Acta Sanctorum, 16 septembre
4. L. PiiuuoT, Urbaùt /f,,un vol. ia.-8o» Paris, 1908,^ p. a-3.
l'àppra-NChissement de l église
adieu au monde, pour meaer, au monastère de Cluny, puis au monastère de la Gava, en Italie, la vie du moine le plus humble et le plus austère. En 1078, le pape Grégoire VU, qui aimait à confier les Eglises aux moines formés à Gluny, le chargea de gouverner le diocèse d'Ostie, naguère illustré par saint Pierre Darnien II devint dès lors un des conseillers les plus intimes du grand pontife *.
Au point de vue physique, entre Hildebrand et Odon d'Ostie le contraste était frappant : Odon était de haute taille et parlait d une Son portrait voix forte ; c'est ce qui avait manqué à Grégoire YIl Les caractères présentaient aussi quelques dissemblances ; celui d Odon, moins fortement trempé, avait quelque chose de plus doux et de plus aimable, qui séduisait au premier abord ceux qui l'approchaient. Mais leurs idées sur le gouvernement de l'Eglise étaient identiques. « Résolu à marcher sur les traces de notre bienheureux Père, le pape Grégoire, écrira-t-il plus tard, je rejette tout ce qu'il a rejeté, je condamne tout ce qu'il a condamné, j'aime tout ce qu'il a aimé, et je m'associe en toutes choses à ses pensées et à ses actes *, «
La Chronique du Mont-Cassin raconte ainsi l'élection d'Odon d'Ostie au souverain pontificat. Le 9 mars 1088, les cardinaux et les évêques romains, auxquels s'étaient joints quarante évêques ou abbés, s'étant réunis à Terracine, en Campanie, dans l'église du Prince de» apôtres l'évêque de Tusculum, debout au milieu de l'assemblée, rappela dans l'ordre tout ce que le pape Grégoire, et, après lui, le pape Victor, avaient statué relativement à l'élection pontificale. Il fut décidé ensuite que les trois jours suivants seraient consacrét au jeûne à la prière et aux aumônes, afin que le Dieu tout-puissant daignât éclairer l'assemblée. Le dimanche suivant, le» trois cardinaux de Tusculum, de Porto et d*Albano montèrent à l'ambon, et, au milieu du silence général, déclarèrent, d'une seule voix, qu'il leur plaisait de choisir l'évêque Odon pour le souverain pontificat. Tous crièrent alors, avec un accord admirable, que l'évêque Odon était digne d'occuper le Siège apostolique ^, L'évêque d'Albano ajouta qu'il leur plaisait de l'appeler Urbain, deuxième du nom. C'était le 12 mars 1088.
Son électiMi
lout le nom
d'Urbain II
(la mars
I. Son enDemi Bennon lui reprochera d'avoir été lo c valot de pied » d'Hilde-
brand . pedissequus ejus. Urbcnus{M. G., SS., II. 875;.
a. Lettre du i3 mars 1088 aux évéque» de Germanie, P. L., t. CLI, col. a83, S. Repente mirabdi ac summa concordia omnes mafjnavoce hoc sibl piacere,,, conela-
mant {Cfiron. Mont. Cas., IV, 2, P. L , t. GLXXIIl, col. 8a5-8a6).
2l6 inSTOIRE GÊNéRA.LE DE l'ÉGLISE
idée g<^nérale Urbain [[ est surtout connu comme le promoteur de la première TtiTat- eroisadc. La croisade est bien, en effet, l'entreprise la plus caracté-
réiabiissement listique de son pontificat. Mais son œuvre peut être envisagée à un h^ét^"^^ point de vue plus général. Elle complète celle de Grégoire Y[[ et prépare celle d Innocent III. Entre Grégoire V^II. qui a lutté pour l'affranchissement de la chrétienté, et Innocent lïl, qui l'organisera, Crbain II travaillera à en établir la solide unité ; et cette unité se l'era surtout par la croisade. C'est, en effet, par la croisade que le morcellement féodal, à la veille de devenir une cause d'anarchie, retrouvera sa cohésion sous l'inspiration d'une pensée commune, et que des provinces, des nations, jusque-là hostiles, se rangeront, à la voix du pontife romain, sous le même étendard
Cette entreprise toutefois ne pourra se réaliser qu'après l'affermissement de l'œuvre libératrice commencée par Grégoire VU, Cq antipape audacieux menace toujours le Saint-Siège ; des princes ambitieux n'ont pas encore définitivement renoncé à leurs prétendus droits d'investiture ; les ravages de la simonie et de l'incontinence sévissent toujours dans le corps des pasteurs Ces trois maux solliciteront d'abord la sollicitude d'Urbain II. avant qu i'. ne sDu'ève la chrétienté contre bs infidèles poar là» conquête du tombeau du Christ.
Nouvelles Ds tous les hommes que les papes ont vu se dresser devant eux.
menées ^^ ^^^^^ disputer leur autorité légitime, il n'en est point qui ait
lie l antipape ^ ^ • i i • o -i
Gilbert. égalé, en activité, en obstination, en audace, l'antipape Guibert. Chassé deux fois de Rome, aux applaudissements du peuple fidèîe. il y revenait, en 1089, braver le nouveau pape, et y tenait, avec le concours de quelques évêques gagnés à sa cause, au mois de juin, un prétendu concile, qui excommuniait Urbain II. relevait Henri IV de la sentence d'anathème prononcée contre lui, et condamnait, par ailleurs, la simonie et l'inconduite des clercs V En même temps les partisans de l'intrus se livraient à toutes les violences. L'ancien
i. K.veQ}K?Fi{Regesta, n. ôîaS) et Hefelb (édit. Leclercq, V, 346), etconlrairemeat à quelques auteurs, nous plaçons ce synode en 1089, car H a tous les caractères d une réponse à la lettre écrite par Urbain II le 18 avril de U même année.
L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE
Violences
des
guibcrlistes
évêque de Sutri, Bonizo, depuis évoque de Plaisance, connu pour son dévouement au Saint Siège, fut fait prisonnier par les schismatiques ; on lui creva les yeux, et ou le massacra après mille tortures *.
De pareils attentats se produisaient en Allemagne. Burchard, évoque d'Halberst-?.dt. surpris à Goslar, où il venait traiter avec les impérialistes, avait été accablé de coups de pierres et percé de coups en Allemagne. de lances ; il était mort, quelques jours après, de ses blessures, dans l'abbaye d'Ilsembourg, en chantant une hymne au prince des apôtres *. Sa mort, bientôt suivie de celles de Wigold d Augsbourg et de Gebhard de Salzbourg, ne laissait plus en Allemagne que quatre évêques sur le dévouement desquels le Saint-Siège pût compter: Hermann de Metz, Adalbéron de Wurzbourg, Altmann de Passau et Gebhard de Constance.
« C'est principalement sur Gebhard qu'Urbain II allait s'appuyer pour la restauration religieuse. Il le connaissait, pour l'avoir sacré, lors de sa propre légation dans le pays. Il l'établit légat apostolique pour toute l'Allemagne, la Bavière, la Saxe et les contrées voisines. La lettre qu'il lui écrivit à cet effet est datée du 18 avril 1089. Elle est d'une particulière importance, à cause de la gravité de ses décisions. Le pape y confirmait d'abord la sentence d'excommunication lancée par Grégoire VÏI contre l'antipape Clément III, le roi Henri et leurs fauteurs. Les règlements que cette lettre renferme, relativement aux mesures à prendre envers les excommuniés, ont, depuis, fait loi sur la matière, et, dans les conciles qui ont suivi, l'Eglise n a pas cherché de règles de droit plus autorisées. Yves de Chartres et Gratien les ont, du reste, insérés dans leurs décrets ^. Berthold appelle cette lettre Décrétale ; et Baronius lettre synodale, parce qu'elle fut écrite en synode. Le pontife y déclare, en effet, qu'il l'a écrite après avoir pris l'avis de ses frères et mûrement réfléchi sur la question de l'excommunication. On peut y juger de la parfaite prudence et de la miséricordieuse fermeté dont fit preuve Urbain II. Il fallait, dans ces temps de malheur, où le vertige était dans tous les esprits, user d'une très grande sagesse pour ne pas énerver la discipline ecclésiastique par une trop grande facilité à
Importante
lettre
d'Urbain II
à Gebhard
de Constance
(18 avril
I. Ughelli, Italia sacra, t. II, p. 211. Q. Annales saxonnes, 6 avril 1008.
3. Yves DE Chartres, Décret.^ VI, 4o6 ; XIV, i5 ; Gratiew, Décret., Causa IX, q. I; c. 4 ; Causa XI, q. 3, c. iio.
Cette lettre
fixe la législation
munication .
recevoir les « tombés », et, d'uQ autre côté, la modération était nécessaire pour ne pas outrer le châtiment à l'égard de ceux qui avaient pu être plus faibles ou légers que pervers. Et l'on comprend que la légèreté ou la faiblesse étaient possibles quand les factieux de Guibert employaient l'argent et la séduction pour enrégimenter des partisans, d'autant que les relations sociales devenaient extrêmement difficiles à cause de la multiplication malheureuse des censures. Aussi le prudent pontife voulut-il distinguer plusieurs sortes d'excommuniés : les opiniâtres et les timides. A chaque catégorie il affecte ecclésiastique des pénitences différentes. Ainsi, pour « ceux qui communiquent avec ^^àl'excom- ^®^ anathématisés, nous ne les excommunions pas, dit-il, mais, comme ils ont contracté une souillure par leur contact, nous ne ■pouvons les recevoir dans notre société chrétienue sans pénitence et absolution. Les saints canons portent l'anathème contre ceux qui ont des rapports avec les excommuniés. Mais, voulant tempérer les modes de pénitence et d'absolution, nous décidons que quiconque, soit ignorance, soit crainte ou nécessité, aura eu contact ou commerce avec les excommuniés, ou bien contracté une tache par l'effet de leurs prières ou de leurs marques d'affection, pourra recouvrer les faveurs de la société des fidèles avec une pénitence moindre et l'absolution. Mais ceux qui seraient tombés librement ou par une négligence grave, nous voulons que les mesures disciplinaires leur soient appliquées dans leur rigueur, afin d'inspirer une crainte salutaire aux autres *. « D'ailleurs Urbaia II déclare qu'en déterminant ainsi divers degrés de pyriitenee, il ne fait que marcher sur les traces de Grégoire VII', dont il confirme les décisions sur la manière de traiter les excommuniés * ; seulement, avec l'assistance divine, il en détermine l'esprit et l'application pratique. Et certainement, d'ans la pensée dii pape Urbain II, c'est un esprit de modération ^. h On le voit manifestement dans cette lettre, écrite à Guillaume, archevêque de Rouen : u Nous recommandons à votre fraternité d'user de miséricorde envers nos fils, porteurs des présentes lettres ; quand donc ils auront accompli eu exil un an de la pénitence qui leur est imposée, renvoyez-les dans leur patrie pour achever le reste, en ajoutant toutefois quelque pénitence de plus en compensation de i'exil. C'est qu'en effet leurs femmes, leurs enfants, même leurs