Orient.

24. Rome offrait dans le même temps, sous le rapport moral, un spectacle non moins affligeant. Benoît IX continuait à dé-»

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