CHAPITRE II
jBoler les âmes honnêtes par ses désordres. Il avait pourtant interrompu le dérèglement de sa vie pour procéder à la canonisation de saint Siméon, moine bénédictin de Syracuse (1042). C'est le second exemple bien certain d'une canonisation demandée au Saint-Siège. Celle de saint Udalric avait été la première. Mais Tindigne souverain Pontife reprit bientôt ses errements accoutumés. Déjà le mépris et l'indignation publique étaient allés si loin, que Fan 1038, malgré le crédit et l'autorité du comte de Tusculum, son père , les Romains le chassèrent de son siège. Il y avait été rétabli , la même année , par l'empereur Conrad , qui avait passé en Italie pour dissiper les troubles qui la désolaient de toutes parts. Ce fut le dernier acte de l'empereur Conrad, qui mourut subitement à Utrecht (1039). Les lois et les ordonnances qu'il porta en Allemagne l'ont fait regarder comme l'auteur du droit écrit touchant la féodalité. Son fils, Henri III , surnommé le Noir, et couronné roi un an avant la mort de son père, fut son successeur. Après la mort de Conrad, le pape Benoît IX, se rendant plus odieux que jamais par ses excès et ses violences, fut chassé de nouveau vers le commencement de l'année 1044. La faction qui l'avait banni mit à sa place Jean, évoque de Sabine, sous le nom de Sylvestre III. Mais expulser Benoît n'était pas le déposer. Sylvestre III fut donc évidemment un antipape. Son intrusion ne dura que trois mois. Benoît IX remonta sur un trône qu'il déshonorait. Appuyé par la famille des comtes de Tusculum, il insultait publiquement aux Romains qui gémissaient de ce joug odieux. Enfin , lassé de ne recueillir partout que le mépris, il convint de se retirer, pour s'abandonner plus librement à ses plaisirs; et, moyennant une somme annuelle de quinze cents livres , il céda le Saint-Siège à Jean Gratien , prêtre estimé du clergé romain. Il mettait ainsi fin à la première période de son pontificat,
g T S'oHiificat dV Grégoire t'I (28 avril 1045-îî décembre 1046).
25. Lf: pape Benoît IX ayant donc volontairement abdiqué, se reiira dans ses terres, hors de la ville, et Jean Gratien fut élu souverain Pontife le 28 avril 1045. « Sa bonne réputation, dit
56 Grégoire vi (1045-1046).
» le moine Glaber, répara tout le scandale qu'avait causé son i» prédécesseur. » Hermann Contract, qui écrivait dans le même temps, et l'historien Othon de Frisingue, tiennent le même langage. On peut conclure des témoignages de ces divers écrivains, que la transaction intervenue entre Benoît IX et Grégoire VI , h l'effet d'obtenir la démission du premier, ne fut nullement simo* iliaque , comme l'ont prétendu quelques auteurs. La modique pension de quinze cents livres, stipulée en faveur de Benoît IX, ne peut être regardée comme une simonie. Plusieurs concile» des premiers siècles en avaient assigné de semblables aux évoques qu'ils venaient de déposer. Ainsi en pensait dès lors un juge bien compétent, saint Pierre Damien, abbé de Font-Avellane, l'un des écrivains les plus distingués de cette époque. A la nouvelle de la promotion de Grégoire VI, Pierre Damien lui écrivait : « J'avais soif d'apprendre que quelque bien pût nous venir » du Siège apostolique. Enfin, la nouvelle de votre élévation » vient réjouir mon âme. C'est vraiment la main de Dieu qui » change les temps et transfère les royaumes. Et maintenant que » la colombe retourne dans l'arche, et que, par les vertes feuilles » de l'olivier, elle annonce à la terre le retour de la paix! vous ï> êtes l'espoir de la restauration de l'univers. » On voit par cette lettre quelle idée saint Pierre Damien et, avec lui, le monde entier s'étaient faite du pontificat de Grégoire VI.
26. Pierre Damien était né à Ravenne, l'an 1007 , d'une famille pauvre et chargée d'enfants. Sa première éducation fut négligée 4 ce point que sa mère oubliait de lui donner sa nourriture. Un jour une servante le lui reprocha amèrement. « Les r> tigresses et les lionnes , lui dit-elle , ne laissent pas , comme » vous, leurs petits mourir de faim. Cet enfant ne sera peut-être » pas le moindre de sa famille. » La prédiction de cette humble femme se réalisa au delà de ce qu'elle avait pu imaginer. Employé d'abord à la garde des troupeaux de porcs de l'un de ses frères, il trouva un jour une pièce d'argent. C'était une fortune pour le pauvre enfant. Il réfléchissait à quoi il pourrait employer «e trésor, mais enfin il se dit à lui-même : « Le plaisir que j'en » pourrais cirer passerait bien vite; il vaut mieux le donner à » un prêtre, afin qu'il offre le saint sacrifice pour l'âme de mon