‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 56 sur 332 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

» encore. :- Guillaume, tout, en introduisant au sein de sa noi»voile conquête les ^i(Buri plus polies de la France, confirma solennellement les anciennes lois du pays (1069). Celles qui concernaient l'Eglise d'Angleterre furent rédigées en' latin, eu vingt-deux articles. On y garantissait le droit des pèlerinage! pieux et la sécurité des voyageurs; et on y maintenait la taxe du denier de saint Pierre dont une partie était employée à l'entretien d'une église et d'une école, dites des Anglais, à Rome. Tro* légats, envoyés par Alexandre II, vinrent couronner Guillaumele-Bâtard, en qualité de roi d'Angleterre (1070).

36. Les exemples de vertu et de sainteté continuaient à illustrer l'Eglise , à côté des scandales contre lesquels la Papauté ne cessait de lutter avec énergie. Le pontificat d'Alexandre II voyait saint Dominique l'Encuirassé, cet illustre ami de Pierre Damien, qui , par esprit de pénitence , porta toute sa vie une cuirasse de fer sur sa chair nue; saint Rodolphe, évêque d'Eugubio; saint Thibaut, de Provins, de la famille des comtes de Champagne, pieux ermite qui s'était retiré dans une solitude d'Italie, près de Vicence; saint Hugues, abbé de Cluny; saint Robert, fondateur de l'abbaye de la Chaise-Dieu , en Languedoc; le bienheureux Evrard, comte de Breteuil, moine de Marmoutier; saint Gautier, abbé de Lesterp, dans le Limousin; saint Annon, archevêque de Cologne; saint Altmann, évêque de Passaw; saint Guebhard, archevêque de Saltzbourg; saint Bennon, évêque de Misnie et apôtre des Slaves; le roi martyr Gothescalc, prince saxon, protester, par la pratique des plus héroïques vertus, dans le cloître, la solitude, au milieu de la dignité de l'épiscopat, et jusque sur le trône , contre les tendances générales au désordre et au relâchement des mœurs. La foi faisait de précieuses conquêtes chez les nations du *.jrd de l'Europe , sous l'influence ei avec le concours simultané de Suénon, roi de Danemarck, ei d'Adalbert, archevêque de Brème. Adam, chanoine de cetU dernière ville, écrivait alors son Histoire ecclésiastique, qui con* prend les origines des Eglises du nord, et la suite des évêques d< Brème et de Hambourg, depuis l'entrée de saint Willibrod en Saxe, jusqu'à îa mort de l'archevêque Adalbert, période de près de trois cents ans. Adam de Brème recueillit avec soin tous les ai. 7

9$ ALEXANDRE Tï (1 001-1073).

mémoires écrits, les lettres des princes et des Papes, eUa tradition vivante des anciens, relatifs à son sujet; ce qui rend sa compilation extrêmement précieuse.

37. Une modification importante s'opérait alors dans la discipline de l'Eglise. Les pénitences publiques devenaient d'une application presque impossible, au milieu des crimes et des violences de la société dans ces siècles. Elles furent remplacées par l'usage fréquent de la discipline ou flagellation volontaire , que saint Pierre Damien contribua particulièrement à établir, par ses écrits, ses discours et son exemple. Les austérités de saint Dominique YEncuirassé, dont il nous a laissé la prodigieuse histoire, favorisèrent aussi ce changement. L'Eglise admit donc des commutations pour les peines canoniques, s'accommodant ainsi aux nécessités sociales et aux besoins des temps. Les flagellations, les pèlerinages lointains, les grandes aumônes, furent adoptés comme moyens de compensation. Ils convenaient merveilleusement, soit pour dompter des caractères à demi barbares, soit pour faire réparer tant de pillages, soit pour punir l'avarice des simoniaques. Ainsi, on rachetait les années de pénitence canonique par un certain nombre de coups de discipline, par telle somme d'argent donnée aux pauvres, aux églises, aux monastères, ou par tel pèlerinage. Ce système permettait d'imposer de longues années de pénitence, dont on s'acquittait au moyen des compensations. Ce fut ainsi que Pierre Damien en imposa cent années à Guy, le trop fameux archevêque simoniaque de Milan, dont nous avons parlé. Quelques esprits ont critiqué l'usage de la flagellation volontaire ou discipline. Il n'est que la traduction appliquée au mol de saint Paul : Castigo corpus meum et in p-vitutem redigo (1). L'Eglise a suffisamment justifié cet usage in canonisant les illustres pénitents qu'il a sanctifiés; mais elle a toujours eu une sollicitude toute maternelle pour en prévenir ou condamner l'abus.

38. L'espèce de mitigation, apportée par là à l'ancienne discipline canonique , était une mesure parfaitement en harmonie avec la douceur et ia modération d'Alexandre IL II employa son auto-

(i) • Je cbitie mon corpg et le réduis en servitude. • I. Cor., c. 9. t 27.

Page 1