‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 63 sur 332 · CHAPITRE nr. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE nr. i

cesse combattu; il n'inventait point un système : il le continuait, en y apportant seulement le secours de son énergie personnelle et de son immense génie.

7. Le premier acte de l'intrépide Pontife fut dirigé contre les gcandales des prêtres. En 1074, à la suite d'un concile nombreux qui s'associa courageusement aux efforts de saint Grégoire VII , un décret foudroyant fut lancé contre les prêtres qui avaient jtcheté à prix d'argent la dignité sacerdotale, ou qui la déshonoraient par le désordre de leurs mœur?. Tous ceux qui ne renon- ^eraient pas à leur vie scandaleuse et ne rentreraient pas dans la pratique de la continence, devaient être immédiatement déposés, tous pouvoirs leur étaient retirés, et on interdisait aux fidèles d'entendre la messe, de recevoir les sacrements ou d'assister aux offices célébrés par ces prêtres rebelles. Rien ne saurait mieux nous donner une idée de la grandeur du mal contre lequel on sévissait, que le soulèvement excité de toutes parts contre saint Grégoire VII à la suite de ce décret. Il se trouva des théologiens pervers qui soutinrent que la continence était une vertu impraticable à l'humanité, et qui prétendaient étayer cette doctrine par l'autorité de l'Ecriture sainte. D'autres invoquaient la prescription , comme si le crime pouvait jamais prescrire contre la loi, et trouvaient dans les désordres de l'époque lamentable qu'on venait de traverser la justification des leurs. Enfin, un grand nombre , sans attaquer le fond de la doctrine , essayèrent d'affaiblir l'autorité du décret par des considérations intrinsèques. Ils soutenaient qu'il était infiniment dangereux d'interdire aux fidèles de recevoir les sacrements de la main des prêtres scandaleux; on rendait par là, disaient-ils, les laïques juges des questions ecclésiastiques, et, de plus, on semblait faire dépendre l'efficacité des sacrements de la sainteté du ministre. Cette argumentation fut plus particulièrement celle des évêques d'Italie, de France et d'Allemagne. Egarés par la passion et les préjugés du moment, ils ne voyaient pas qu'il n'y avait là qu'un sophisme, au moyen duquel l'autorité ecclésiastique se trouverait dépos- •éflée du droit de déposer jamais un prêtre indigne. Plus les réclamations fur*&t nombreuses, pressantes, énergiques, pius la volonté de saint Grégoire VII fut terme et constante. En adrea-

sant son décret aux souverains catholiques de l'Europe , il l'accompagna de lettres pressantes pour exciter leur zèle et les engager è ne rt n épargner pour son exécution. Ses légats se rendirent près du roi de Germanie, qui se montra disposé à les bien accueillir; mais les évêques allemands se refusèrent à toutes les mesures qu'on leur proposa; et la mission des envoyés pontificaux échoua ue ce côté. Ils n'eurent pas plus de succès en France. Guillaume-le-Conquérant , en Angleterre, mit plus d'énergie à seconder les vues de saint Grégoire VIL De concert avec Lanfranc, récemment appelé de l'abbaye du Bec à l'archevêché de Cantorbéry, il fit recevoir les décrets du Pape dans toute l'étendue de son royaume.

8. Par l'accueil fait à ses premières mesures, saint Grégoire VII pouvait juger de la gravité de la situation. Il résolut d'attaquer directement, cette fois, la source du mal, et dans un nouveau concile , assemblé à Rome (1075) , il rendit un second décret qui « défendait, sous peine d'anathème, à toute personne » séculière, quelle que fût sa dignité, empereur, marquis, prince » ou roi, de conférer Y investiture , et à tout clerc, prêtre, évê- » que, de la recevoir pour les bénéfices, abbayes, évêchés, et » dignités ecclésiastiques, de quelque nature qu'elles pussent » être. — Nul ne pourra conserver une Eglise, acquise à prix » d'argent, par un trafic simoniaque. — loute fonction ecclév siastique sera interdite aux clercs incontinents. Aucun prêtre » ne pourra épouser une femme. S'il en a une, qu'il la renvoie, » sous peine de déposition. — Nul ne sera élevé au sacerdoce, » s'il n'a solennellement promis de garder la continence perpé- » tuelk. Que le peuple n'assiste point aux offices célébrés par » un cterc qu'il voit fouler aux pieds les décrets apostoliques. » Les plus simples notions théologiques suffisent pour apprécier, au premier coup d'œil, la justice de semblables mesures, et le droit canonique sur lequel elles étaient fondées. Il n'est personne aujourd'hui qui, en les examinant avec bonne foi, ne les trouve conformes aux règles et à la pratique constante de l'Eglise. La plupart des princes italiens, qui assistèrent au concile de Rome où elles furent promulguées, applaudirent à leur sagesse; mais û n'en fut pas de. même en Allemagne : une explosion de mé-

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