CHAPITRE T
raïn PoUtife, un élan religieux se manifesta au sein de la société européenne. Lt^rtfésordres, les luttes incessantes qui mrauaient ïe monde depuis les vingt dernières années du xf siècle, avaient jeté dans les âmes comme un immense besoin de solitude. En Allemagne, il y eut de ces hommes qui , brisés par les tempêtes des révolutions, commencèrent à se réunir à l'abri de la Croix. Ils embrassèrent la vie commune, se donnant, eux et leurs biens, au service des ordres religieux , pour vivre sous leur direction tout en conservant l'habit séculier. Urbain II approuva formellement ce genre de vie, qui tenait une sorte de milieu entre les frères lais ou convers et les tiers ordres. Dans les campagnes, un grand nombre de filles suivirent cet exemple; elles se vouèrent au célibat, et se plaçaient , pour vivre en commun, sous la coït?» duite de saints prêtres. Des femmes mariées embrassèrent aussi cette vie. Cet élan général qui réparait les pertes des catholiques, rencontrait de nombreux détracteurs. Urbain II le confirma par des approbations réitérées, « Nous approuvons, écrivait-il, cette » manière de vivre , que nous avons vue de nos yeux, la jugeant » louable et digne d'être perpétuée, comme une image de la pri- » mitive Eglise , et nous la confirmons , par ces présentes , de » notre autorité apostolique. »
4. Au moment où le pieux Pontife travaillait ainsi à ranimer dans le mondîb i esprit de ferveur et de foi , un déplorable scandale affligeait la chrétienté. Le roi de France, Philippe Ier, épris d'un amour coupable pour Bertrade de Montfort, femme du comte d' Anjou, Foulques-le-Réchin, venait de répudier Berthe de Hollande, son épouse légitime, dont il avait deux enfants (1). La veille de la Pentecôte (1092) , dan? l'église de Saint-Jean de Tours , pendant que les chanoines de Saint-Martin faisaient la bénédiction des fonts baptismaux, Bertrade fut enlevée de vive force et conduite au roi. En même temps la reine Berthe était confinée dans un château fort. A cette nouvelle, la conscience publique éclata en un long cri d'indignation. «Qu'on nes'étonn« » point, dit Hugues de Flavigny, auteur contemporain, si nom
(1) Louis, surnommé le Gros, qui succéda à Philippe Ier sur le trône, et la princesse Constance, qui épousa dans la suite Bohémond, prince d'Antioche.
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» flétrissons énergiquement la conduite du roi ,,-sans égard pouf s la majesté du trône et l'éminente dignité du petgbnnage. Quand » nôtres livre garderait le silence, la France entière, que dis-jeî *> tout l'Occident retentirait comme un tonnerre. Un roi, au mé- » pris de la sainteté du mariage, sans respect pour une épouse » issue du sang royal, ne craint pas de ravir au comte d'Anjou » son épouse légitime ! Jusqu'ici l'autorité royale n'a employé le x> glaive que pour maintenir l'indissolubilité du mariage, et voici » qu'un roi ne rougit pas de rompre les liens de cette union sa» » crée, et s'obstine à demeurer sans honte dans un désordre in-« » tolérable ! » Philippe Ier ne s'en tint pas là. Il voulait que ses nœuds adultères fussent bénis par un évêque. Il s'adressa au prélat de France le plus savant et le plus estimé de son temps, saint Yves, que sa réputation venait de faire passer de la chaire de théologie de Saint-Quentin, près de Beauvais, au siège épiscopal de Chartres (1091). Le roi prétendait faire casser son mariage avec Berthe sous un faux prétexte de parenté. « S'il en est » ainsi, répondit saint Yves, vous ne pouvez contracter aucune » autre alliance avant que la dissolution du premier mariage ait » été canoniquement prononcée.» Philippe Ier insista vainement, en assurant à l' évêque de Chartres que le Pape, consulté à ce sujet, avait consenti à tout. Saint Yves demeura inflexible. « Ce » que, présent, j'ai dit à Votre Sérénité, écrivait-il à Philippe, » je le lui répète absent. Je ne veux ni ne puis assister à la célé- » bration de votre mariage, à laquelle vous m'invitez. Ma cons- » cience, que je dois conserver pure devant Dieu, et la réputation » d'un évêque de Jésus-Christ, qui doit être sans tache, ne sau- » raient me le permettre. Ce refus n'est point contraire à l'obéis- » sance que je vous dois. Je crois vous donner une meilleure » marque de ma lidélité en vous tenant ce langage, persuadé » qu'en cette circonstance vous exposez votre salut éternel, et » précipitez votre royaume dans un abîme de malheurs.» Philippe Ie' répondit à ces sages et dignes remontrances en faisant jeter le courageux évêque en prison et piller les biens de son Eglise il trouva dans Guillaume, archevêque de Rouen, pins de complaisance. Ce prélat eut la faiblesse de bénir l'union qui réalisait un double adultère. Cependant Hugues, arcnevêque de Lyon,