I SYLVESTRE II
européenne. Des monuments d'un style nouveau, et surnommé gothique, parce qu'il avait été emprunté aux Goths d'Espagne, s'élevèrent à la fois dans toutes les principales cités du monde. «Le roi Robert, dit un chroniqueur, prit part avec zèle à ce » grand mouvement religieux; il fit commencer l'église de No tre- *> Dame de Paris , sur les débris d'un temple païen , » et c'est de cette période que datent les progrès éclatants de l'art monumental du moyen âge. Le courant qui entraînait les esprits vers l'interprétation des prophéties donna naissance à deux hérésies diamétralement opposées. Un fanatique, nommé Leutard , du diocèse de Châlons, prenant acte de ce que le monde survivait au temps qu'on lui croyait définitivement fixé par l'Apocalypse, prétendit qu'il ne fallait croire qu'une partie de ce que les prophètes avaient écrit. Dans le même temps, un autre exalté, Vilgar, deRavenne, enseignait au contraire qu'il faut croire tout ce qui a été dit par les poètes, et que leur inspiration a eu quelque chose de prophétique. Ces rêveries, jetées dans le monde, au moment où les esprits étaient le plus vivement préoccupés des questions d'avenir, furent avidement saisies par la foule. Il y eut alors comme un débordement d'erreurs , qui fit croire à quelques-uns que le mot de l'Apocalypse était accompli : « Satan sera lâché après mille » ans. » De grandes calamités publiques, pestes, famines, intempéries des saisons, inondations des rivières, signalèrent la fin du xe siècle, et semblèrent marquer en effet une date d'up caractère fatal.
6. Les malheurs de Jérusalem et de la Palestine, livrées à toutes les horreurs de la persécution musulmane , attirèrent en ce moment l'attention de l'Europe chrétienne. Sylvestre II fut le premier pape qui comprit la nécessité d'armer la chrétienté, pour repousser ses plus mortels ennemis. La foi, réveillée dans tous les cœurs, était profondément blessée à la nouvelle des désastres de la Terre Sainte, et de l'humiliation qu'un joug impie et cruel faisait peser sur les lieux témoins de la Rédemption du monde. En dehors de l'intérêt religieux z: du issam ruent engage dans cette bitte, la question d'humanit >et de civilisation devait se débattre entre les soldats du Christ et les fils du Prophète. Sylvestre II, dans une lettre fameuse Adressée par mi à