Hist. lia , t. XI, p
2. A. Luchaire, dans l'Hisi. de France de La.vis6e, t. II, ae partie, p. a55.
3 Mgr Baudrillakt, Cluny el la papauté, dans la Rev. prat. d'apol , iqio t XI
Ik. Hefele, au mot Cuny, dans le Kirchenlexikon de Wetzer et VVelte 5. P. L.,t. CXLIII, col. 8o3.
Décadence
de l'Ordre de
Clun^.
Première
cause
do décadence :
la puissance
et la richesse
de l'Ordre.
Deuxième
cause de
décadence :
l'orgueil
je l'abbé Pons
de Melgueil.
romane, était la plus grande église du monde ; cinq cents ans plus tard, la basilique de Saint-Pierre de Rome devait à peine dépasser de quelques mètres ses colossales proportions. Les relations de l'ordre avec les papes étaient devenues intimes et presque habituelles. Grégoire YII était venu demander à Cluny l'inspiration de sa réforme ; Urbain II et Pascal II étaient sortis de ses cloîtres ; Gélase II était inhumé sous ses dalles ; Calixte II avait augmenté ses privilèges, jusqu'à donnera ses abbés, en 1120, le droit de remplir les fonctions de cardinal, et à concéder à son église la faculté de célébrer l'office, même pendant un interdit, les portes fermées^ Un saint, comme les grands abbés qui avaient fondé et maintenu les austères traditions de Cluny, un Odon, un Mayeul, un Odilon, un Hugues, eût pu garantir les moines de son ordre contre la tentation des richesses et de l'orgueil. Mais celui qui reçut, jeune encore, en iioo, la crosse abbatiale de saint Hugues, Pons de Melgueil, n'avait point les fortes vertus de ses prédécesseurs. Issu d'une riche famille d'Auvergne, esprit brillant et distingué, il s'était d'abord montré digne de ses hautes fonctions par la régularité de sa vie, par la souplesse de son intelligence et par la haute distinction de sa culture littéraire. Dans les négociations, si souvent rompues et si souvent reprises, de la querelle des investitures, il avait servi d'intermédiaire habile entre le pape et l'empereur. Il avait aussi donné une forte impulsion aux études. L'histoire a gardé les noms de trois remarquables copistes de manuscrits encouragés par lui : Albert, Opizon etDuranne. Mais une humeur inquiète et orgueilleuse gâtait en lui ses brillantes qualités. Dès le début de son gouvernement, il sembla faire passer au premier rang de ses préoccupations la défense des privilèges de son ordre. Les nouvelles prérogatives qui lui furent concédées par Calixte II, semblent l'avoir troublé. Il dispute à l'abbé du Mont-Cassin la première place ; il ambitionne le titre d'« abbé des abbés ». Il affecte, dans ses voyages, un train princier. Son luxe, sa prodigalité, son relâchement, amènent d'abord de sourds murmures, puis la discorde déclarée dans le monastère. Cluny, dont la vie austère a été le point de départ de la réforme des moines, des clercs et des fidèles, a'est plus le modèle de l'Eglise.
Hâtons-nous de le constater : le désordre des mœurs ne semble
I PiGNOT, Hist. de l'ordre de Cluny, 3 vol. in-Q", Autun et Paris, 1868, t. III,
L AFFRAîfCHISSEMENT DE L EGLISE
pas avoir pénétré, à cette époque, dans l'illustre monastère, u Le silence de saint Bernard à ce sujet est le meilleur éloge qu'on puisse faire de la moralité de Gluny ^ » Mais, dans le tableau que le terrible censeur fait de la mollesse et du luxe des moines de son temps, il est impossible de ne pas reconnaître le fastueux abbé Pons : « Je mens, dit saint Bernard, si je n'ai pas vu un abbé traîner après lui soixante chevaux et plus. Vous diriez, à voir passer ces chefs de monastères, non des directeurs d'âmes, mais des gouverneur» de provinces. Dès qu'ils sont à quatre lieues de chez eux, il leur faut tout leur mobilier : des coupes, des aiguières, des candélabres, de grands coffres remplis de tous les ornements de leurs lits... Pourquoi tout cet encombrement ? Serait-ce pour être moins à charge à vos hôtes .^ Portez donc aussi votre nourriture avec vous, afin de leur épargner toute dépense 2. »
Les divisions provoquées dans le monastère par les agissements de Pons allèrent si loin, que l'abbé, cédant à des conseils d'amis prudents, se rendit à Rome, et se démit de ses fonctions entre les mains de Calixte II. Les moines, délivrés de l'impérieuse légèreté de Pons, élurent d'abord à sa place un vieillard, Hugues II, qui mourut presque aussitôt ; puis, dans l'octave de l'Assomption de 1122, un jeune moine de trente ans, Pierre-Maurice de Montboissier, qui devait rester la plus haute personnification de l'ordre clunisien sous le nom de Pierre le Vénérable.
Malgré sa jeunesse, Pierre de Montboissier n'était pas un inconnu dans les diverses maisons de l'ordre, même les plus lointaines. La sagesse et la science avec lesquelles il remplissait, au monastère de Vézelay, depuis dix ans, les importantes fonctions de gardien de l'ordre et de docteur des anciens 3, avaient attiré l'attention sur lui. Gomme gardien de l'ordre, il tenait la place du grand prieur absent, et veillait en tout temps au maintien de la discipline avec le zèle le plus édifiant. Gomme docteur des anciens, il était chargé de diriger les études de tous les moines, et il s'acquittait si bien de cette fonction que, suivant les expressions de son biographe, sa parole douce et grave, semblable à une rosée, féconda la terre de Vézelay *. Il
Témoignage
de
saint Bernard.
Troisièraa cause de
décadence :
la désunion des religieux.
Pierre
le Vénérable (1092-1156).
i. Vacaiidard, Vie de saint Bernard^ a vol. in-12, 2« édition, Paris, 1897, t. I p. 117.,
a. S. Berha.&d, Apologia, cap. xi.
3. RoDOLPHB, Vita Pétri Venerabilis, P. L., t. GLXXXIX, col. 17.