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CHAPITRE II

LE PONTIFICAT DE SAINT GRÉGOIRE VII. l' AFFRANCHISSEMENT

DE l'Église.

Pendant le quart de siècle qui venait de s'écouler, de rélectîon Situation de Léon IX à celle de Grégoire YII, la papauté avait énergiquement ^ la mort entrepris et partiellement réalisé deux grandes tâches. Par les canons d'AlexwidrtlL de ses conciles, par les prédications de ses moines, par des agitations populaires, surtout par l'initiative de ses papes, elle avait démasqué, poursuivi, parfois châtié d'une manière exemplaire les clercs incontinents et simoniaques et leurs puissants protecteurs. En second lieu, au milieu même de cette lutte, sa hiérarchie s'était plus fortement centralisée autour du Saint-Siège : c'est sous l'impulsion de la papauté que les conciles réformateurs avaient délibéré, sous son contrôle que les moines avaient dénoncé les abus ; le patriarche qui avait voulu opposer son autorité à celle du pontife de Rome n'avait abouti qu'à faire un schisme ; enfin l'autorité des métropolitains venait d'être nettement définie.

Cette double tâche avait été vigoureusement conduite dans toutes les nations : en Italie comme en Allemagne, en France comme en Angleterre, eu Espagne comme dans les pays du nord. Mais si le scandale et le désordre avaient été combattus partout, nulle part ils P^f^l de n'avaient été complètemeut vaincus. Et de ce fait un danger nouveau surgissait. Traqués dans leurs derniers refuges, l'incontinence, la simonie, l'esprit d'insubordination, toutes les rancunes et tous les vices, étaient pnHs à se coaliser pour tenter un effort suprême et désespéré.

Nul ne connaissait mieux cette situation qu'Hildebrand. Pendant vingt-cinq ans, il avait écarté obstinément de ses épaules le fardeau que la voix du peuple et du clergé lui avait offert à chaque vacance du

Election de

Grégoire Yll

iaa avril 1073).

Son portrait physique et moral.

L'inspiration générale de

sa politique :

l'indépendance

de l'Eglise.

Saint-Siège Mais, après la mort d'Alexaadre II, racclamation avait été irrésistible. Le 22 avril loyS, à l'issue même des funérailles du pontife, un cri unanime avait éclaté tout à coup : « Hildebrand pape ! » Les cardinaux évêques, les prêtres, les clercs de tous ordres, s'étaient alors écrié, suivant la coutume ; « Saint-Pierre a choisi •Hildebrand pour pape I » Aussitôt le peuple s'était emparé de lui et l'avait entraîné dans l'église de Saint-Pierre-aux-Liens, où il avait été installé presque de force ^ Mais cette élection lui avait inspiré une anxiété profonde. Il écrivait plus tard qu'à cette heure décisive une sorte de terreur le saisit et qu'il se vit tout à coup comme enveloppé de ténèbres. Sept ans après, il en gémissait encore *, Nous allons voir cependant que peu de chefs ont manifesté, dans leur gouvernement, une décision plus ferme, une assurance plus constante que Grégoire VII. C'est qu'en cette âme de saint, une confiance sans borne en l'appui divin se mêlait à la méfiance de ses propres forces. Lefaible Hildebrand se sentait accablé; mais le Vicaire de saint Pierre ne redoutait rien, u Vous le savez, bienheureux Pierre, s'écriait-il dans une lettre écrite en 1080, vous m'avez assis sur votre trône malgré moi, en dépit de ma douleur et de mes larmes ; c'est vous qui m'avez appelé ; c'est vous qui, malgré mes gémissements, avez placé sur moi le poids terrible de votre Eglise •''. »

Personnellement, petit, corpulent, court de jambes*, Grégoire VII n'imposait pas par ses qualités physiques 5, mais seulement par sa valeur intellectuelle et morale. Cette valeur, nul ne l'a contestée. Les uns ont maudit Grégoire VII comme un despote ; les autres l'ont glorifié comme un héros ; personne n'a jamais mis en doute son génie. Le caractère propre de ce génie, c'est une indomptable fermeté dans la conception et dans la réalisation d'un plan de gouvernement qui subordonne toute chose au triomphe de la justice. La

1. Le récit de cette élection a été fait par Grégoire VU lui-même, deux jours après l'événement, dans une lettre écrite à Didier du Mont-Gassin (P. L., GXVIII, 285). L'élection de Grégoire Vil n'était pas très régulière dans sa forme ; mais c'est à tort qu'on en contesta plus tard la validité. Jamais le libre choix d'un corps électoral ne se manifesta d'une manière plus unanime et plus réfléchie. Le procèsverbal de l'élection qui se trouve en tête de Registrum de Grégoire Vil (P. L., GXLVllI, 283-284) est d'une rédaction postérieure.

2. Ep., I, 9 ; II, 49 ; III, 10 ; VII, 22 ; P. L., t. CXLVIII, col. 291, 4oo, 439,

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