CHAPITRE IV. itf
Saxons, détermina la victoire en faveur de la bonne cause; mais, au moment où on lui annonçait son triomphe, Rodolphe, mortellement blessé par Godefroi de Bouillon, expirait comme Epammondas à Mantinée. Le jeune Godefroi de Bouillon , que nous trouvons ici parmi les soldats de Henri IV , expiera , par d'immortels exploits, dans les champs de la Palestine , l'erreur de ses premières années.
21. La mort de Rodolphe , enseveli dans son triomphe, était une calamité immense. Henri IV, maître de presque tous le» passages de l'Italie, entra en vainqueur dans ces riches contrées : son parti s'accrut avec une effrayante rapidité. Les clercs et les évêques simoniaques ou concubinaires se groupaient autour de l'antipape Clément III. Ils formèrent le schisme connu dans l'histoire sous le nom de schisme des Henriciens. Ils avaient leur jloctrine , et soutenaient que l'empereur devait exercer la plus haute autorité sur l'élection des Pontifes et des évêques; qu'on ne pouvait regarder comme légitime Pontife , ou légitime évêque , que celui qui serait élu par V empereur ou le roi de Germanie; enfin qu'on n'avait à tenir aucun compte d'une excommunication portée contre un souverain temporel. Henri IV favorisait, comme on le conçoit facilement, des tendances qui lui étaient si avantageuses. Saint Grégoire Vil se vit abandonné de presque toute l'Italie, et ne conservait pour alliée que l'héroïque comtesse Mathilde, dont le courage inébranlable cherchait à lutter contre les désastres de l'invasion allemande. « Le burin » de l'histoire, dit M. Voigtr se refuse à tracer tous les malheurs » que causa ce schisme. » Ils lurent en effet immenses, puisqu'ils faillirent anéantir la réforme salutaire dont le génie de Grégoire VII avait entrepris la réalisation , et qui devait sauver la civilisation moderne. L'intrépide Pontife voyait venir l'orage avec le calme qui caractérise les hommes conduits par une idée grande et sainte. Il savait que l'homme s'agite en vain pour le triomphe de l'erreur, et que la main de Dieu sait poser de** bornes au crime et à l'injustice. « Nous voulons, écrivait-il aux fidèles p de la chrétienté, que votre mépris pour l'orgueil et les efforts » des impies soit égal au nôtre , et que vous soyez d'autant plus > certains de leur ruine qu'ils ont prétendu s'élever plus haut. »
m S. GRÉGOIRE VII (1073-1085).
La confiance de saint Grégoire VII était récompensée , peu de temps après, par la soumission franche et sincèrp de Robert Guiscard, qui vint lui prêter germent de fidélité, reçut l'absolution de^ censures qu'il avait précédemment encourues, et promit de mettre son épée au service du Saint-Siège, Cependant les Saxons, un instant abattus par la mort de Rodolphe, reprenaient courage, et élisaient à Ramberg (1081) , le comte Hermann de Luxembourg, en qualité de roi de Germanie. Issu d'une antique et illustre famille , guerrier plein de valeur, Hermann , en des temps ordinaires, eût été un homme remarquable parles plus brillantes qualités; mais, à cette époque de bouleversements politiques, il eût fallu plus qu'un héros pour saisir et garder le sceptre. Hermann , couronné à Goslar , répondit au ciioix des Saxons par une activité et une valeur prodigieuses. Mais la défection se mit dans son armée, et il se vit bientôt obligé de se réfugier en Lorraine, où il mourut, sans avoir affermi sur sa tête une couronne dont sa bravoure et ses vertus le rendaient digne.
22. Dès le printemps de 1082, Henri IV était venu camper sous les murs de Rome avec une armée formidable. Il avait avec lui Guibert de Ravenne , qui maniait l'épée sans s'inquiéter autrement de la pourpre dont il se revêtait. Pendant trois années consécutives les troupes allemandes bloquèrent la ville. Saint Grégoire VII s'était retiré dans le château Saint- Ange. Robert Guiscard, occupé dans une guerre contre les Grecs de Constantinople, ne pouvait venir au secours du Pape. Les Romains, malgré les tentatives de corruption de Henri IV , demeurèrent fidèles à leur Pontife. Des négociations interrompaient de temps en temps la lutte et suspendaient les hostilités par quelques intervalles de trêve. En 1083 , sur la proposition du Pape, Henri consentit à la tenue d'un concile qui se réunirait à Rome, et prononcerait , en dernier ressort , sur les affaires de l'Eglise et sm eelles de l'empire. Il jura de laisser un libre accès à tous ceux ijui voudraient assister à cette assemblée. Mais, suivant ses traditions de mauvaise foi, il fit arrêter, contre le droit des genst les envoyés d'Bermann et des princes allemands, et les évêquef opposés à son parti qui se rendaient à. l'appel du Pape. Maigri