CHAPITRE IV
ces obstacles, le concile (1) s'ouvrit à l'époque fixbe. « Le troi- » sième jour, dit M. Voigt, saint Grégoire VII se leva au milieu » de rassemblée, comme animé d'une puissance surnaturelle ; il » parla de la foi, de la morale chrétienne, du courage et de la » constance nécessaires dans la persécution présente, . avec une » éloquence si vive et si entraînante, qu'il arracha des larmes à s» tous les assistants. On eût dit qu'il pressentait que sa parole » s'élevait pour la dernière fois en faveur dyîine cause si juste et » si sacrée. Henri refusa d'entendre à aucun accommodement. » Cependant saint Grégoire ne prononça point nominativement » contre lui de sentence ; il se contenta d'excommunier, en gé- » néral, tous ceux qui avaient empêché les évêques et les envoyés » allemands de se rendre au concile, ou les avaient retenus pri- » sonniers. » Cette conduite était d'autant plus courageuse, que le Pape soutenait presque seul la volonté chancelante des Romains. Ce peuple, lassé des rigueurs d'un si long siège, et d'une fidélité qui contrastait, par une durée exceptionnelle, avec son caractère remuant et versatile, envoya à Henri IV une députation chargée de lui offrir les clefs de la ville. Ce fut le 21 mars 1084 qu'il y entra, accompagné de son anti-pape Guibert. L'héroïque Grégoire VII, témoin de la défection de ses sujets, demeura renfermé dans la citadelle imprenable du château Saint- Ange. Guibert fut installé dans le palais de Latran, et sacré par les deux évêques de Modène et d'Arezzo, au milieu d'un immense concours de clergé et de peuple. Le jour de Pâques, 31 mars, Henri et la reine Berthe, son épouse, firent leui entrée solennelle dans la basilique de Saint-Pierre ; ils se rendirent ensuite au Vatican, où Guibert plaça la couronne impériale sur la tête du roi qui fut proclamé patrice des Romains.
23. Cependant Robert Guiscard accourait au secours du Pape avec une armée de 30, 000 hommes. Henri IV, qui ne pouvait lutter contre de telles forces, quitta Rome précipitamment et se rendit, avec «on anti-pape, d'abord à Civita-Vecchia, et de là à Sienne. Mais Robert libérateur devait être aussi fatal à Rome que Henri conquérant. Les troupes indisciplinées des Normands^ mêlées à
(1) Ce fut le neuvième et dernier concile de Rome tenu sous le pontificat <to nint Grégoire VII.
des bandes de Sarrasins qui s'étaient enrôlés sous les drapeaux de Guiscard, mirent tout à feu et à sang dans la ville. En quelque» heures les palais les plus somptueux ne furent plus qu'un monceau de cendres. Grégoire VII pour soustraire Rome à ces désastres, en sortit avec Robert et se rendit à Salerne (1085). Une lutte constante, de longs et pénibles travaux, avaient usé la vie de ce grand Pape. Il avait vu le monde se précipiter vers sa ruine, et s'était héroïquement sacrifié pour en arrêter le déclin. Les cardinaux qui l'entouraient à ses derniers moments déploaient l'abandon où sa mort allait les laisser. Levant les yeux au ciel, il étendit les bras : « Je vais là-haut, leur dit-il, je vous » recommanderai au Dieu souverainement bon. » Il leur désigna trois hommes qu'il jugeait dignes de continuer son œuvre et de monter après lui sur le trône de saint Pierre : Didier , abbé du Mont-Cassin, Othon, évêque d'Ostie , et Hugues, archevêque de Lyon. « Au nom du Dieu tout-puissant, ajouta-t-il, en vertu » de l'autorité des saints apôtres Pierre et Paul, je vous ordonne » de ne reconnaître pour Pape légitime que celui qui aura été 9 élu et ordonné suivant les règles canoniques de l'Eglise. » Cependant ses forces l'abandonnaient de plus en plus. Avant d'expirer, il prononça ces paroles, qui résumaient toute sa vie : « J'ai » aimé la justice et haï l'iniquité, c'est pourquoi je meurs t ï » exil. » Un des évêques lui répondit : « Seigneur , nulle pai s vous ne sauriez mourir en exil ; Dieu vous a donné toutes le » nations en héritage, et le monde entier pour royaume. » Mais Grégoire VII n'entendit pas ces paroles (1) : son âme était montée au sein de l'éternelle Justice qu'il venait d'invoquer (25 mai 1085).
(1) En 1854, le nom de saint Grégoire VII fut insère au M^rtyrologue romain, par ordre de Grégoire XIII. Sous le pontificat, de Benoît XIII, on introduisit dans le Bréviaire romain la légende de saint Grégoire VIII que nous y isons encore maintenant. Cependant les arrêts des parlement» déclarèrent cette légende supprimée ; plusieurs évêques di; France en interdirent la écitation. Des magistrats de l'école de Pithou qui révisent un office de saint donné par un Pape ; des évêques qui confirment la théologie d'ua parlement ! voilà sans doute une aberration déplorable. Jésus-Orista fondé son église sur la pierre qui ne passe pas, et non sur l'autorité des parements qui ne sont plus, et dont la doctrine a légué au monde on héritage de révolutions et de ruines.