‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 77 sur 332 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Didier, et ils lui proposèrent le souverain pontificat. Succéder à Grégoire VII, pourvoir aux embarras des affaires politiques et religieuses, c'était un énorme fardeau pour un vieillard affaibli par l'âgy et les infirmités. L'abbé du Mont-Cassin le sentit, et il déclina l'honneur qui lui était proposé. Pendant un an, il résista à toutes les instances qui lui furent faites. Les cardinaux et les évêques, rassemblés à Rome, le déterminèrent à s'y rendre luimême, le revêtirent, malgré lui, des insignes pontificaux (24 mai 1086), et le proclamèrent Pape, sous le nom de Victor III. Mais 'humble Didier quittait secrètement, quatre jours après, la Ville éternelle, pour aller s'enfermer dans sa chère solitude du Mont- Cassin, et ce ne fut qu'aux supplications de Robert Guiscard et des autres princes d'Italie, qu'il consentit enfin à reprendre la croix et la pourpre romaine (21 mars 1087).

29. Pendant ces deux années d'interrègne, l' anti-pape Guibert avait fortifié son parti. Il occupait militairement l'église de Saint- Pierre, et la partie la plus considérable de la ville. Victor III n'hésita pas néanmoins à se présenter devant Rome, accompagné des princes de Capoue et de Salerne. Le pasteur légitime fut accueilli par la population avec des cris d'enthousiasme. Guibert fut obligé de céder, et, le 29 mai 1087, Victor III était sacré solennellement à Saint-Pierre, par les évêques d'Ostie, de Tusculum, de Porto et d'Albane. Une réaction, ménagée au sein d'un peuple versatile et remuant, par les intrigues des schismatiques, força bientôt le souverain Pontife à prendre, comme son prédécesseur, le chemin de l'exil. Mais l'héroïque comtesse Mathilde accourut au secours de l'illustre fugitif, et, à la tête de son armée, le réintégra triomphalement dans Rome. L'anti-pape Guibert s'enferma, avec ses partisans, dans la îorteresse de la itotonde, nommée alors Sainte -Marie-des-Tours.

30. Le premier soin de Victor III fut de reprendre, au point où saint Grégoire VII l'avait laissée, la grande affaire de la suppression des investitures. Un concile rassemblé à Bénévent, et présidé par le Pontife en personne (août 1087), portait le décret suivant : « Nous ordonnons que si, désormais, quelqu'un reçoit t un évêché ou une abbaye de la main d'un laïc , il ni soit » point compté ^v*re les évêques ou les abbés, et ne soit nulle-

ttt victor m (1086-1087).

» ment admis en cette qualité. Nous le privons de la grâce de » saint Pierre et de l'entrée de l'église , jusqu'à ce qu'iJ résigne » les fonctions qu'il a usurpées. De même, si quelque empereur, 9 roi, duc, marquis, comte, ou tout autre personne séculière, » présume donner des évêchés ou d'autres dignité*» ecciésias- » tiques, nous vouions qu'il soit compris dans cette condamna— » tion. » On renouvela aussi l'excommunication déjà prononcée contre l'antipape Guibert, et ces décisions furent envoyées en Allemagne, où le roi Henri IV continuait sa tyrannie et sa révolte contre l'Eglise. Victor III ne survécut guère à ces événements, ïl mourut (1) le 16 septembre 1087, au moment où une armée d'Italiens se mettait en marche contre les Sarrasins d'Afrique. Le Pape bénit, de sa main défaillante, les soldats qui al« laient combattra pour la cause du Christ. L'expédition fut vic-« lorieuse, et les Sarrasins qui étaient venus si souvent piller les côtes d'Italie, vaincus à leur tour, furent contraints à payer un tribut.

(1) Trithémius, Ptolémée de Lacques, Muratori, disent que Victor III mouruc d'une dysenterie causée par du poison versé dans le calice du Pape, par (hr8h <&aikarilV.

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