CHAPITRE m. 8f
délégation s'étendait à tout le reste de la France, convoqu? ut, son côté un concile à Tours (1060), où Ton prit des mesuresrigoureuses contre la simonie, l'incontinence des clercs, les mariages incestueux, la pluralité des bénéfices et les moines apostats. — Les deux légats avaient assisté, l'année précédente, à Reims (1059), au couronnement de Philippe Ier, enfant âgé de six ans, que Henri Ie% son père, avant de descendre au tombeau, avait voulu faire sacrer sous ses yeux, pour rendre l'autorité de ce jeune prince plus sacrée aux yeux de ses futurs sujets. Cette précaution était sage, car Henri Ier mourut un an après (1060). Gervais, archevêque de Reims, grand-chancelier du royaume, écrivait en cette occasion à Nicolas II : « L'indocilité des Fran- » çais me fait craindre- les troubles inséparables d'une minorité. » Pour prévenir les calamités qui nous menacent, daignez, très- » saint Père, nous accorder le concours de vos sages conseils. » Vous vous devez à ce royaume, comme tout grand cœur se doit » à sa patrie. Vous illustrez la France par votre sainteté et votre » dignité apostolique. C'est en effet du milieu de nous que Rome » vous a choisi pour vous faire son chef et le chef du monde. » 27. Le Pap" avait formé le dessein de se rendre en personne en France, pour y travailler plus efficacement à la paix publique et aux intérêts spirituels du royaume. Mais les circonstances ne lui permirent point d'accomplir ce voyage au sein d'une patrie qui était fière de le compter parmi ses enfants. Se* relations avec toutes les contrées de l'univers catholique absorbaient tous ses instants. Il envoyait en Angleterre des légats chargés de rétablir l'ordre dans l'Eglise de Worcester, occupée par un évêque simoniaque; et ce siège était donné à saint Wulstan, qui y fit bientôt refleurir la discipline ecclésiastique dans toute sa pureté (1062) . Ses lettres allaient encourager Ferdinand-le-Grand , roi d'Es pagne, et )». célèbre guerrier Rodrigue, si connu sous l'héroïque surnom du Cid, dans leurs luttes glorieuses contre les Mahomé» tans. Il portait une paternelle sollicitude aux Eglises qui se fondaient chez les Slaves, au nord de l'Europe, sous l'influence du légat du Saint-Siège, Adalbert, archevêque de Hambourg. Les évêchés de nouvelle création de Mecklembourg, d'Altembourg, de Ratzebourg, étaient conférés à des prélats pieux et zélés. Ainsi,
•8 t Nicolas h (1059-1061).
l'action bienfaisante de l'Eglise romaine et de son chef se faisait sentir partout à la fois, du midi de l'Espagne et de l'Italie jusqu'aux confins de l'Europe septentrionale Si les empereurs allemands, plus fidèles aux traditions léguées par le génie chrétien de Charlemagne, avaient compris leur rôle et leur vocation providentielle; s'ils avaient inviolablement conservé l'alliance entre l'empire et le Saint-Siège, le Catholicisme eût triomphé dès lors de l'Islamisme, toujours menaçant en Espagne, et dont les progrès croissants en Orient étaient une honte pour la civilisation chrétienne. Mais les empereurs d'Allemagne n'agirent que dans les vues d'une politique étroite et bornée. Ils s'obstineront, dans la guerre des Invesfàu/es, à étouffer l'indépendance du pouvoir spirituel sous les violences de la force brutale. L'Eglise luttera deux siècles, pour sa liberté, contre les Césars tudesques; et non-seulement elle la maintiendra contre eux, mais, au pluf fort de cette lutte gigantesque, elle soulèvera l'Europe chrétienne pour la jeter sur l'Asie mahométane, où elle fondera un empire sur le tombeau même de Jésus-Christ.
28. La minorité de Henri IV était pour l'Allemagne un temps d'anarchie et de troubles. Le jeune roi était livré aux mains des grands vassaux, qui se disputaient sa personne pour exercer sous son nom une autorité tyrannique. Un jeune seigneur, nommé Werner, favori de l'enfant royal, vendait les évêchés, les abbayes, les gouvernements, par un trafic honteux. Pour faire cesser un tel désordre, Nicolas II s'adressa à l'homme d'Allemagne qui avait le plus de puissance pour le bien : c'était saint Annon, archevêque de Cologne. 11 lui écrivit, en termes pressants, pour l'exhorter à user de son influence et à mettre un terme à la simonie qui déshonorait les Eglises de sa patrie. Cette apostolique remontrance ne fit qu'irriter les esprits rebelles. Les grands et lesévêques, réunis dans une diète de l'empire, défendirent de prononcer le nom de Nicolas II au canon de la messe, et osèrent envoyer au Pape une sentence d'excommunication. La nouvelle de cet incroyable emportement remplit d'amertume les derniers jours du saint Pontife, qui mourut prématurément (6 juin 1061Ï à Florence. Il laissait à la Papauté et au monde le souvenir des plus grandes choses accomplies dans un pontificat qui n'avait