‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 83 sur 332 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ce serment sacrilège. Une violente maladie le réduisit à l'extrémité. Saint Anselme fat mandé pour donner au prince les secours de la religion. Le roi fit une confession sincère de tous s§& péchés, et promit de réparer tous ses torts. On profita de oes bonnes dispositions pour le presser de nommer de suite à l'évêché de Cantorbéry. Il y consentît , et prononça le nom d'Anselme. L'humble abbé , qui était présent , pâlit d'effroi , et résista , de toutes ses forces , à ceux qui voulaient le présenter au roi pour recevoir l'investiture. Les évêques le suppliaient : « Vous voyez, t lui disaient-ils, que la religion est presque perdue en Angle- » terre. Vous seul pouvez y remédier, et vous ne voulez pas! » Anselme était inébranlable. Tous les assistants se jetèrent à sef genoux; le roi lui-même, de sa voix mourante, s'écriait : « An- » selnie, pourquoi m'envoyez-vous en enfer ? Je sais que je perds » mon âme si je garde cet archevêché! i Le saint résistait toujours. Enfin, les évêques le saisissent de force, le traînent près du lit royal. Guillaume lui présente la crosse. Anselme tenait sa main fermée; les évêques la lui ouvrent. Il est proclamé archevêque de Cantorbéry. Mais, profitant d'un instant de liberté, Anselme s'approche du monarque : « Prince , lui dit-il , je voue » déclare que vous ne mourrez point de cette maladie. Je vous t conjure donc d'annuler tout ce qui vient de se faire ici, car je » ne l'ai point approuvé ci ne l'approuverai jamais. » Malgré ses protestations, les évêques le conduisirent processionnellement à la cathédrale de Cantorbéry (1093). f Que prétendez-vous faire?

• leur disait en pleurant saint Anselme. Vous voulez attacher » au même joug, un taureau indompté et une brebis impuissante

• et faible. Le taureau mettra la brebis en pièces: et, quand le

• roi m'aura accablé du poids de sa colère, nul de vous n'osera > lui résister. »

7. La prophétie ne tarda pas à s'accomplir. « Si je dois me ré-

• signer à accepter l'archevêché de Cantorbéry, je veux que vous » sachiez ce que je désire de vous, avait dit Anselme au roi. i J'exigerai que vous rendiez à cette Eglise les terres qu'elle

• possédait du temps de Lanfranc. Je vous préviens en outre,

• que je reconnais l'obédience du pape Urbain II, à laquelle

• vous avez jusqu'ici refusé de donner votre adhésion. Dites-

150 prbain h (1088-1099).

» moi votre intention sur ces deux articles. » Guillaume -le- Roux promit de lui donner pleine satisfaction sur ces points importants ^ et Anselme, cédant enfin au vœu général, consentit à son sacre (4 décembre 1093). La bonne intelligence entre l'archevêque et le roi ne dura pas longtemps. Saint Anselme ayant annoncé le dessein d'aller recevoir le pallium des mains du Pape : « De quel Pape entendez-vous parler? dit Guillaume. — Du

• pape Urbain II. — je i«e me suis point encore décidé entre les » deux obédiences d'Urbain et de Clément, reprit le roi. Je ne » souffrirai pas qu'on reconnaisse un Pape en Angleterre sans » ma permission ; et quiconque voudrait me contester ce droit » serait regardé comme criminel de lèse-majesté. » Un concile fut convoqué à Rockingham (1095), pour y examiner la question des deux obédiences. Un grand nombre d'évêques courtisans pressaient saint Anselme d'abandonner le parti d'Urbain II, pour rentrer dans les bonnes grâces du roi. « Dans les choses de

* Dieu, répondit le courageux archevêque, je rendrai obéissance » au vicaire de saint Pierre , et c'est Urbain II qui possède légi- » timement ce titrt. Pour ce qui regarde la dignité temporelle » du roi, mon seigneur, je lui donnerai toujours aide et conseil, » selon ma capacité. » Guillaume-le-Roux ne pouvant plus contenir sa fureur, exigea des évêques le serment de ne plus communiquer avec saint Anselme. Les prélats, intimidés, en firent solennellement la promesse. « Et moi , s'écria l'archevêque, je vous » tiendrai toujours pour mes frères et pour les enfants de l'E- » glise de Cantorbéry ; et je travaillerai de toutes mes forces à » vous ramener de l'erreur. t> Les grands seigneurs , également sommés de renoncer à l'obéissance d'Anselme, répondirent : « Nous ne sommes point ses vassaux, et il n'a sur nous aucun » droit de suzeraineté temporelle; mais il est notre arcfcvêque, » et, comme chrétiens, nous lui demeurerons soumis. i> Cependant, Guillaume-le-Roux avait fait secrètement partir pour Rome deux clercs, chargés de lui rendre compte de l'état des esprits, pour qu'il put, en connaissance de cause, se déclarer sur la question d'obédience. Les envoyés n'eurent pas de peine à se convaincre qu'Urbain II était le Pape légitime. Ils le reconnurent «û cette qualité , et le souverain Pontife les fit accompagner à

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