‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 65 sur 332 · CHAPITRE IV. JJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. JJ

ses créatures , dévouée à sa tyrannie. L'âme de ce complot fut Guibert, archevêque simoniaque de Ravenne. Plein d'ambition et d'audace, ce prélat, venu à Rome à l'occasion du dernier concile, avait noué des relations avec les mécontents soulevés par les décrets énergiques du Pape. Il s'était lié plus particulièrement avec Gencius (1), fils d'un ancien préfet de Rome, que ses dépoiv tements avaient fait emprisonner par le gouvernement pontifical. Grégoire VII l'avait remis en liberté après en avoir exigé d<sa otages, et lui avoir fait jurer, sur le tombeau de saint Pierre, qu'il s'amenderait et ne troublerait plus la tranquillité publique. Depuis lors, cette âme haineuse avait nourri un resstntimem implacable contre le saint Pontife. Guibert lui fit de magnifiques promesses, tant en son nom personnel qu'en celui du roi de Germanie, s'il voulait le servir dans son entreprise. Cencius accepta avec empressement; il recruta bientôt de nombreux partisans. Robert Guiscard venait d'être excommunié par !« souverain Pontife, pour s'être montré infidèle aux termes du traité récemment conclu entre le Saint-Siège et lui. Il étira dans le complot de Guibert et de Cencius. Les conjurés en fixèrent l'exécution à la nuit de Noël (1075)., Pendant que saint Grégoire VII officiait pontificalement dans l'église de Sainte- Marie -Majeure, Cencius pénètre dans le sanctuaire à la tête d'une troupe de soldats armés. Ces misérables s'élancent sur h personne sacrée du Pape, le renversent, le saisissent par les cheveux et le traînent, au milieu - cris et des pleurs de la multitude, dans une tour de la forteresse de Cencius. Ils espéraient le faire sortir de Rome *vant le jour et le conduire prisonnier à Henri IV, en Allemagne. Mais l'alarme s'était promptement répandue dans toute 3a ville, a la nouvelle de l'enlèvement du Pape. Une foule immense encombra bientôt les rues, redemandant - grands cris son pasteur et son père. Le tumulte devint formidable, et la multitude furieuse envahit la forteresse de Cencius, menaçant de massacrer tout ce qui s'y trouvait, si Grégoire VII ne lui était rendu à l'instant même. Rien n'est plus lâche que l'âme d'un traître. Cencius, épouvanté, se jette aux

(1) Cencius avait précédemment embrassé le parti de l'antipape Cadaioûs, @a* * pontificat d'Alexandre II.

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114 s. Grégoire vn (1073-1085).

genoux de l'intrépide et miséricordieux Pontife. Grégoire VII lui pardonne et lui impose seulement, pour pénitence, un pèlerinage A Jérusalem. Quand le Pape reparut aux yeux de son peuple, il y eut une acclamation et des transports indescriptibles. Il fut porté en triomphe jusqu'à l'église, où il continua le saint sacrifice, au milieu des larmes de joie de ceux qui Pavaient délivré. Les biens de Cencius furent pillés et saccagés, et il s enfuit en Allemagne après avoir été excommunié et banni de Rome à perpétuité. Quant à Guibert, auteur secret de tout ce désordre, il n'abandonna pas son plan, et alla reprendre ses intrigues dans la haute Italie.

1 1 . La main de Henri IV ne s'était point montrée à découvert dans ces violences; mais la perspicacité de saint Grégoire VII ne pouvait s'y méprendre. Dès le lendemain, il écrivit au roi de Germanie, a Nous avons lieu de nous étonner, lui disait-il, de » Panimosité qui éclate dans vos actes et vos décrets contre le » siège apostolique. Vous avez continué, malgré nos rescrits, à » donner l'investiture pour les évêchés vacants. Nous vous aver- » tissons, dans notre paternelle charité, de reconnaître l'empire »du Christ, de songer combien il est dangereux de préférer » votre honneur au sien. La victoire qui vous a été donnée sur » vos ennemis doit augmenter votre reconnaissance envers Dieu, * qui vous accorde cette grande prospérité. » Henri IV ne répondit à ce langage apostolique que par un attentat nouveau. Il convoqua tous les évêques d'Allemagne à Worms, sous la présidence d'Hugues-le-Blanc, ce même cardinal qui avait déterminé l'élection de saint Grégoire VU, et qui, depuis, avait embrassé le parti de Guibert et de Cencius. On produisit dans ce conciliabule un libelle où le Pape était chargé d'accusations infâmes. Tout ce que la passion et la haine peuvent inventer d'absurde et d'odieux y était accumulé. On accusait saint Grégoire VII d'avoir payé des meurtriers pour assassiner Henri IV. On incriminait ses relation* avec la noble comtesse Mathilde; on l'appelait « héré- » tique, adultère, bête féroce et sanguinaire. » Après trois jours d'une scandaleuse délibération, ces évêques indignes dosèrent contre le Pape légitime un acte de déposition, signé par l'empereur et par tous ceux qui étaient présents. Henri IV se hâta

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