‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 2 sur 336 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'action concordante de ] 'institution monarchique et de la chevalerie est toujours subordonnée, d'ailleurs, à l'autorité suprême de la papauté, dont la puissance spirituelle et temporelle atteint, au xiu" siècle, le plus haut degré auquel elle soit jamais parvenue.

Cette action a un double but : libérer l'Eglise de toutes les puissances du mal, en particulier de toutes les oppressions des pouvoirs terrestres, et soumettre de plus en plus les choses de la terre aux choses du ciel, en faisant triompher partout, sur les sociétés comme sur les individus, la loi du Christ.

Lequel de ces deux buts a-l-il été le plus immédiatement visé ? Quelques historiens n'ont voulu voir, dans tout l'effort de l'Eglise au Moyen Age, qu'une lutte gigantesque pour la libération des âmes chrétiennes, ramenant toute l'inspiration des papes à cette devise de Jean de Salisbury : Religion et liberté ^ ou à cette parole de Pierre de Blois : « La défense de la liberté de l'Eglise est le premier devoir et le plus grand honneur de ses pasteurs ^. » La conquête de la prépondérance du pouvoir spirituel sur les puissances temporelles n'aurait été qu'un moyen d'atteindre ce premier but. D'autres auteurs ont cru pouvoir affirmer que l'Eglise, dès le début, s'inspirant de l'analogie des rapports de l'âme avec le corps, a nettement visé la prépondérance du spirituel sur le temporel comme l'état normal d'une société parfaitement constituée. L'étude impartiale des faits et des déclarations des pontifes nous paraît démontrer que les deux buts, perçus comme solidaires l'un de l'autre, ont été simultanément poursuivis.

Quoi qu'il en soit, il est impossible de ne point apercevoir, dans la grande tâche courageusement ébauchée par Sylvestre 11, ^>éroïquement entreprise par saint Grégoire VIT, et glorieusement couiX)unée par Innocent III, une œuvre immense de réforme et de libération. Les écrivains les plus désintéressés des croyances dogmatiques se sont accordés pour le reconnaître. La période d'apogée du Moyen Age fut, suivant Auguste Comte, « l'époque où le monde a été le mieux organisé » ^, et, suivant Uhlhorn, « un temps qui ne peut être comparé à aucun autre au point de vue de l'organisation et de la ferveur de la charité chrétienne, tant publique que privée * ».

î. Jean DE Salisburt, Epist. cxciii, P. L., t. GXCIX, col. 207. a. Pierre DE Blois, Epist. x, P. L., t. GGVII, col. 37.

3. Auguste Comte, cité par E. Fa.guet, Politiques et moralistes da XIX& siècle^ an vol. in-i2, Paris, 1898, p. 338.

4. Uhlhorn, cité par Marx, Kirchengeschichte, p. IV, 5, S qB.

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Un catholique ne peut qu'être fier de constater la coïncidence de ce triomphe moral avec l'action la plus profonde que le pouvoir pontifical ait jamais exercé sur la société.

Un savant historien, se plaçant à ce point de vue, a cru pouvoir montrer, dans l'histoire de l'Eglise au Moyen Age, la plus vivante des apologies du catholicisme. « L'Eglise catholique, dit Léon Gautier, n'a pu faire triompher ses idées qu'au temps de sa dominalion. Or, quel a été ce temps de la domination de l'Eglise ? De l'aveu de tous, c'est le Moyen Age. C'est donc au Moyen Age que l'Eglise a fait triompher ses idées. Or, de deux choses l'une : ou vous êtes chrétien, ou vous ne l'êtes pas. Si vous êtes chrétien, le Moyen Age sera pour vous l'époque qui a établi sur la terre le règne du Vrai et du Bien. Si vous n'êtes pas chrétien, vous devez haïr cette époque, parce que les idées de l'Eglise, qui triomphèrent alors, sont pour vous antinaturelles et fausses. La question du Moyen Age n'est donc entre nous que la question de la vérité du christianisme *. ))

L'histoire de la chrétienté du Moyen Age peut se diviser en trois grandes phases.

Profondément troublée, au centre même de son œuvre, par les factions italiennes, la papauté cherche d'abord un appui dans la protection impériale. Otton, roi de Germanie, appelé par Jean XII, qui ressuscite en sa faveur l'empire d'Occident, pose les bases d'uca entente, qui donne à l'Eglise, de l'année 962 à l'année 1049, un sièclo environ de sécurité relative. L'apogée de cette période est marqué par le glorieux pontificat de Sylvestre II.

Mais les ingérences abusives des empereurs dans le gouvernement ecclésiastique suscitent la querelle du Sacerdoce et de l'Empire.

De 10/19 ^ ii24, une série de pontifes, parmi lesquels brille la grande figure de saint Grégoire VII, lutte avec vigueur pour Vaffranchissement de l'Eglise. C'est la seconde période.

Pendant une troisième période, qui va de l'an 1124 à l'an 1294, l'organisation de la chrétienté, enfin affranchie du joug impérial, est la principale préoccupation des papes. Le plus illustre de ces papes est Innocent III.

1. Léon Gautier, professeur à t'Ecole des Chartes, Etudes et tableaux historiquet, un vol. in 8^, Lille, s. d., p. io3.

sua LES PRINCIPAUX DOCUMENTS ET OUVRAGES ▲ COiNSULTEa.

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