Ibid., p
3. Cf. F. Ghalandon, Essai sur le règne d'Alexis Comnè/itf, un vol. iu-80, Paris,
l'affranchissement de l'église
tin portait en elle des vices irrémédiables. Aucune loi bien établie ne réglait la succession des souverains. Les ennpereurs arrivaient au trône, non, comme en France, par l'hérédité, ni, comme dans le Saint-Empire, par l'élection, mais, la plupart du temps, par des intrigues ou des complots. La seule règle qu'on semblait reconnaître, c'était le droit de l'empereur à désigner son successeur. Mais de fréquents coups d'Etat déchaînaient les passions populaires, que contenaient mal des mesures de férocité à l'égard des rebelles.
La situation extérieure de l'empire byzantin aggravait son mal intérieur. Les Croates, les Dalmates et les Serbes, ses proches voisins, naguère ses vassaux, avaient déjà secoué son joug, et s'orientaient du côté des puissances européennes. La Bulgarie se souvenait qu'elle avait, un siècle plus tôt, avec son tsar Siméon, disputé la suprématie à l'empire grec. Les Roumains se sentaient plus étrangers encore au monde byzantin par leur race. Venise n'était plus au temps où son doge était un membre de la hiérarchie byzantine et où ses citoyens se disaient « les esclaves du basileus >). Ses ambitions avaient grandi avec la prospérité de son commerce. Alexis Gomnène, en 1082, lui concéda tout un quartier de Gonstantinople, avec un quai*, où elle installa une colonie, ne relevant que de la justice vénitienne, se défendant contre les empiétements possibles du pouvoir impérial par une enceinte fortifiée. Les Normands, plus audacieux, avaient pris, contre l'empire, une attitude nettement agressive.
Depuis le schisme de Cérulaire, les Eglises d'Orient étaient séparées de Rome, et ne reconnaissaient plus que les deux autorités de leur patriarche et de leur empereur, mêlées et confondues. Le patriarche et les évêques intervenaient dans les affaires temporelles; et l'empereur réglait et contrôlait leurs élections. Au début du schisme, on avait afiTecté de se soucier fort peu du Saint-Siège de Rome. Mais depuis la réforme de saint Grégoire VII, depuis que des royaumes entiers, la Hongrie, l'Angleterre, les Deux-Siciles, faisaient profession de vassalité à l'égard de la papauté, celle-ci leur paraissait une puissance avec laquelle il était nécessaire de compter, à laquelle il serait peut-être prudent de s'allier un jour ; il était du moins utile de le lui laisser croire ; et la diplomatie byzantine s'entendait à merveille à maintenir cette captieuse équivoque.
Situation
de l'empire
d'Orient.
L'empir«
d'Orient etl'EgliflA^
I. Scala^ d'où nous avons fait « échelle ». Les Vénitiens obtinrent des échelles dans plusieurs autres ports.
Vexations
exercées par
les^infidèles
d'Orient
sur
les chrétientés
orientales
et sur les pèlerins
venus d'Occiderit.
Opportunité
d'une
expédition
guerrière
en Orient,
Telle était la situation des divers Etats de l'Orient, au moment où le pape Urbain II projetait de diriger vers l'Asie les armées de l'Europe.
Celle-ci était prête à entendre son appel. Depuis que l'invasion turque avait violemment mis fin au protectorat des Lieux Saints, exercé d'abord par Charlemagne et ses successeurs, puis par les empereurs de Gonstantinople, des plaintes, sorties des chrétientés de Syrie, venaient fréquemment rappeler aux chrétiens d'Europe la situation lamentable faite à leurs frères latins qui habitaient l'Orient ou aux voyageurs d'Occident qui allaient visiter en pèlerins les plus chers souvenirs des origines chrétiennes. Eglises dévastées, chrétiens chassés de leurs demeures, pèlerins arrêtés, emprisonnés, torturés : tels étaient les faits que des voyageurs venus d'Asie racontaient au peuple, frémissant de tant d'injustices commises sur la terre même qu'avaient sanctifiée la présence et les miracles du Sauveur.
Une expédition armée vers les Lieux Saints paraissait facilement réalisable. Les fréquents pèlerinages des Occidentaux leur en avaient rendu la route familière. Des seigneurs les avaient visités déjà avec des escortes imposantes de guerriers. Les brillants faits d'armes accomplis en Espagne et en Sicile contre les infidèles semblaient un gage de succès. A côté de l'esprit de foi, des mobiles moins nobles, se faisaient jour, il est vrai. Des marchands étaient séduits par la perspective d'ouvrir de nouveaux débouchés à leur commerce ; et quelques chevaliers n^étaient attirés vers l'Orient que par l'espoir du pillage et des batailles, Mais la papauté, restaurée par le génie de Grégoire VII, semblait désormais assez forte pour grouper, d'une part, autour d'elle toutes les vraies forces de l'Occident, et pour empêcher, d'autre part, les éléments de désordre d'être un obstacle au caractère religieux de l'expédition.
Concile
de Clermont
(novembre
Le grand concile décrété par Urbain II se réunit à Clermont nu jour fixé, le 18 novembre logS. Au dire de Bernold, le conc-le comprit treize archevêques avec leurs suffragants, et l'on n'y comr'ta pas moins de deux cent cinq bâtons pastoraux. D'autres élèvent encore ce nombre. Sybel calcule qu'il dut s'y trouver quatorze
l'affranchissement de l'église
archevêques, deux cent cinquaule évêques et quatre cents abbés*.
Le but principal du pape, en convoquant les évêques de la chrétienté à Clermont ^, avait été de faire décréter une expédition guerrière contre les détenteurs du tombeau du Christ ; mais comme, dans son idée, cette expédition était inséparable de la réforme des mœurs et de la pacification de la chrétienté, il soumit d'abord au concile un ensemble de mesures réformatrices et une réglementation nouvelle de la Trêve de Dieu.
Les décrets de Plaisance furent d'abord renouvelés, précisés et complétés. Ainsi, au rapport d'Yves de Chartres, le pape Urbain expliqua que l'Eglise, en interdisant aux princes l'investiture des bénéfices ecclésiastiques, en tant que bénéfices, c'est-à-dire la collation de la juridiction spirituelle, ne leur interdisait nullement de s'immiscer à l'élection des évêques en tant que chefs du peuple ^, Urbain II préparait par là la formule d'accord qui devait triompher, un quart de siècle plus tard, au concordat de Worms. On doit noter aussi, parmi les décrets du concile de Clermont, celui qui détermina le mode d'administration de l'Eucharistie. La coutume, encore observée aujourd'hui parmi les Grecs, de tremper dans le Précieux Sang le Pain consacré et de le distribuer ainsi aux communiants, s'était introduite dans quelques Eglises occidentales. Cette coutume fut désormais proscrite, du moins d'une manière générale, soit qu'on redoutât les accidents qui pouvaient résulter de cette pratique, soit qu'on craignît de laisser croire aux fidèles que Jésus-Christ n'est pas tout entier sous chacune des saintes espèces.
La question de la Trêve de Dieu fut l'objet d'une attention particulière de la part des Pères du concile. Le pape voulut, avant de prêcher la guerre sainte, « évangéliser la paix ». Guillaume de Malmesbury donne en ces termes le premier canon voté par l'assemblée : « De l'Avent à l'octave de l'Epiphanie, du dimanche de la Septuagésime à l'octave de la Pentecôte, et depuis le coucher du soleil du mercredi jusqu'au coucher du soleil du lundi, on observera la Trêve de Dieu *. » « Ce décret, dit Hefele, a une importance
Oa y décret»
plasieur»
mesures
réformatricM.
On y
renouvelle les décret»
relatifs
à la Trévt
de Dieu.