JâFFB, Mon. greg. y p. ii3 et s. ; P. L., t. GX.LVIII
l'affranchissement de l'église
L'abbé de Pon toise, Gautier, eut seul le courage de protester. Il déclara que, d'après saint Grégoire, on devait toujours obéir à son supérieur, même quand on ne voyait pas bien les raisons de ses ordres. Les paroles de Gautier souleYèrent un véritable tumulte. De tous côtés, on se précipita sur lui. Il fut roué de coups, et traîné dans les prisons du roi, d'où quelques amis parvinrent ensuite à le faire sortir, et il regagna son abbaye de Pontoise *.
Hugues de Die ne se laissa pas intimider. Usant des pleins pouvoirs que le pape lui avait conférés, il prononça la suspense, la déposition de plusieurs évêques simoniaques. Mais ceux-ci recoururent à Rome, implorèrent leur pardon. Grégoire, qui ne fut jamais inflexible que par devoir, et dont le cœur, facilement ému, fut toujours enclin à la confiance envers les hommes, se fia à leurs promesses et leur pardonna. Hugues s'en plaignit avec amertume. « Les clercs déposés courent à Rome, écrivit-il, y obtiennent votre absolution, et reviennent pires qu'ils n'étaient. » Grégoire lui répondit : « C'est la coutume de l'Eglise romaine de tolérer certaines choses et d'en dissimuler d'autres, et voilà pourquoi nous avons cru pouvoir tempérer la rigueur des canons par la douceur de la discrétion 2. »
En Angleterre, un synode, tenu à Rouen dans le courant de l'année 1074, probablement avant qu'on n'y connût les décisions du concile de Rome, proscrivit rigoureusement la simonie ^. Le pape comptait beaucoup sur la bonne volonté de Guillaume le Conquérant, qui, en montant sur le trône, avait fait serment de faire respecter la loi canonique du célibat des prêtres. Mais quand l'archevêque Jean de Rouen, dans un nouveau synode, tenu dans sa ville archiépiscopale, vers la fin de 107/i, communiqua à son clergé les décrets romains, il fut chassé de son église à coups de pierre *, et le synode tenu à Winchester en 1076, sous la présidence de Lanfranc, n'osa pas appliquer la réforme dans toute sa rigueur. Le clergé collégial fut
Fâcheuse
influence
du roi
Philippe l«r.
Paternelles condescendances de Grégoire VII.
La réforme en Angleterre.
Synodes
de Rouen
et
de Winchester
I. Acta sanctorum, avril, t. I, p. 753; Mansi, XX, 437 ; Suppl., Il, 6.
a. Si l'on rapproche de cette maxime et du fait dont on vient de parler la condescendance de Grégoire VII envers Bérenger, la patience inlassable qu'il montra à l'égard du roi de France Philippe 1er (Luchairb, dans Hist. de France de Lavisse, t. II, ae partie, p. a 17), la facilité avec laquelle il accueillit le prétendu repentir de Guibert (voir plus haut, p. I72)t on doit conclure, avec M. Luchaire, que riea n'est plus injuste que de taxer Grégoire VII « d'intolérance fougueuse » [op. cj'i,, p. a 16), et que « sa politique réelle se résume dans la courte phrase, qu'on vient de citer, de sa correspondance avec Hugues de Die » [op. cit., p. 317).