CHAPITRE II
» père» » Et il le lit. Dieu bénit cette pieuse pens«e. Un autre de ses frères était devenu archiprêtre de Ravenne : ït se chargea de l'éducation de son jeune frère. Pierre Damien étudia d'abord à Faenza, puis à Parme, où il eut le célèbre docteur Yves pont maître. Il fit de tels progrès dans les lettres humaines, qu'il fut bientôt en état de les enseigner. Sa réputation lui attirait de tous côtés une prodigieuse afïtuence de disciples. Riche et honoré, il ne succomba point aux. tentations de vanité et de plaisir qui pouvaient être l'écueil de sa jeunesse, « Pourquoi, disait-il, » m'attacher à ces biens qui doivent périr? Et si je dois un jour » les quitter , pourquoi n'en ferais-je pas dès maintenant à Dieu » le sacrifice? » Il se rendit immédiatement au monastère de Font-Avellane. C'était une solitude du diocèse d'Eugubio, en Ombrie, que saint Romuald avait habitée pendant quelque temps. La régularité, la ferveur, les austérités de Pierre Damien, le désignèrent bientôt aux suffrages des religieux, qui le choisirent pour abbé. Les Lettres de ce pieux et savant moine sont le recueil le plus curieux qui nous ait été laissé sur les mœurs et l'histoire du xie siècle. On y retrouve quelque chose de la vigueur de saint Jérôme, joint à la teinte mélancolique de Salvien. Il gémissait, comme religieux, des vices qu'il flagellait comme écrivain. Tel était saint Pierre Damien, qui envisageait, comme une ère de restauration, l'avènement de Grégoire VI.
27. Ce sage Pontife, qui avait eu la gloire de délivrer l'Eglise d'une domination honteuse, se montra digne du pouvoir suprême, autant par le zèle avec lequel il sut en user, que par le noble désintéressement avec lequel il le résigna. Il avait trouvé le temporel du Siège de Rome tellement diminué, qu'il restait à peine au Pape de quoi vivre honorablement. Gardien des droits de son Eglise, il frappa d'excommunication les usurpateurs. Les coupables irrités vinrent en armes jusqu'à Rome Le Pape , de son côté, leva des troupes, se saisit de l'église de Saint-Pierre, chassa ceux qui volaient les offrandes présentées sur les tombeaux des Apôtres, se remit en possession de plusieurs terres du domaine occiésiastique , et rétablit la sûreté des routes , sur lesquelles les pèlerins ne se hasardaient plus qu'en formant des caravanes. Cette conduite mécontenta les Romains accoutumes au
58 clément h (1046-1047).
pillage. Sur leur plainte, Henri III le Noir, roi de Germanie* passa rapidement les monts, et tint à Sutri, pendant les fêtes de Noël, un concile où l'on examina la question de savoir «0 l'élection de Grégoire VI devait être considérée comme simoniaque. Le Pape et le clergé romain avaient cru de bonne foi pouvoir obtenir, à prix d'argent, la renonciation de l'indigne Benoît IX, et faire cesser par là le scandale dont l'Eglise gémissait. Comme les esprits se partageaient sur l'appréciation de ce fait, pour lever tous les doutes Grégoire VI se dépouilla lui-même des ornements pontificaux, et remit entre les mains des évêques le bâton pastoral. Après ce courageux exemple d'abnégation personnelle, Grégoire VI se retira dans le monastère de Cluny, emportant dans la solitude la conscience d'un grand devoir accompli. Il y mourut en odeur de sainteté.
g 4. Pontifient de Clément II (25 décembre 1046-9 octobre 1047)
28. Le Siège, rendu vacant par la magnanime humilité de Grégoire VI, fut donné, par le consentement unanime du clergé et du peuple romain , à Pévêque de Bamberg , Suidger , que Henri-le-Noir avait amené avec lui à Rome. Le nouveau Pape, qui ne devait cette élévation inespérée qu'à un mérite et à des vertus universellement reconnus, prit le nom de Clément II. I] fut sacré le jour de Noël (1046) , et dans cette même solennité il couronna empereur le roi Henri III, et impératrice la reine Agnès, fille de Guillaume duc d'Aquitaine. Peu de temps après sa promotion , le nouveau Pape tint à Rome un concile où fut décidée la contestation élevée pour la préséance, entre le siège de Ravenne et celui de Milan. On décida en faveur du premier. Ce concile s'occupa aussi de statuts relatifs à la simonie qui régnait impunément dans tout l'Occident. Il fut réglé, entre autres dispositions , que celui qui aurait consenti à recevoir les ordres d'un évêque notoirement simoniaque , ne pourrait exercer les fonctions ecclésiastiques qu'après quarante jourà de pénitence.
29. L empereur Henri III, pendant son séjour £ Rome, manda Pierre Damiec pour qu'il vînt aider le Pa^ de ses conseils. L'illustre religieux s'en excusa près du ?ape> en 02s termes: