S. Anselme, Orationes, LU, col
6. S. Anselme, De processione Spiritus Sancti, c. 11, P. L., t. GLVIII, col. a88 et passlm.
7. Il suffitde nommer Descartes [Discours delà Méthode, 4'' partie et passim^ et Leib>iz [Nouveaux essais sur Ventendement humain, 1. IV, ch. x, S 7, ei passim],
8. J. Bainvel, au mot Anselme, dans le Dict. de théol. de Vacant, t. I, p. i348. Voir le Saint Anselme de M, Domet db Vorges, dans la collection des « Grands
l'a-ffrAlNCiiissEiMen r de l'église
Si rexistence d'un grand mouvement théologique, au temps de la guerre des investitures et des croisades, peut étonner au premier abord, 11 n'en saurait être de même du mouvement d'études juridiques dont Yves de Chartres fut le plus éminent représentant. Les prétentions des princes sur les biens et les gens d'Eglise, les rivalités qui s'élevèrent entre réguliers et séculiers, les velléités d'indépendance des uns et des autres à l'égard du Saint-Siège, furent les occasions et les stimulants de ces études. Celles-ci n'eurent, d'ailleurs, ni la même valeur ni le même caractère. Les unes, publiées dans l'ardeur de la lutte, lettres, invectives et pamphlets, sont surtout des œuvres de polémique, et ne s'élèvent que par moments à la hauteur de la science sereine *. Tout autre est le monument édifié par Yves de Chartres. Il mérite, par son importance et par l'influence qu'il a exercée sur le développement des institutions ecclésiastiques, l'attention de l'histoire.
Saint Yves de Chartres, organisateur de la science
canonique.
philosophes » et celui de M. GocHiif, dans la collection c les Saints ». M. Rous- SELOT, dans ies Eludes sur la philosophie du Moyen Age^ et M. Boughitté, dans son ouvrage intitulé le Rationalisme chrétien à la fin du Xl^ siècle, ont voulu faire de saint Anselme un précurseur du rationalisme, tout au moins du cartésianisme. Un abîme le sépare de Descartes et des rationalistes modernes. S. Anselme s'appuie constamment sur la foi, dont il cherche seulement à établir les fondements ou à expliquer les formules par l'effort de la raison. Il faut reconnaître toutefois que, dans certains passages, lorsqu'il cherche par exemple à retrouver par la raison le mystère de la Trinité ou à prouver rationnellement la nécessité de l'Incarnation, ses expressions sont, çà et là^ outrées, et dépassent manifestement sa pensée. Les protestants qui ont prétendu voir en saint Anselme un précurseur de Luther, ea s'appuyant sur certaines formules par lesquelles l'archevêque de Cantorbéry s'abandonne « aux seuls mérites du Christ », ne sont pas moins dans l'erreur. Rien n'est plus catholique que de pareilles formules si on les prend dans leur contexte. M. Harnack a été mieux inspiré en voyant dans saint Anselme un des plus authentiques représentants du catholicisme (HARifACK, Précis de Vhist. des dogmes, trad. Choist, un vol. in-80, Paris^ 1898, p. 336); mais l'historien protestant ne craint pas d'affirmer ensuite que « le grand dialecticien Anselme ne savait pas ce qu'est la foi ». [Ibid., p. 335.) En s'exprimant ainsi, M. Harnack entend parler sans doute de la notion protestante de la foi.
I. On trouvera tous ces ouvrages de polémique réunis dans la série in-4'' des Monumenta Germanise sous le titre de Libelli de lite imperatoram et pontificum sxculis XI et Xllconscriptis, 3 vol., 1891-1897. Migne en a publié quelques-uns dans la P. L., aux tomesvGXLlII, G\LV, GLVI, CLXII, etc. Voir Imb\rt de l.v Tour, la Polémique religieuse et les publicistes à V époque de Grégoire Vil, dans Questions d histoire sociale et religieuse, époque féodale, un vol. in-ia, Paris, 1907, p. 225-266.
Sa biographie. Yves, né en Beauvaisis vers lO^o, successivement chanoine à Nesles, abbé de Saint-Quentin de Beauvais en 1076, puis évêque de Chartres en 1091, avait été élevé à l'abbaye du Bec, où il avait eu Lnnfrancpour maître et saint Anselme pour condisciple. Il s'y était formé de bonne heure à l'étude des lois et de la tradition catholique. Ses ouvrages et ses lettres attestent l'immensité de ses connaissances. Nous avons eu l'occasion de constater la fermeté de son attitude à l'égard des empiétements des rois de France sur les droits de l'Eglise. Son couvre écrite eut une plus grande portée. L'Eglise de la
Ses fin Jq ijc siècle, dans une période où elle avait un particulier besoin-
principales 1» 1 1 . , . , . . , . Mil* ^ f
œuvre*. d Ordre et de pa IX, lui doit : i" trois précieux recueils de lois ecclésiastiques ; a'* des règles pleines de sagesse sur l'exécution de ces lois, et 3* une application de cesprincipes à la question pendante des investitures.
Deux sortes de collections législatives étaient à la disposition de
l'Eglise à la fin du xi* siècle. Les unes étaient chronologiques, telles
Les collections q^ie le recueil de Denys, sous la forme qu'il avait prise à l'époque
à la fin carolingienne, ou que celui du Pseudo-Isidore, sous des formes diffé-
du xi« siècle, rentes, plus ou moins altérées par des additions et des suppressions Les autres étaient méthodiques, et la plus célèbre d'entre elles était le recueil, en vingt livres, publié, au début de ce siècle, par l'évêque
Le Decretum (jg Worms, Burchard, sous le titre de Decreiam ^ Mais les colléetions chronologiques, très incommodes à consulter, étaient peu employées. Quanta la collection de Burchard, « il s'en fallait de beaucoup, à la fin du xi^ siècle, qu'elle répondit aux besoins et aux aspirations de la société chrétienne. Par la nature des sources qui en avaient fourni les éléments, c'était surtout le droit de l'époque carolingienne qu'elle reflétait. Elle résumait l'histoire d'un temps où l'influence dominante dans l'Eglise appartenait aux chefs de l'empire franc età leur entourage. Or la seconde moitié du xi' siècle avait été témoin d'un véritable renouvellement de la société : sur les débris du monde carolingien s'était élevé un monde nouveau, dont le centre était, non plus l'empereur, mais le pontife romain. Il était naturel que les codes qui régissaient la société chrétienne se renouvelassent
I. On en trouvera le texte dans P. L., t. CXL. Cf. Taul Fourîhbk, Etudes critiques mr le Décret de Burdiard de Wornis, un vol. in-8», Paris, 19 12. (Extrait de la Nouvelle Revue hist. du droit français et étranger) et le Dqtrct de burchard de Worms, ses caractères, son injlaence, dans la Beoue dhisi. eulés:.t U XIII, 191 2, p. 45 1-473, 670-701.
L AFF»ANGH1SSEMENT DE L EGLISE
en même temps. * » D'ailleurs un mouvement général portait les canonistes du xi*' siècle à étudier le droit romain, à peu près négligé jusqu'alors. La collection d'Anselme de Lucques usait déjà largement des décisions des empereurs, empruntées aux diverses compilations de Justinien : aux Jnstitales, au Code, aux Novelles -. Quand Yves monta sur le siège épiscopal de Chartres, en logi, des canonistes, italiens et français, avaient essayé de fondre, dans des recueils nouveaux, les éléments anciens et modernes ; mais aucune de ces collections ne s'imposait par sa valeur intrinsèque ou par la renommée de son auteur. 11 était réservé à Yves de donner à l'Eglise l'œuvre attendue.
Presque à la même date, vers 109/» et logS, il fit paraître trois recueils différents. On a supposé avec vraisemblance, mais sans pouvoir appuyer cette hypothèse sur de« témoignages positifs, que, le pape Urbain II étant venu en France à cette époque pour y tenir plusieurs conciles, la réunion de ce« assemblées avait été l'occasion pour Yves de composer son œuvre ^.
Cette œuvre comprend trois recueils: la Tripartita, collection Là TrîpaHita encore inédite, qui paraît n'avoir été qu^un essai ; le Decretum, col- Le Decreium lection bien plus considérable, où, en 8.760 chapitres, Yves a inséré, en même temps que la presque totalité des fragments de Burchard, des textes tirés des décrétales, des conciles, des Pères, des historiens ecclésiastiques, du Bréviaire d'Alaric, du Droit de Justinien et des capitulaires de Charlemagne ; enfin la Panormia, la vraie collection méthodique d'Yves, la plus répandue et la plus utilisée. « La grande supériorité de k Panormia sur 1© Decretum, c'est que les textes, répartis en huit livres, sont rangés à l'intérieur de ces livres dans un ordre méthodique, de telle façon que les recherches y sont relativement faciles. On possédait ainsi les textes capitaux du droit canonique dans un recueil bref, d'un maniement commode*». Le recueil d'Yves de Chartres fut bientôt répandu dans tous les pays de l'Europe occidentale, où il facilita puissamment les efforts de ceux qui
d Yree de Chartres.
La Painormia,
1. Paul FouRNiER, Yves de Chartres et le droit canonique, dans la Rev. des euest. hist., 1898, t. LXIII, p. 387-388.
a. Ibid., p. 390. Voir sur celte collection P. Fourrier, le Premier Manuel canonique de la réjorme du XI' siècle, publié dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'Ecole française de Rome, t. XIV (189!^) et tiré à part.
3. P. FouRNiER, op. cit.f Rev. des quest. hist., 1898, t. LXIII, p. 898.