‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 88 sur 332 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

» son père^ qu'il compte les grains de sable de la mer, les étoiles

> du ciel, les feuilles et les fleurs qui croissent au printemps. » Mairje n'ai pas le courage, ajoute la dédaigneuse fille «les Cé-

> sars ," % d'entreprendre la liste des chefs : les noms barbares des * Fraies gâteraient mon récit. » Le quartier général de l'armée d- s croisés était campé dans la magnifique vallée de Bouyouek- Déré, sur la rive droite du Bosphore, où le voyageur visite avec respect un vaste platane qui porte le nom de Godefroi de Bouillon. Les troupes couvraient le plateau de Maltépé, au nord-est de Constantinople. L'élite de l'Europe était là, avec son indomptable courage et sa passion des conquêtes. Les tergiversations d'Alexis Comnène, ses exigences, la duplicité grecque, irritèrent plus d'une fois l'humeur ardente des croisés. L'idée de fonder, à Constantinople, un empire latin, qui deviendrait comme le boulevard de la chrétienté contre les infidèles, traversa la pensée de quelques chefs : mais l'esprit de modération triompha, et l'armée prit la route de la Bithynie, ralliant sur son passage Pierre l'Ermite et les restes de sa malheureuse expédition. Nicée, Antioche de Pisidie sont emportées d'assaut et remisep au pouvoir d'Alexis Comnène. Le sultan Seldjoucide Kilidi-Arslan attendait les croisés, dans les plaines de Dorylée, à la tète de 300,000 hommes. Bohémond, Tancrède, le duc Robert de Normandie , arrivés les premiers, résistent, pendant la moitié du jour, à ce déluge d'ennemis. La victoire était encore incertaine quand l'arrière-garde > commandée par Godefroi de Bouillon , fait resplendir ses lances étincelantes sur les hauteurs de Dorylée. Kilidi-Arslan est vaincu; il prend la fuite laissant 20,000 morts sur le champ de bataille (25 juin 1097). La victoire de Dorylée ouvrait aux Latins1 les portes de l'Orient. Édesse est prise , Baudoin de Flandre en est proclamé roi, et un chevalier français règne ainsi sur les plus riches provinces 'de l'ancien royaume d'Assyrie. Après un siège de huit mois, les croisés entrent dans l'opulente cité d'Antioche, y découvrent miraculeusement la sainte lance, dont un soldat romain percale cœur de Jésus-Christ *n croix. Cette précieuse relique est dès lors portée en tète des Bataillons, et devient un nouveau gage de victoire. Un triste événement vient pourtant affliger les croisés : la peste enlève le

160 urbain il (1088-1099).

saint évèque du Pu y , Adhémar de Monteil, légat du Pape. En mandant cette nouvelle à Urbain II, ils lui disent : « C'est à » Antioche que le nom chrétien a pris naissance ; c'est là que » saiis£ Pierre avait d'abord établi la chaire apostolique. Yous » qui êtes le vicaire de saint Pierre , venez vous asseoir sur son » siège 3 et y livrer des combats pacifiques ; car nous avons » vaincu les Turcs M les païens ; mais pour les Grecs, les Armé-

> niens, les Syriens, ses Jacobites , nous n'avons pu les ramenep » à l'unité. C'est ce qui nous engage à vous prier de venir vous

> placer à notre tête. Vous trouverez en nous des enfants soumis » et dociles; vous aurez la gloire d'éteindre toutes les hérésies, » et de réunir par là le monde entier sous votre obéissance, t Bohémond, prince de Tarente, fut déclaré roi de la nouvelle conquête ; et les croisés poursuivirent leur marche sur Jérusalem. L'armée, épuisée par les garnisons laissées dans les principautés d'Ëdesse et d' Antioche , par les nombreux combats déjà livrés, par les désertions , par les privations et les fatigues, par la famine et la peste, n'était plus que de 50,000 homme» ; mais c'était Faite des guerriers chrétiens : ils avaient à leur tête Godefroi de Bouillon, et ils allaient à la conquête de Jérusalem '

13. Lorsqu'ils eurent gravi la deruière montagne qui les séparait de la ville sainte, les premiers qui en aperçurent les remparts s'écrièrent avec transport : « Jérusalem î Jérusalem ! » Ce nom sacré vola de rang en rang et retentit dans les vallées où se trouvait encore l' arrière-garde. L* armée tout entière se prosterna sur cette terre bénie, et ces hommes d'armes, éprouvés par tant de combats, fondirent en pleurs. * O bon Jésus, dit Robert-le- » Moine, témoin oculaire, lorsque vos guerriers virent les murs » de cette Jérusalem terrestre , combien de larmes coulèrent de • leurs yeux! Ils inclinèrent leurs fronts dans la poussière où » s'étaient imprimés vos pas. Puis, se relevant tous, ils répé- » tèrent ensemble : Dieu le veut! Dieu le veut ! et renouvelèrent » le serment prononcé tant de fois, de délivrer Jérusalem. » L'armée s'avança nu-pieds sous les murs de Sion, en chantant ces paroles d'Isaïe : Leva in circuitu oculos tuos, et vide: jmnes isti congregati sunt , venerunt tibi. La place fut investie. Un plateau, couvert d'oliviers, s'étend sur le côté septentrional : Godefroi

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