‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 54 sur 332 · CHAPITRÉ III · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ III

et paraît enfin hors dos flammes, sans qu'elles aient fait ni sur lui, ni sur ses vêtements, la moindre impression. Il se disposait à les traverser encore une fois; mais la multitude l'arrêtant, chacun s'empressa de lui baiser les pieds et les mains, de lui prodiguer toutes les marques de vénération, et de toucher au moins ses habits si miraculeusement conservés. Le récit de ce merveilleux événement, attesté par toute la ville de Florence, fut adressé au pape Alexandre II , qui y reconnut le doigt de Dieu , déposa l'évêque de Florence , et créa saint Pierre Ignée cardinal-évequt :. Albane. Les incrédules des derniers temps ont prétendu rejeter parmi les légendes ce fait extraordinaire. L'Eglise catholique avait au xie siècle, comme elle a encore dans le nôtre , le privilège divin des miracles. Tout le peuple de Florence en vit un, public, manifeste, éclatant. Nous croyons que ce serait un miracle plus extraordinaire que tous les habitants d'une grande cité aient pu être le jouet à la fois d'une même illusion, que de voir un saint traverser impunément deux bûchers en flammes.

33. Cependant le roi d'Allemagne, Henri IV , ce pupille indigne et ingrat du Saint-Siège, à peine âgé de dix-huit ans, montrait déjà la perversité la plus effrénée. Son libertinage honteux ne respectait ni l'innocence virginale, ni la fidélité conjugale. Cruel et débauché, il n'épargnait rien pour assouvir ses passions. Il immolait à sa vengeance les époux dont il ne pouvait ravir autrement les femmes. Ses complices et ses confidents, dont peu l'égalant en dépravation, étaient pareillement sacrifiés, quand, par une parole ou un geste, ils paraissaient désapprouver ses excès. Marié à la princesse Berthe , fille d'Othon, margrave d'Italie, qui lui avait apporté en dot les vertus et les inclinations pures d'une jeune personne de quinze ans, Henri IV la répudia iprès un an de mariage. Cette brutalité révolta toute v Allemagne. * /archevêque de Mayence en écrivit au Pape, pour le prier de faire juger cette affaire par des légats. Alexandre II confia cette mission à saint Pierre Damien, qui venait de parcourir la France, pour y provoquer dans toutes les provinces la réforme des mœurs et la restauration de la discipline. Le choix d'un homme dont tout l'univers catholique connaissait l'austérité

et la vigueur apostolique, fut particulièrement désagréable à Henri IV. Toutefois il n'osa point se soustraire à l'enquête juridique du légat du Saint-Siège. Pierre Damien, après avoir pris connaissance de PafFaire , déclara au roi que son entreprise était indigne non-seulement d'un prince , mais même d'un chrétien. « Si vous méprisez, lui dit-il, l'autorité des saints canons, laissez- » vous au moins toucher par le soin de votre réputation. Si vous » résistez à ces conseils, dictés par la raison et la foi , le souve- » rain Pontife se verra forcé d'employer contre vous les foudres » de l'Eglise, et ne consentira jamais à vous couronner empe- » reur. » Henri IV n'osa point insister; il déclara qu'il « porterait le fardeau dont il ne pouvait se décharger. » Mais il ne changea ni de mœurs ni de conduite. Saint Annon, archevêque de Cologne, quitta une cour où régnait le scandale couronné, et cessa de donner ses conseils à un prince qui n'écoutait que ceux de la passion. L'impératrice Agnès, pressentant que son fils ferait le malheur du monde, se retira elle-même en Italie, où elle se mit sous la direction de saint Pierre Damien, et acheva , dans la retraite et les bonnes œuvres , une vie commencée au milieu des intrigues et des agitations des cours. La bénédiction de Dieu s'éloignait pour toujours de Henri IV.

34. Pierre Damien, après sa légation d'Allemagne, sollicita de nouveau près du souverain Pontife la permission de renoncer aux éminentes ^onctions qu'il remplissait dans l'Eglise, pour achever ses jours au sein de l'étude , du silence et de la prière. Hildebrand, auquel Alexandre II avait continué la confiance dont l'avaient investi ses prédécesseurs, s'était toujours opposé aux désirs de Pierre Damien, son ami. Les instances de ce dernier devinrent ehaque jour plus pressantes. « Dans tous vos » combats et dans toutes vos victoires, écrivait-il à Hildebrand, » je me suis précipité dans la mêlée : j'avais, pour vous servir, » la rapidité de la foudre. Votre nom n'est jamais tombé de mes » lèvres qu'accompagné de bénédictions et d'éloges : et Dieu » seul sait la tendresse de mon âme pour vous. Mais maintenant » j'ai hâte de me recueillir, au terme de la carrière, et d'em- » ployer au service de Dieu les derniers instants qui me restent. » Le généreux athlète de Jésus-Christ n'obtint pas le repos qu'il

Page 1