Bréhier, op, cit., p
5. C'est au concile de Plaisance que fut rendue obligatoire pour toute l'Eglise
L*AFFRANCH1SSEME?IT DE l'ÉGLISE
On le vit, en effet, peu de temps après la clôture du concile de Plaisance, au mois de juillet 1096, se rendre en France, et y décider aussitôt la tenue d'un nouveau grand concile, qui se tiendrait à Clermont en Auvergne, le jour de l'octave de saint Martin, 18 novembre 1095. Dans l'intervalle, il parcourut le midi et l'est de la France. Son séjour est signalé, en août, au Puy, à la Chaise-Dieu et à Romans ; en septembre, à Saint-Gilles, à Tarascon, et au monastère de Mon tm a jour, près d'Arles ; en octobre, à Lyon, Cluny, Mâcon et Autun ^.Tout fait croire que le but de ces voyages était la préparation du nouveau grand concile, auquel le pape voulait donner une importance toute spéciale.
Ce choix du sol français, pour y faire retentir un appel aux armes, adressé à la chrétienté tout entière, a été remarqué par les plus anciens historiens des croisades. « C'était la vieille coutume du Siège apostolique, écrit Guibert de Nogent, de chercher toujours, quand un danger le menaçait, à s'appuyer sur le peuple des Francs. C'est ce que firent les papes Etienne et Zacharie, sous Pépin et Charlemagne 2. » Ces papes pensaient peut-être que, dans des cœurs français, plus susceptibles de vibrations enthousiastes, leur voix trouverait des échos plus retentissants.
Voyage
(l'Urbain II
en France
faoût-octobre
Quand Urbain II dépensait tant d'activité dans la préparation Etat
d'une expédition guerrière contre les musulmans pour la délivrance ^ |^ f^^ des Lieux Saints, il ne se dissimulait pas les difficultés de l'entre- du xie siècle, prise.
L'invasion turque avait comme infusé un sang nouveau à l'Islam. Le califat de Bagdad et le califat du Caire se jalousaient toujours ; mais, en réalité, les califes n'avaient plus qu'une souveraineté nominale ; les vrais maîtres du pays étaient les Turcs, venus du Turkestan et entrés au service des califes de Bagdad. Un de leurs chefs, Les Turcs Seldjouk, les avait réunis en un peuple appelé, de son nom, les Turcs "^ jouciaes.
la Préface encore actuellement chantée en l'honneur de la Vierge Marie. On en attribue la composition au pape Urbain II (VVatterich, I, 571).
I. Crégut, le Concile de Clermont et la première croisade, Clermonl, 1896 ; Paulot, op. cil., p. 392-303.
3. Guibert de Nogent, Hist. Hieros., dans Bongars, Gesla Dei per Francos, a vol. in-f., Hanau, i6ii-i6ia, t. I, p. 478.
îi'organisation
des
musulmans
sous le régime
turc.
Attitude
des empereurs
de Gonstan-
tioople
par rapport
au monde
musulman.
Alexis Jer
Gomnène
Seldjoukides ou Seldjoucides. Le sultan turc, honoré du nom de « commandeur des croyants », était bientôt devenu le souverain du califat de Bagdad, qu'il avait agrandi par ses conquêtes. A la fin du xi^ siècle, la domination du calife de Bagdad s'étendait sur toute i'Asie antérieure et sur la Syrie ; celle du calife du Caire, ou d'Egypte, était réduite à l'Egypte, à la Palestine, à l'Afrique du nord ; mais, dans un danger commun, les sultans turcs du pays de l'Euphrate formaient le centre naturel d'une confédération de tous les princes et de tous les guerriers d'Asie Mineure et de Syrie *.
L'organisation de cet Etat était toute militaire. Les princes, qui portaient le nom d'émir ou commandant, étaient avant tout des chefs de guerre. Ils résidaient dans des citadelles, gardées par des bandes de soldats armés. Les guerriers musulmans formaient, comme les seigneurs de l'Occident, une caste ; ils avaient aussi leurs écuyers, leurs passes d'armes, leur point d'honneur. Mais, les libéralités en biens fonds qu'ils recevaient des princes n'étant pas héréditaires, ils étaient plus étroitement dépendants du chef qui les entretenait. Ils combattaient à cheval, « montant des coursiers rapides, et combattant avec des armes légères, le sabre à la lame mince et affilée, la lance en bois de roseau, l'arc de bois. Ils se recrutaient parmi les aventuriers de toute race. Les musulmans n'ayant pas de préjugé de naissance, il suffisait, pour être admis dans leurs rangs, d'être musulman * ». Le chrétien, catholique ou schismatique, n'avait pas de droits. Cultivateur, artisan ou marchand, il n'intervenait dins la vie politique de la nation que pour payer les lourds impôts dont on le chargeait arbitrairement.
Les empereurs de Byzance avaient essayé de mettre un frein au fanatisme musulman. Mais depuis l'établissement de l'hégémonie turque, ils avaient été forcés d'avouer leur impuissance. Nous avons vu l'empereur Alexis Comnène recourir à l'Occident pour y recruter des guerriers mercenaires en vue de sa lutte contre les Turcs.
Alexis P"" Comnène était un prince brave, un politique avisé. II avait lutté avec énergie contre les Normands de l'Italie méridionale, sur les rivages de l'Adriatique ; et, en Thrace, contre les Petchénègues et les Koumans ^. Mais la constitution de l'empire byzan-