‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 40 sur 332 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

à la main ; le coupable se jette à ses pieds , étend les bras ea croix et le conjure par la Passion de Jésus-Christ , dont on célé-« brait la mémoire on ce jour, de ne pas lui ôter la vie. Jean Gual* bert se sent touché jusqu'au fond de l'âme. Il tend la main au meurtrier d^ srn frère et lui dit avec douceur : « Je ne puis » vous refuser ce que vous me demandez au nom de Jésus-Christ. » Je vous accorde non-seulement la vie, mais même mon amitié. » Priez Dieu de me pardonner mon péché. » Devenu un homme nouveau , Jean Gualbert n'a plus qu'une ambition , celle de se consacrer tout entier an service de Dieu. Après quelques années de noviciat au monastère de San-Miniato, à Florence, il se retira dans une vallée ombragée de saules , Vallombreuse ( Vallis umbrosa). et y fonda un couvent de l'ordre de Saint-Benoît réformé, plus sévère même que la congrégation de Cluny. Saint Jean Gualbert fut le premier qui, outre les religieux de chœur, admit dans son monastère des frères convers, ou frères lais , pour les fonctions extérieures.

4. Tels étaient l'homme et l'institution que ^aint Léon IX voulait spécialement honorer. Il entrait dans son plan de restauration universelle , de s'entourer de tous les éléments qui pouvaient assurer le triomphe de ses réformes. A peine le concile de Pavie terminé, le Pape prit la route d'Allemagne et vint à Cologne , conférer avec l'empereur Henri-le-Noir , sur les mesures les plus efficaces pour combattre dans ses états la simonie et l'incontinence des clercs , ces deux fléaux de l'Eglise , qu'il se donnait la mission d'exterminer. Il fît annoncer ensuite qu'il se rendrait en France pour y présider un concile national , où il pourvoirait aux besoins de cette chrétienté et y promulguerait les sages règlements qu'il s'efforçait de faire prévaloir en Italie et en Allemagne. Cette nouvelle alarma les prélats simoniaques et les seigneurs qui détenaient injustement les biens ecclésiastiques. Des intrigues de bas étage s'agitèrent autour du roi de France Henri Ier , pour détourner ce prince de prêter le concours de son autorité en faveur du concile indiqué par Léon IX. On lui représenta que l'honneur et les prérogatives de sa couronne étaient intéressés à ce que le souverain Pontife ne fît point un tel acte de juridiction dans son royaume. Ces manœuvres réusm. 5

W s. lêon ix ( 1049-1051).

sirent près du faible monarque. Il envoya dire au souverain Pontife, qu'occupé en ce moment à quelques expéditions militaires, il ne pourrait se trouver avec lui à Reims, et qu'il le priait en oDnséquence de différer son voyage. Saint Léon IX$ dans son zèle héroïque , avait pour principe d'aborder tous les obstacles de front. Il répondit aux députés français : « Nous ne » pouvons manquer à l'engagement que nous avons contracté en- » vers saint Rémi. Nous irons faire la dédicace de son église. La » piété du peuple français ne nous fera pas défaut ; et s'il se j> trouve à Reims quelques prélats , sur l'âme desquels l'intérêt » de la î eligion fasse plus d'impression que la crainte du souve- » rain, nous tiendrons avec eux le concile indiqué. » Le Pape arriva, en effet, à Reims, le 2 octobre 1049. Il ne s'était pas trompé en comptant sur l'amour et la vésération des Français pour le chef de l'Eglise. Une multitude prodigieuse de fidèles, accourus de toutes les provinces voisines , l'y avaient devancé. En leur présence , il fit la reconnaissance soler.r^ile des reliques de saint Rémi, qu'il voulut porter lui-même sur ses épaules, pour les déposer dans la nouvelle église qu'on venait d'élever en l'honneur du saint apôtre des Francs. Il procéda ensuite à ce qui faisait l'objet principal de son voyage : la tenue d'un concile national. Les décrets de Rome et de Pavie , contre la simonie et le relâchement des clercs, furent solennellement promulgués. Le Pape cassa quelques prélats scandaleux , en reçut d'autres à la pénitence et accueillit avec une miséricordieuse indulgence ceux qui se Montraient sincèrement repentants. Le concile de Renm (1049) offrit cette particularité qu'on y chanta, à l'ouverture des sessions , le Veni Creator : c'est le premier monument qui nous reste de Y antiquité de cette hymne, dont on ignore l'auteur. 5. Après avoir réglé , à Reims, les affaires de la religion en France , l'infatigable saint Léon IX repassa en Allemagne , et célébra , au mois de novembre 1049 , un nouveau concile à Mayence. L'empereur , les évêques et les principaux seigneurs de Germanie , s'y trouvaient présents. On s'appliqua, comme en France , à remédier aux désordres causés dans ce pays par la simonie et les mariages sacrilèges des prêtres. Ce fut dans cette circonstance que le Pape créa les archevêques de Cologne archi-

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