CHAPITRE
4 sem de la paix, tant de victoires souillées par Fin justice. Tour-
> nez contre l'ennemi du nom chrétien les armes qu^ vous emt ployez injustement les uns contre les autres. Vous qui fûtes si » souvent la terreur de vos concitoyens et qui vendiez 'pour im » vil salaire votre bras aux fureurs d' autrui, arm s du glaive des » Macchabées, allez défendre la maison d'Israël. Soldats de l'en- » fer, devenez les soldats de Dieu! Il ne s'agit plus de venger les t injures des hommes, mais celles du Seigneur des armées. Si » vous triomphez , les bénédictions du Ciel et les royaumes de i l'Asie seront votre partage ; si vous succombez , vous aurez la • gloire de mourir aux mêmes lieux que Jésus-Christ : et Dieu » n'oubliera point qu'il vous aura vus dans les rangs de sa milice » sainte. Nous prenons sous la protection de l'Eglise et des apô- » très saint Pierre et saint Paul ceux qui s'engageront à cette
> noble entreprise : nous ordonnons qu'en leur absence leurs » familles et leurs biens soient respectés. Soldats du Dieu vi-
> vant! qu'aucune lâche affection, qu'aucun sentiment profane » ne vous retienne dans vos foyers ! N'écoutez plus que les gé-
> missements de Sion ; brisez tous les liens de la terre, sou- » venez-vous de ce qu'a dit le Seigneur : Quiconque abandonnera t sa maison, son père, sa mère, son épouse, ses enfants, ou son
> héritage, pour mon nom, sera récompensé au centuple et pos- » sèdera la vie éternelle. » A ces paroles du Pontife suprême, l'assemblée entière se leva dans un même transport, et fit entendre ces mots : Dieu le veut! Dieu le veut! [Diex el volt!) A trois reprise? différentes cette acclamation d'enthousiasme s'échappa de ces milliers de poitrines et retentit au loin, prolongée par les échos des montagnes. Le Pape, levant alors les yeux au ciel , fit signe de la main pour imposer silence : « Que ces pa- » rôles : Dieu (e veut! s'écria-jt-il ? soient désormais votre cri de § guerre, et qu'elles annoncent partout la présence du Dieu des » armées. Que la croix soit le drapeau de votre pèlerinage , » portez -la sur vos épaules ou sur votre poitrine; qu'elle brille » sur vos armes et sur vos étendards : elle deviendra pour vous » le gage de la victoire ou la palme du martyre; elle vous rap- » pellera sans cesse que Jésus-Christ^esj^mort pour vous et que » vous devez mourir pour lui. i
158 urbain- n (1088-1099).
12. L'impulsion était donnée : princes, peuples, seigneurs, hommes d'armes, prirent la croix, « Ils avaient tous beaucoup » de crimes à expier , dit Montesquieu ; on leur proposait de les * expiai les armes à la main, ils prirent donc la croix et les
> armes. *> Les voleurs, les brigands quittaient leurs retraites inconnues, venaient confesser leurs forfaits et promettaient, en prenant la croix, d'aller les expier en Palestine (1). Dans la première chaleur de l'enthousiasme , des bandes nombreuses se mirent en marche, sous la conduite de Pierre l'Ermite lui-même, de Gauthier Sans-Avoir, chevalier bourguignon, du prêtre allemand oothescai*-. Mais, victimes de leur indiscipline, elles allèrent inutilement blanchir de leurs ossements le sol de la Hongrie et de la Bulgarie. La croisade véritable et sérieuse s'organisa, en divers corps, sous la conduite des princes les plus illustres de la chrétienté : Hugues-le-Grand, comte de Vermandois, frère de Philippe Ier; Godefroi de Bouillon, duc de la basse Lorraine; Baudoin et Eustache, ses frères (Godefroi allait faire oublier, par sa valeur et sa piété, dans les champs de l'Asie, les erreurs de sa jeunesse, dévouée à la cause impie de Henri IV) , Robert Courte-Heuze (2) , duc de Normandie , frère de Guillaume-le- Roux; Raymond, comte de Toulouse, qui avait déjà mesuré ses armes contre les Maures d'Espagne; Bohémond, prince de Tarente, fils de Robert Guiscard, et son neveu, le chevaleresque Tancrède ; Robert II, comte de Flandre, dit depuis le Jérosolymitain; Etienne, comte de Chartres et de Blois, etc. L'évêque du Puy, Adhémar de Monteil, le pieux auteur du Salve Regina> fut désigné, en quanté de légat du Saint-Siège, pour chef spirituel de toute l'armée. « Les portes des Latins, selon les exprès- » sions d'un chroniqueur arménien, s'ouvrirent donc, et d'in-
> nombrables armées sortirent de l'Occident. » 600,000 croisés se trouvèrent réunis sous les murs de Constantinople. L'empereur Alexis sembla devant ce déluge de défenseurs « Si quel- » qu'un désire savoir le nombre des croisés, dit la princesse » impériale Anne Comnène , qui s'est faite l'historiographe de
(1) Michadû, Histoire des Croisades.
(2) Courte-Cuisse.