M. G.. SS.,t. III, p
a. Annales romani, dans M. G., SS., t. V, p. 477.
derniers sacrements avec piété. Mais la sépulture ecclésiastique ne put lui être donnée, dans la cathédrale de Spire, que cinq ans plus tard, lorsque la sentence d'excommunication portée contre lui eut été
abrogée ^
Henri V,
levant
le masque,
adopte
une politique
nettement
hostile au
Saint-Siège.
Caractères
d'Henri V
c! (le Pascal II.
Mesures
pacificatrices
du pape
(octobre
Par cette mort, Henri Y devenait le chef incontesté de TEmpiie. Mais le fils dénaturé qui avait empoisonné les derniers jours de son père, le prince parjure qui avait violé ses engagements les plus sacrés, ne pouvait être un protecteur de TEglise. Il s'était servi do la papauté tant qu'il avait eu besoin d'elle ; il s'en détourna dès qu'il fut parvenu à son but. Un mois ne s'était pas écoulé, qu'il levait impudemment le masque, déclarant qu'il n'avait pas d'autre politique religieuse que celle de son auguste père.
Henri V ne possédait point ces dons d'intelligence, de courage, d'autorité guerrière et administrative, qui eussent fait d'Henri IV, si une mauvaise éducation n'eût faussé d'aussi brillantes qualités, un des plus grands rois de l'Allemagne ; mais il avait plus de souplesse et de pénétration, ce qui pouvait Je rendre plus redoutable à ses adversaires. Pascal II, de son côté, semblait incapable de cette inexorable inflexibilité dont Urbain II savait s'armer lorsqu'il voyait en péril les intérêts essentiels de l'Eglise. Il professait au contraire, comme une maxime de conduite, que lorsqu'on veut relever un homme qui est à terre, il faut se pencher vers lui sans perdre l'équilibre. Cette comparaison résume bien la politique de son pontificat.
Gomme premier témoignage de sa paternelle condescendance, Pascal II fit proclamer, par un concile qui se tint le 22 octobre 11 06, en présence de députés royaux, dans la ville de Guastalla 2, qu'une grâce générale était accordée à tous les clercs de l'Empire déclarés
I . Ce refus du sépulture religieuie a été un sujet de récriminations contre l'Eglise de la part de plusieurs écrivains rationalistes et protestants. Il n'est pas inutile de rapj)eler que l'excommunication, comme toutes les censures, n'a que des effets juridiques, ne prive le chrétien que des biens spirituels du « for externe », et que ces efl'ets ne peuvent être empêchés que par un acte juridique du for externe. Un excommunié peut donc mourir en des sentiments qui lui obtiennent le pardon de Dieu et être cependant légitimement privé de la sépulture ecclésiastique. Voir Dict. de ihéol., de Vacant, t. IV, col. 1788.
a. Dans la Haute-Italie, entre Vérone et Mantoue.
scliismatiques ou excommuniés pendant les derniers conflits. Le pape proposait même d'aller en personne en Allemagne porter au roi les décisions de l'assemblée, quand il eut vent du changement complet d'attitude d'Henri V. Au lieu de prendre le chemin de la Germanie, il se dirigea alors vers la France. Il eut, au printemps de 1107, à Saint-Denis, une entrevue avec Louis le Gros et son fils, qu'il supplia de protéger l'Eglise contre les tyrans, à l'exemple de Charlemagne ^. Mais il fut rejoint, à Ghâlons-sur-Marne, par une ambassade impériale, qui venait le sommer de consentir aux investitures. A la tête de cette ambassade, marchait le duc Guelfe de Bavière, ce second mari de la comtesse Mathilde, qui, déçu dans sa cupidité, venait d'abandonner à la .fois sa vertueuse épouse et la cause du pape, pour se faire l'instrument des convoitises impériales. « Il faisait porter partout une épée devant lui, dit Suger, et parlait très haut ^ ». Les ambassadeurs, par la voix de l'archevêque de Trêves, firent valoir que « le droit d'investiture était inséparable de ces « droits régaliens » ou regalia, qu'évêques et abbés obtenaient sur les villes, châteaux et divers domaines, et qui constituaient pour l'Eglise une source très appréciable de revenus ». Pascal, sans s'abaisser à discuter ce côté pécuniaire de la question, leur fit répondre par l'évêque de Plaisance : « L'Eglise, rachetée par le sang du Christ, ne peut devenir une servante. Or elle le deviendrait si ses pasteurs ne pouvaient prendre possession de leurs charges sans l'assentiment du roi. » Les Allemands, furieux, et à peine contenus par la présence des Français, repartirent : « Ce n'est pas ici, c'est à Rome et à coups d'épée que se videra cette querelle 2. » Et ils s'en retournèrent auprès de leur maître.
Celui-ci continuait, nonobstant les protestations du pape, à donner l'investiture à ses protégés. Des guerres qu'il dut faire en Pologne, en Bohême, en Moravie et en Hongrie, l'occupèrent pendant tout le cours de l'année 1109. Mais au milieu de l'été iiio, il fit annoncer sa prochaine arrivée à Rome. Il y parut à la tête d'une grande armée, et suivi de nombreux savants, comme s'il voulait laisser entendre, dès son arrivée, qu'il défendrait sa cause par la dialectique
Entrevue de Pascal II
et de
Louis le Gro?
à Saint- Denis
Henri V
envoie
une ambassade
au pape
Fière réponse de Pascal II.
Henri V à Rome (Il 10).
i. A.. hvcuxiR^t Louis le GroSf Annales de sa vie et de son règne, un vol. in-8«, Paris, 1890, p. 26.
a. Suger, Vitu Ludovici Grossi, cap. ix, P. L., t. GLXXXVI, col. 1269.
3. Tel est le récit de Suger, témoin oculaire de cette discussion. Suckr, Vita Ludov. Grossi, loc. cit.
Pascal 11
renonce
aux a droits
régaliens »•
Traité
de Su tri
(12 février
iiii).
A-stuce perfide d'Henri V,
et par l'épée. Les ambassadeurs d'Henri entrèrent en pourparlers avec une commission nommée par le pape. La question des investitures fut aussitôt abordée. Les représentants du roi reprirent, sous une forme plus adoucie, l'argument tiré des « droits régaliens ».
« Nous reconnaissons, dirent-ils, que ces droits ne peuvent être aliénés, parce qu'ils sont infiniment respectables et nécessaires à l'Eglise. Mais comme ils ont leur assiette sur des domaines qui viennent de Charlemagne et de ses successeurs, c'est aux successeurs de Charlemagne qu'il appartient d'en donner l'investiture. » Le sophisme de ce raisonnement avait été déjà dénoncé. Yves de Chartres, Grégoire VII lui-même, y avaient déjà répondu en distinguant la collation des pouvoirs spirituels, de la transmission des droits féodaux. Mais les représentants du pape, se conformant aux idées bien connues de Pascal II, eurent une réponse plus fière : « Qu'à cela ne tienne, dirent-ils. Les prélats rendront au roi les biens et les droits régaliens reçus de Charlemagne. Les serviteurs de l'Eglise sauront se contenter des dîmes et des oblations des fidèles. » Stylés par leur maître, les ambassadeurs allemands repartirent : « Le roi ne souffrira pas qu'une telle violence soit faite à l'Eglise ; il ne supportera pas ce vol. » Leur but, par ces paroles, était de rejeter sur le pape tout l'odieux d'une mesure, qu'on pressentait pleine de difficultés, et qu'on s'emploierait au besoin à rendre inexécutable. Lea ambassadeurs pontificaux, sans voir le piège, répondirent : « Dimanche prochain ^ le pape lui-même ordonnera aux prélats de renoncer aux droits régaliens. »
Un traité fut conclu sur ces bases, et présenté à la signature du roi Henri, qui le ratifia à Sutri -, le 12 février iiii. D'où le nom de concordat de Sutri qu'on lui donne. Le roi renonçait aux investitures et promettait, en outre, de respecter le patrimoine de saint Pierre, l'immunité du pape et des légats ; mais prenait acte, en même temps, de la promesse faite par le pape relativement à l'abandon des droits régaliens ^. Ekkéhard ajoute qu'au dernier moment, le roi, pour rendre plus certainement illusoires ses engagements, posa une nouvelle condition et exigea une modification dans le texte du traité. Il ne fit plus dépendre, comme auparavant, sa renonciation aux investitures de la publication par le pape d'un édit prescrivant
I.. C'était le dimanche de la Quinq.iagésime, 12 février 11 il. a. Sutri, dans le district de Viterbe, province de Rome. 3. M. G., Leges, t. [I. p. 66-69.
L AFFRAiHCHISSEMENT DE L EGLISE
l'abandon des droits régaliens, mais de l'approbation de l'exécution de cet édit par les prélats allemands K Une fois de plus, les ambassadeurs pontificaux étaient joués par l'astuce perfide du roi. La Chronique du Mont-Cassin ajoute un détail qui rendrait le monarque plus odieux encore et qui n'est pas invraisemblable. Elle prétend que le roi jura en allemand « qu'il ferait ce qui lui plairait ». Quelques Romains entendirent ces paroles, et se réfugièrent dans la ville K
Le couronnement du roi par le pape devait suivre la conclusion du traité. C'était le grand objectif d'Henri V. C'est pour y parvenir qu'il avait imaginé tant d'équivoques. Mais au moment de procéder à la cérémonie, le pape lui ayant demandé nettement si, oui ou non, il renonçait aux investitures moyennant les conditions stipulées par la première charte de Su tri, Henri essaya en vain d'esquiver la question par des paroles vagues, puis par des menaces, enfin par des diversions. Pascal se montra plus perspicace et plus énergique que le roi ne l'avait supposé. Un seul expédient lui restait : la violence brutale. Il y eut recours. Le pape fut arrêté et fait prisonnier. Mais aussitôt les Romains se soulevèrent. Le sang coula dans les rues de Rome. On se battit toute une journée. Les Romains, d'abord vainqueurs, puis repoussés, finirent par forcer les Allemands à rentrer dans leurs retranchements. Le roi jugea prudent de battre en retraite, mais il emmena le pape avec lui. On l'enferma dans la forteresse de Trabico, en Sabine. Défense fut faite à aucun Italien de lui parler. Il était gardé et servi par des Allemands.
Pascal se montra d'abord très ferme. Mais, au bout de deux mois, n'attendant plus de secours d'aucun de ses amis, sachant que la vaillante comtesse Mathilde elle-même avait été réduite à l'impuissance, obsédé par de continuelles et pressantes sollicitations, affligé par les douleurs des Romains et par les plaintes des prisonniers
Arrestation du pape.
Son internement
dans
la forteresse
de Trabico,
en Sabine.
1. Le texte dEkkéhard est formel : Pr«6utf rex assensum, sed eo paclOj quatenus hœc transmutatio... concordia tolius Ecclesix ac regni principum stabiliretur : quod etiam vix aut nullo modo Jîeri posse credebatur. (Ekkéhard, Chronic. univ. ad ann. i u i, P. L., t. GLIV, col. loai-ioaa.)
a. M. G., SS,, t. VII, p. 779 ; Wattbrich, t. Il, p. 54.
Henri V
arrache au
pape
par la violence
la
renonciation
à ses droits
d'investiture
(lO avril
mi).
Couronnement d'Henri V à Ronae (i3 avril Jiii).
Pascal H
retire
les concessions
qu'on lui
a extorquées
par la force.
retenus comme otages, il prononça ces paroles : « Pour la délivrance de l'Eglise, je cède à la force ; je fais ce que j'aurais voulu éviter au prix de mon sang ^. »
C'était le lo avril iiii. L'empereur promit de remettre en liberté dès le lendemain ou le surlendemain tous les otages, de restituer ce qu'il avait pris du patrimoine de saint Pierre et d'obéir en tout au Saint-Père, « sauf l'honneur du royaume et de l'Empire. » Pascal jura de pardonner à l'empereur tous les outrages qu'il en avait reçus, de ne jamais prononcer l'anathème contre lui et a de ne jamais l'inquiéter au sujet des investitures * ». Mais Henri ne se contenta pas de cette formule. Il fît venir, la nuit suivante, un notaire de Rome, et lui fît rédiger une formule que le pape signa aussitôt. C'est la célèbre formule connue sous le nom de privilège. Il y était dit que les évêques et abbés élus sans violence ni simonie recevraient l'investiture de l'empereur par la crosse et l'anneau, et que nul évêque élu ne serait consacré avant d'avoir été investi 3. Le i3 avril, tandis que l'antipape Maginulf, le faux Sylvestre IV, renonçait solennellement, devant les portes de la ville, à la dignité pontificale, et jurait obédience à Pascal II ^^ Henri V fut couronné dans la basilique de Saint-Pierre ; puis il rentra en Allemagne, où, après avoir fait célébrer les plus magnifiques obsèques à son père, il investit de l'archevêché de Mayence, le premier siège épiscopal de l'Empire, son chancelier Adalbert, le principal instrument de sa politique de ruses et de violences dans sa lutte contre k papauté.
Mais les récriminations prévues et provoquées par l'empereur ne tardèrent pas à éclater. Un parti considérable de fidèles reprocha au pape sa faiblesse. Les prélats allemands refusèrent de céder leurs droits régaliens. Des personnages considérables de l'Eglise, Jean, archevêque de Lyon, Guy, archevêque de Vienne, Gualo, évêque de Saint-Pol-de-Léon, Yves, évêque de Chartres, manifestèrent au pape leur profonde tristesse. Vers la fin de l'année 1 1 1 1 , Pascal se décida à retirer ses concessions. Il écrivit à Yves de Chartres, à Guy de Vienne qu'(( il n'avait obéi qu'à la force », qu' « il réprouvait ce qu'il
1. Annales Homani, dans M. G., SS., t. V, p. 475. a. M. G., SS., t. VI, p. 25o.
3. Le texte se trouve dans Ba.ronius, Annales, ad ann. iiii ; la traduction française, dans Hefele-Leclercq, t. V, p. 525-5a6.