INTRODUCTION
Le régime politique et social fondé et organisé par les papes du XII* et du xiii® siècle est généralement connu sous le nom de Chrétienté.
Jamais, en effet, comme on l'a justement écrit, « la chrétienté n'a entrevu de plus près le complet développement de sa constitution * ». Certes, le conflit du bien et du mal s'y montre parfois très aigu. Des intérêts puissants s'y heurtent avec violence. Les forfaits les plus inouïs y côtoient les plus ineffables vertus. xMais, ainsi que l'a remarqué Frédéric Schlegel, « un examen attentif et exact révèle avec évidence que tout ce que cette époque a de grand et de bon, dans l'Etat comme dans l'Eglise, provient du christianisme et de l'universelle influence que celui-ci exerce alors sur les coeurs. Tout ce qui s'y manifeste au contraire d'incomplet, de défectueux, de funeste, doit être attribué aux passions des hommes et à la barbarie de ces temps. Au surplus, partout, dans les luttes les plus turbulentes de cette époque, on sent comme une plénitude de vie, on découvre des élans sublimes, on admire les traces d'une force supérieure et divine, triomphant des révoltes des hommes et de leurs pires appétits ^, »
Parmi les ouvriers de la cause du bien à cette époque, on remarque trois sortes d'hommes : des papes, des moines et des chevaliers. Parmi la série des papes, émergent tour à tour les grandes figures de Sylvestre II, de saint Grégoire VII et d'Innocent III. Saint Bruno, saint Bernard, saint Dominique, saint François d'Assise, saintThomas d'Aquin, saint Bonaventure, sont les plus illustres des moines de ce temps. Saint Henri en Allemagne, saint Ferdinand en Espagne, saint Louis en France, sont les types accomplis des chevaliers.
1. Brugèhb, Tableau de l'hist. et de la litt. de l'Eglise, p. 25 1.
2. Frédéric Schlbgel, Philosophie de V histoire, Irad. Lechat, a vol. in-8o, Paris, i836, t. II, p. i^i.
Hist. gén. de l'Eglise. - IV i