‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 64 sur 332 · CHAPITRE IV. 1 i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 1 i

contentements et de haines éclata contre le saint Pape. Les évê > ques eux-mêi«!ies opposèrent la plus vive répulsion. X)ans plu- « sieurs villes , la publication des canons fut suivie dédoubles et de séditions populaires. Cet orage ne troubla point le grand cœur de Grégoire VII. T.1 le confirma dans la pensée d'intervenir plus énergiquement encore en Allemagne, où se trouvait le centre de la résistance.

9. Une insurrection formidable venait d'éclater parmi les Saxons. Le gouvernement insensé du jeune Henri IV avait révolté, dans le cœur de ces peuples, le vieux sentiment d'honneur national. D'énormes impôts, destinés à subvenir aux folles dépenses de la cour , avaient été exigés de la Saxe et de la Thuringe. Les malheureux habitants, dans l'impossibilité d'acquitter ces taxes, virent les soldats envahir leurs campagnes, piller leurs maisons , enlever les enfants et les femmes. Les seigneurs n'étaient pas mieux traités. Henri IV les faisait jeter en prison, et les forçait de racheter leur liberté au poids de l'or. Les opprimés souffrirent longtemps en silence ; mais enfin le mécontentement s'accrut avec les injustices ; le patriotisme de cette race guerrière se réveilla avec un élan unanime, et 60,000 Saxons parurent en armes sous les murs de Goslar, résolus de délivrer leur patrie ou de s'ensevelir sous ses ruines. Les diètes de Gerstungen, de Mayence et de Corvey, virent s'évanouir toutes les espérances de paix que Henri IV conservait encore, et les seigneurs saxons offrirent la couronne impériale à Rodolphe, duc de Souabe, jeune prince qui réunissait, à toutes les qualités du cœur et de l'esprit, les avantages extérieurs, dont le prestige est si puissant sur les multitudes . Cependant ces négociations avaient donné le temps à Henri IV de rassembler des forces imposantes. Les ressources de la Saxe et de la Thuringe n'étaient point suffisantes à lutter contre un armement fourni par toutes les autres provinces de l'empire. Les princes et les évêques saxons se déclarèrent prêts à faire toutes les soumissions que le roi exigerait d'eux, pourvu qu' n ne leur imposât pas des conditions trop dures; mais Henri IV fut inflexible. Une légation pontificale, chargée d'offrir la } médiation pacifique de Grégoire VH, ne fut pas mieux accueillie» Le roi était profondément irrité des décrets du Pape

contre les investitures, et n'attendait qu'une victoire sur les Saxons pour tourner ses armes contre son ancien précepteur. Saint Grégoire VII prévoyait le danger et son àme était en proie à une immense amertume. « Je voudrais , écrivait-il à » saint Hugues, abbé de Cluny , pouvoir vous faire comprendre » toute l'étendue des tribulations dont je suis ass;Mlli, des travaux » sans cesse renaissants qui m'accablent et m'écrasent sous leur » poids. Une indicible douleur, une tristesse extrême s'emparent » de mon cœur à la vue de l'Eglise d'Orient, que l'esprit des té- * nèbres a séparée de la foi catholique. Quand je tourne mes 9 regards à l'occident, au midi, au septentrion, j'y découvre à » peine quelques évêques qui soient entrés dans l'épiscopat par » des voies canoniques, et qui gouvernent leur troupeau dans un » esprit de charité. Parmi les princes séculiers, je n'en connais » aucun qui préfère la gloire de Dieu à la sienne propre , et la r justice à l'intérêt. Pour ceux au milieu desquels je vis, les k Lombards et les Normands , je leur reproche souvent qu'ils r sont pires que des Juifs et des païens. Si je n'avais l'espérance d d'une vie meilleure et la perspective d'être utile à l'Eglise, Dieu m'est témoin que je ne demeurerais plus à Rome , où je ♦ suis comme enchaîné depuis vingt ans. C'est ainsi que, partagé » entre la douleur qui chaque jour se renouvelle pour moi, et un » espoir, hélas ! trop lointain , je suis assailli par mille tempêtes, » et ma vie n'est plus qu'une agonie continuelle. »

10. Les alarmes du Pape s'accrurent bientôt à la nouvelle de la sanglante victoire d'Hohenbourg que le roi de Germanie venait de remporter sur les Saxons (1075). Cette défaite fut suivie de désastres affreux. Henri IV parcourut la Saxe en triomphateur laissant partout le pillage, la dévastation et la mort comme traces de son passage. Ses succès le remplirent d'orgueil et d'arrogance : il pensa qu'ayant abattu un peuple belliqueux, il pouvait lutter avec avantage contre le pouvoir du Pape. Cornue déclaration de guerre, il pourvut, au mépris des derniers décrets pontificaux, les sièges de Bamberg, de Fulde et de Lorsch , par de scandaleuses investitures. Il forma ensuite le projet de s'emparer de îa personne de Grégoire VII , de le déposer du souverain pontificat, et d'élever sur la chaire de saint Pierre une de

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