‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 160 sur 336 · Ibid., p. /io · texte numérisé non relu

Ibid., p. /io

Les principes

d'Yves de Chartres

pour

l'application

du droit.

Sa théorie

de la

« dispense p.

entreprirent, aux xu* et xiii® siècles, d'élever l'édifice scoiastique du droit canonique à côté de celui de la théologie.

Yves de Chartres n'était pas seulement un érudit et un théoricien du droit ; c'était, dans toute l'acception du mot, un jurisconsulte, se préoccupant de l'interprétation et de l'application des lois plus que de leurs textes ; la jurisprudence ne lui doit pas moins que la science théorique du droit, e-t les principes qu'il a formulés à ce sujet sont peut-être ce qu'il y a de plus remarquable dans son œuvre.

Pour l'évêque de Chartres, un principe domine tout le droit canonique : c'est qu'à côté des lois contingentes qu'il contient, il comprend des règles immuables, placées au-dessus des atteintes de toute autorité. Ces règles sont les préceptes « que sanctionne la loi éternelle », et les défenses qui s'appliquent à des objets mauvais en eux-mêmes. En dehors de cette catégorie, les préceptes du droit ecclésiastique ne présentent aucun caractère de nécessité. Bien plus, ils ne doivent pas être immuables. Yves aime à redire, après saint Isidore de Séville S qu'il ne suffit pas que les lois soient justes ; il faut encore qu'elles s'harmonisent avec le siècle et le pays où l'application en doit être faite, car les lois de l'Eglise, loin d'être en ellesmêmes leur fin, ne sont que des moyens d'assurer le salut des âmes 2. Mais comment concilier, en pratique, cet accomplissement nécessaire de la loi avec le respect des anciens textes ? Yves voit toute la difficulté. « C'est chose grave pour les prêtres, dit-il, que de déroger aux usages antiques ». Et pourtant il reconnaît que « s'il fallait appliquer partout le droit strict, les ministres de l'Eglise n'auraient qu'à renoncer à leur administration et à se retirer du monde ^.)) Le remède, Yves le voit dans la « Dispense » . C*est à la Dispense qu'il a consacré le seul exposé doctrinal qu'il ait fait d'une institution de droit canonique. Il y revient sans cesse. L'usage des dispenses accordées par les supérieurs est sans doute aussi ancien que l'Eglise ; mais Yves de Chartres en a fait, le premier, la théorie, a montré son rôle nécessaire dans le fonctionnement des institutions et dans la vie juridique des sociétés. La dispense, d'ailleurs, ne saurait être soumise au caprice de l'intéressé ; elle dépend du supérieur légitime, abbé, évêque, métropolitain, primat, et surtout du Pasteur suprême, du pape.

I. Yves DE Chartres, Ep'ist., GLXXXIX. Cf. Décret, IV, 168. a. Ibid., LX.

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