‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 178 sur 336 · Fourier Bonnard, op. cit., p. xv · texte numérisé non relu

Fourier Bonnard, op. cit., p. xv

2. Dom Gréa, De l'Eglise et de sa divine constitution, un vol. in-S», Paris, i885, p. 438. Et^mologiquement et historiquement, la signification primitive du mot clianoine, canonicus, est : inscrit au canon d'une église, attaché à une église.

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le premier, cança et réalisé le type du chanoine régulier. L'homme n'est pas moins intéressant à étudier que l'œuvre.

Guillaume, né à Champeaux en Brie, près de Melun, vers l'an Guillaume 1070, avait fréquenté fort jeune les écoles de Paris et de Compiègne, fio7o-n2i). où il avait eu pour maître le célèbre Roscelin, le hardi philosophe qui, le premier, dit-on, dans son enseignement, osa franchir le cercle de la pure dialectique pour aborder la fameuse question des « universaux », c'est-à-dire le problème métaphysique des relations du monde objectif avec le monde subjectif. Invité lui-même, en 1096, à monter dans k chaire de dialectique delà cathédrale de Paris, puis promu archidiacre, et chargé en même temps, comme écolâtre, de la direction générale des écoles de la capitale, Guillaume aborde luimême, mais avec plus de sagesse, devant une jeunesse enthousiasmée, les problèmes les plus ardus de la spéculation philosophique. Il compte là, parmi ses auditeurs, l'ardent et téméraire Abailard, qui nous a raconté plus tard, dans son Hlstoria calamitatum, ses joutes dialectiques contre l'enseignement du maître. Or, un jour de l'année 1 108, une nouvelle étonnante circule dans le monde des écoles parisiennes : Maître Guillaume s'est démis de son archidiaconé et s'est réfugié, avec quelques-uns de ses disciples, dans un humble ermitage, dédié à saint Victor, pour s'y astreindre, tout en restant simple clerc, à une discipline régulière *.

« La petite chapelle de Saint-Victor, écrit le plus récent historien II fonde du monastère, s'élevait, non loin des bords de la Seine, dans une j^^ chanoines prairie où venaient mourir les dernières pentes de la Montagne réguliers Sainte-Geneviève, alors couvertes de bois et de vignes. Cette cha- Saint -Victor pelle, élevée en cet endroit, dit une charte de Louis le Gros, en l'honneur du soldat martyr de Marseille, servait de retraite à quelques solitaires ou reclus qui menaient à son ombre la vie érémilique *. » Mais la jeunesse studieuse ne peut se résoudre à renoncer aux savantes leçons du maître. On voit, chaque jour, des groupes d étudiants, clercs et laïques, frayer les chemins, si souvent battus depuis, qui mènent du quartier Notre-Dame ou « du Mont » à la docte retraite de Guillaume. Il ne sait pas résister à leurs sollicitations pressantes ; il continue à leur enseigner les principes de la dialectique et de la métaphysique, mais plus d'un écolier, touché de la vie de prière

I. Recueil des hist. de la France, t. XIV, p. 379. a, Fourier BoNNÂRD, op. cit.f t. I, p. 6-7.

3o4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISE

intime et de silence religieux qu'on mène à Saint-Viclor, se range à sa suite et partage sa vie érémitique.

A l'été de iii3, Guillaume, après trois refus successifs de l'épiscopat, cède aux instances du roi et accepte l'évêché de Chalon ; mais, en dédommagement, il obtient de Louis le Gros une charte royale donnant une existence légale et accordant une dotation au nouveau monastère *.

La règle Lgg règles du couvent de Saint- Victor nous ont été conservées

de j , .

Saint-Yictor. dans un précieux manuscrit, le Liber Ordinis ^. L'habit ordinaire

des Victorins est une longue tunique de lin, ou surplis à larges manches, tombant presque jusqu'aux pieds et recouverte d'une chape de drap noir, à laquelle s'adapte un capuce assez ample pour . couvrir la tête et les épaules. Les convers ou frères lais ont une tunique de laine grise, venant à mi-jambe, et une chape de même couleur, plus courte d'une palme que la tunique. La hiérarchie du couvent comprend : un abbé, un grand prieur, un chambrier, un cellérier, un grand hôtelier, un grand chantre, un armoirier ou bibliothécaire, etc. L'abbé est élu par six ou sept chanoines, choisis à cet effet par le chapitre ou assemblée générale des chanoines, qui ratifie ensuite l'éleclion.

La vie du chanoine régulier de Saint- Victor, ou victorin, comprend : les offices liturgiques, religieusement célébrés aux heures canoniques du jour et de la nuit, le travail manuel et le travail intellectuel. Une des occupations les mieux organisées est celle des copistes, qui travaillent, sous la direction de l'armoirier, dans un local à part, lumineux, tranquille et silencieux. De là sortiront plusieurs des plus précieux manuscrits du Moyen Age ^. L'abbaye de Saint-Victor sera également une école de théologie et de mystique ; nous aurons à marquer sa place dans le mouvement intellectuel.

1. Fourier Bonna^rd, op. cit.^ p. i3-i4; A.. Luchaire, Louis le Gros, n. i5o.

2. Bibl. Sie Genev., Ms. 16^6 et 1687 ; B. M., ms. lat. 14678 et lôoSg. Voirie résumé du Liber Ordinis dans F. Bonnard, op. cif., p. 56-83.

3 A. Frauklin, Recherches sur la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Victor de Paris; L. Delisle, Invcmaire de^nss. latins de Saint-Victor conservés à la Bibliothèque nationale.

L AFFRANCHISSEMEXT DE L EGLISE

Sortie de la même inspiration que la réforme de Saint-Victor, la réforme de Prémontré s'en distingua par une orientation diverse. Guillaume de Ghampeaux, en devenant chanoine régulier, était resté un homme de science, et son œuvre participa à ce même caractère ; saint Norbert, réformateur de Prémontré, fut plutôt un prédicateur et un apôtre, et il communiqua une empreinte analogue à son œuvre.

u Saint Norbert, que le suffrage presque unanime de son siècle égalait à saint Bernard, et que saint Bernard lui-même n'hésitait pas à regarder comme son maître, naquit, disent les auteurs de l'f/isloire littéraire de la France, k Santen, petite ville du duché de Glèves, vers l'an 1080. Sa maison était très ancienne, et pouvait aller de pair avec hs plus illustres de l'Allemagne. A. l'avantage de la naissance, il réunissait les qualités brillantes du corps et de l'esprit. Les maîtres aux soins desquels son éducation fut confiée perfectionnèrent ses talents, mais ils ne réussirent pas à lui inspirer un goût solide pour la vertu. Il cultiva les sciences en philosophe voluptueux. L'état ecclésiastique, qu'il embrassa par des vues humaines, ne produisit aucune réforme dans ses mœurs. La cour de l'empereur Henri V, son parent, où il se rendit ensuite, acheva de le pervertir. Il y exerça, durant plusieurs années, la charge de chapelain, et s'y distingua par tous les vices déliés dont les courtisans se fontgloirew^ Une grâce, pareille à celle qui convertit l'apôtre saint Paul, le transforma tout à coup. Il chevauchait joyeusement, dans une partie de plaisir, quand la foudre éclate devant lui, tue sa monture, et le laisse inanimé sur le sol. Quand il reprend connaissance, u la grâce, pour parler avec un de ses biographes, luit à ses yeux en même temps que la lumière. Get aveugle aperçoit ses misères; les illusions des créatures se dissipent, et l'amour divin succède à l'amour profane 2. » Il rompt ses engagements avec la cour, se revêt d'un cilice, se retire au couvent de Sainl^Sigebert, près de Gologne, se fait ordonner prêtre (car il n'était que sous-diacre) et s'adonne désormais à la prière, aux veilles, aux jeûnes, à l'étude assidue de la

Fondation

de l'Ordre

dos Chanoines

réguliers de Prémontré

par saint Norbert.

Biographie

de

saint Norbert,

Sa vie mondaine.

Sa conversion.

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