CHAPITRE PREMIER
Il le fît en des termes qui prouvaient l'élévation d'idées et de sentiment qu'il apportait au souverain pontificat. « C'est au Siège » apostolique, dit-il, qu'il appartient de rétablir dans leurs » dignités ceux qui en ont été privés , afin de conserver a saint » Pierre la libre puissance de lier et de délier qui lui a été donnée » par Jésus-Christ, et pour que la splendeur de la gloire romaine » éclate en tons lieux. C'est pourquoi, vous, Arnulf, archevêque » de Reims, qui avez été autrefois atteint par une sentence de » déposition, nous croyons qu'il convient d'user, à votre égard » de miséricorde : et, comme votre déposition a été faite sans k » consentement de Rome, il faut montrer que Romealepouv\ ' » de réparer ce qui a été fait injustement; car relie est la suprême » autorité donnée à Pierre et à ses successeurs, qu'aucune gran- » deur humaine ne saurait lui être comparée. » Une nouvelle impulsion est donnée à l'Eglise. Sylvestre II écrit aux évêques du monde catholique une lettre pleine de force, d'humilité et d'onction, où il signale avec une rare habileté les vices du temps, et en sollicite la réforme , préludant ainsi aux efforts que devait continuer saint Grégoire VII.
5. Cependant l'an 1000 était venu, époque terrible et mystérieuse, où, sur une fausse interprétation de l'Apocalypse, toute la chrétienté croyait toucher à sa fin. Sylvestre II dut combattre ces terreurs populaires; mais la superstition était plus forte que les raisonnements et les exhortations. Dans la dernière année du xe siècle, affaires, intérêts matériels, tout, jusqu'aux travaux de la campagne, languissait abandonné. On léguait ses terres, ses châteaux aux églises, aux monastères, dont les dépouilles avaient enrichi tant de barons avides. Quand approcha le jour fatal, les populations remplirent les églises, les basiliques, les oratoires, les chapelles, attendant avec anxiété le dénouement de cette heure dernière. Elle passa comme les autres, et la fin du monde, dont Dieu seul connaît F époque, ne sonna point encore. Le mou * vement religieux , imprimé par la crainte dans l'esprit d(M peuples, se traduisit alors par une ardeur générale à reconstruis* les églises et les édifices sacrés. Depuis l'invasion des Barbares, l' architecture chrétienne avait disparu, comme tous les autres arts, au milieu des révolutions qui bouleversaient la société