CHAPITRE III
duré que deux ans. Sa piété et sa charité avaient fait l'édification de ses ennemis eux-mêmes, « II avait, dit saint Pierre Damien, » une affection si vive et si respectueuse pour les membres indi- » gents de Jésus-Christ, qu'il ne passa pas un jour sans laver » lui-même les pieds à douze pauvres, choisis dans les divers » quartiers de Rome. » Sa mort fut un deuil universel pour l'Eglise.
g 6. Pontificat d'Alexandre II (50 septembre 106 J -20 avril 1075).
29. Le cardinal Etienne fut député immédiatement à la cour d'Allemagne, en exécution du décret de Nicolas II, pour s'en-* tendre avec le jeune prince au sujet de l'élection d'un Pape. Mais les courtisans l'empêchèrent d'approcher du monarque- et, après de vaines tentatives, le légat fut obligé de revenir à Rome. Les partis y étaient dans la plus grande fermentation. Le chancelier impérial, Guibert de Parme, qui administrait l'Italie au nom de Henri IV, vendait les évêchés et les abbayes, favorisant le désordre des mœurs pour grossir ses revenus. Il déclara qu'il voulait un souverain Pontife disposé à absoudre les simoniaques et les clercs irréguliers; et que la sévérité de Nicolas II avait fait peser sur le clergé un joug intolérable qu'on ne consentirait plus désormais à subir. Cependant l'archidiacre Hildebrand, l'âme de l'Eglise en ces temps désolés, réunit à Rome les cardinaux et les nobles romains. Sous son influence, on élutcanoniquement, pour successeur de Nicolas II, l'évêque de Lucques, Anselme, qui prit le nom d'Alexandre II. On espérait que sa nomination serait agréable à la cour d'Allemagne, où le nouveau Pape était personnellement connu, et où il avait autrefois rempli des fonctions. En refusant de recevoir l'envoyé du collège apostolique, le roi Henri IV avait sans doute cédé au ressentiment, encore vif, des reproches adressés à son administration par Nicolas H. On ne doutait pas qu'il ne revînt à des dispositions moins hostiles; mais 6urtout on ne pouvait raisonnablement s'attendre a ce qu'il se plaignît que l'élection pontificale eût été faite en dehors de son concours, puisqu'il avait refusé d'entendre les communications d'Etienne à ce sujet. Ce fut pourtant ce qui arriva. Il témoigna
la p?us violente colère de ce qu'on eût procédé à Pélection d'Alexandre II, sans attendre son consentement. Considérant comme nul tout ce qui s'était fait sans lui, il procéda à la nomination d'un antipape. Cadaloûs, évoque de Parme, eut la lâche ambition d'accepter ce rôle odieux. Il reçut l'ordination des mains des deux évêques de Verceil et de Plaisance (28 octobre 1061), et prit le nom d'Honorius II.
30. Cadaloûs avait déshonoré Pépiscopat par une simonie notoire et une inconduite flagrante. La seule pensée d'élever un tel homme sur la chaire de saint Pierre était un sujet de scandale : la nouvelle de son intrusion souleva l'indignation de tous les catholiques. Pierre Damien, qu'on trouvait toujours sur la brèche quand il s'agissait de défendre Phonneur de l'Eglise, adressa à l'antipape une lettre véhémente, où il lui reproche ses crimes et flétrit la misérable vanité qui lui faisait sacrifier le bien général de l'Eglise à son intérêt personnel. «Jusqu'ici, lui dit-il, » on ne parlait que dans une petite ville du trafic criminel que » vous faisiez des prébendes et des églises, et d'autres actions » plus infâmes encore. Maintenant tout l'univers en parle et en » rougit d'indignation. Votre exaltation, si jamais elle avait lieu, » serait le triomphe des méchants; tous les cœurs qui aiment la » justice la regarderaient comme la ruine de l'Eglise entière. » Cadaloûs, sans s'arrêter à. ces reproches, leva une armée et vint camper sous les murs de Rome (1062). Il remporta d'abord quelques avantages; mais Godefroy, duc de Toscane, étant survenu, la face des affaires changea; l'antipape, vivement repoussé, ne réussit à se sauver qu'à force d'argent. Cependant, reiiré à Parme, il n'abandonnait point ses funestes projet?. Pierre Damien écrivit alors à Henri IV une lettre, où il supplie ce jeune prince de mettre un terme aux maux qui désolaient l'Eglise. Il lui parle ainsi de l'alliance qui doit régner entre la Papauté et l'empire : « Comme les deux puissances, sacerdotale et royale, sont unies » en Jésus-Christ, elles ont aussi une alliance mutuelle dans le » peuple chrétien. L'une a besoin de l'autre : le sacerdoce est » partagé par la royauté, et la royauté s'appuie sur la sainteté » du sacerdoce : le roi porte l'épée pour s'opposer aux ennemis » de FEglise ; le Pontife veille et prie pour rendre Dieu propice