‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 44 sur 332 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

commençait à se poser entre les Papes et les empereurs, ce Pour » en comprendre la nature et la gravité , dit Mgr Palma , il faut d se rappeler que, sous le régime féodal, les évêques et les abbés, i» particulièrement en Allemagne, possédaient, à titre de fief , » non-seulement des terres et des forêts , mais encore des chà- » teaux et ^es villes, qui relevaient de l'Empire. D'après la légis- » lation en vigueur , les vassaux de la couroixie ne pouvaient » prendre possession d'un fief sans venir , auparavant , prêter le » serment de foi et hommage entre les mains de l'empereur, p Cette mesure obligeait également , et en toute justice , les sei- » gneurs ecclésiastiques aussi bien que les autres grands vassaux. » Mais l'abus était tout prêt. » Par une usurpation de pouvoir, les princes , confondant avec la juridiction domaniale la puissance spirituelle , prétendirent conférer l'une et l'autre par l'investiture. Ils ordonnèrent qu'à la mort d'un évêque ou d'un abbé , on remît entre leurs mains le bâton pastoral et l'anneau , insignes du pouvoir spirituel , et s'arrogèrent le droit de les donner à qui bon leur semblait : c'est là ce qu'on appela V investiture par h crosse et ïtinneau. On enlevait ainsi , au mépris de toutes les règles canoniques, l'élection des évêques au clergé du diocèse et au métropolitain , et celle des abbés aux religieux de leurs communautés. L'empereur , qui remettait les insignes du pouvoir , fut censé conférer le pouvoir lui-même ; «t la barrière qui sépare les deux juridictions spirituelle et temporelle fut ainsi rompue. On conçoit facilement ce que durent être les élections épiscopales ou abbatiales sous des princes irréligieux ou même simplement cupides. On acheta , à prix d'argent , les charges et les dignités ecclésiastiques; et il se fit comme un grand trafic d'évêchés et d'abbayes. Etudiée à ce point de vue , la question des investitures n'est pas , comme l'ont prétendu quelques historiens hostiles , une question iï amour-propre et une guerre sanglante à propos de misérables hochets ; c'est la lutte de l'Eglise pour l'indépendance de son ministère , pour la liberté qu'elle réclame , dans tous les siècles et sous tous les gouvernements , d« sauver les âmes et de prêcher la doctrine de l'Evangile.

13. La querelle ne s'engagea point encore sous le pontifical de Guebhard , qui prit , en montant sur le trône de saint Pierre ,

n victor h (1055-1057).

le nom de Victor II ( 1 3 avril 1055). Quand il n'était encore que chancelier de l'empire , il avait combattu de toute son influence la demande de secours que son prédécesseur , saint Léon IX, adressait à l'empereur Henri III, contre les Normands Placé iui-même en faeo de ce peuple belliqueux , dont les armes envahissaient sans cesse quelque nouvelle province u^ Saint-Siège , il comprit toute la gravité de la situation. Il se rappelait que la sanglante défaite de Dragonara avait été, en partie, son ouvrage, parce qu'il avait empêché l'empereur d'envoyer en ItaïïY un nombre plus considérable de troupes auxiliaires. Il disait alors , ivec amertume : Quod fecit Saulus , Paulum pati necesse est. « H est juste que Paul expie la faute que Saul a commise. » Le saint Pontife prit à tâche de marcher sur les traces de son prédécesseur. Dès l'année 1055 , il tint un grand concile à Florence , où assista l'empereur Henri III. Victor y confirma solennellement tous les décrets de Léon IX, contre les aliénations des biens ecclésiastiques , contre la simonie et l'incontinence des clercs , enfin contre l'hérésie de Bérenger. La rigueur du Pape irrita les coupables. Un sous-diacre attenta à sa vie : il jeta du poison dans le calice dont Victor II se servait pour célébrer les saints mystères. Par une miraculeuse intervention de la Providence, le crime fut découvert et déjoué.

14. En même temps que le souverain Pontife tenait le concile de Florence, par son ordre, Hildebrand, en qualité de légat, en présidait un autre dans la province de Lyon , pour réprimer la simonie qui ravageait les Eglises de Bourgogne. L'archevêque d'Embrun fut convaincu d'avoir acheté, à prix d'argent, la dignité épiscopale. H en fit l'aveu et fut déposé. Lipert de Gap eut le même sort ; on lui donna pour successeur un saint moine nommé Arnoul (1055). Un autre concile fut convoqué à Tours par Hildebrand. Bérenger y comparut en personne , et se trouva en présence de Lanfranc , son savant adversaire II recourut à toutes les subtilités , à tous les artifices de la dialectique , pour soutenir son e^^u? ; mais enfin écrasé par la supériorité de Lanfranc et sa vigoureuse argumentation , il sV/oua vaincu, déposa entre les mains d'Hildebrand une rétractation formelle, et promit de n'avoir plus sur l'Eucharistie d'autres sentiments que ceux de

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