CHAPITRE IH
l'Eglise catholique. Il ne devait pas tenir encore ce serment.
L'empereur Henri III avait envoyé des députés au concile de Tours, pour se plaindre de ce que Ferdinand Ier, roi de Castille, prenait la qualité d'empereur , et pour engager le légat du Pape à lui défendre, sous peine d'excommunication, d'usurper davantage un titre qui ne lui appartenait pas. Les Pères du concile et le Pape , consultés à ce sujet , trouvèrent justes les plaintes de Henri III, et l'on députa au roi Ferdinand des évêques chargés de l'engager à se désister de ses prétentions. Ce prince , après avoir pris l'avis des évêques et des seigneurs de ses Etats, répondit qu'il se soumettait au décret du Siège apostolique , et qu'il ne s'arrogerait plus , dans la suite, le titre d'empereur. Ce fait prouve une fois de plus que le tribunal du souverain Pontife était regardé, au moyen âge, comme l'arbitre suprême des grandes questions politiques qui s'agitaient entre les rois ou entre les peuples. Ce n'était point là une usurpation de pouvoir. Le droit public alors en vigueur avait , en quelque sorte , élevé au milieu de l'Europe une puissance neutre, qui jugeait, en dernier ressort, les autres puissances. Il est loisible de contester la convenance ou l'opportunité d'une telle institution. C'est là un point historique laissé à l'appréciation de chacun. Mais il serait souverainement injuste de taxer d'ambition et d'abus de pouvoir les Papes que l'opinion investissait alors de ce rôle de médiateurs pacifiques.
15. L'impulsion était donnée ; des conciles pour l'extinction de la 'simonie et de l'incontinence cléricale , pour la restauration de la discipline et la réforme générale des mœurs , se tenaient dans toutes les provinces. Ceux de Narbonne (1054), de Barcelone (même année), de Toulouse (1056), faisaient pénétrer dans le midi de la France et dans l'Espagne septentrionale , les bienfaits d'une discipline plus exacte et plus ferme. En Allemagne, Henri III apportait tous ses soins à n'élire que de dignes et fervents évêques Saint Annon , qu'il venait de placer sur le siège métropolitain de Cologne ( 1055 ) , rappelait par son zèle , sa vigilance et sa fermeté apostoliques, les beaux «ècie* de la primitive Eglise. En Angleterre , le roi saint Edouard IH, dont les historiens protestants eux-mêmes font l'éloge,, « gouvernait
7* victok h (1055-1057).
» ses peuples avec sagesse et douceur, diminuait les impôts, <fre$* » sait de bonnes lois et introduisait dans le royaume d'impor- » tantes améliorations (1). » En Espagne, Ferdinand Ier, surnommé le Grand, qui venait de donner un si noble exemple de soumission aux décisions du Saint-Siège , élevait les deux royaumes réunis de Castille et de Navarre à un degré de grandeur et de gloire jusque-là inconnu. Il repoussa les Maures de îa Castille, et fit régner avec lui la justice et la religion.
16. La mort de l'empereur Henri III vint interrompre cette ère de calme et de prospérité qui semblait s'ouvrir pour l'Occident. Ce prince avait invité le pape Victor II à une entrevue qui eut lieu à Goslar ( 1056 ). Il y fit reconnaître pour roi Henri IV , son fils , enfant à peine âgé de cinq ans. Pour assurer sur la tête de ce fils trop cher une couronne lourde à porter , il le confia à la tutelle du Pape et du Saint-Siège. Victor II accepta ce legs d'un père mourant. Le royal pupille trouva , dans le concours de la Papauté , un moyen de lutter avec succès contre Baudouin de Flandre et Godefroy de Lorraine , deux vassaux dont la puis<sance faisait trembler leurs suzerains allemands. Quoi qu'il en soit , la tendresse paternelle fut ici une mauvaise conseillère. Donner à l'Allemagne fédérative un enfant de cinq ans pour chef était , en politique , une faute énorme. Henri HI aurait dû se rappeler le noble exemple du vieil Othon de Saxe , qui , en mourant, envoyait la couronné à son rival Conrad de Franconie. Le salut des empires doit passer avant toutes les considérations d'intérêt particulier. Henri IV, d'ailleurs, se montra indigne de* bienfaits du Saint-Siège , et mit tout en œuvre , quand il eut atteint Fâgg de sa majorité , pour faire repentir les Papes dea services qu'ils avaient rendus à son enfance.
Le pape Victor II ne survécut point à l'empereur. H mourut en Toscane, à son retour d'Allemagne (28 juillet 1057). C'était un Pontife digne de gouverner plus longtemps l'Eglise. On a Retrouvé de lui une bulle remarquable , qui réservait à l'archevêque de Hambourg et de Brème l'ordination ecclésiastique pour tous les pays au nord de l'Europe , la Suède , le Danemarck , 2»
lî) Histoire d'Angleterre, Larrsy.