Rodolphe, loc. cit
suffisait du reste, disent les contemporains, d'avoir vu une fois, pour la garder vivante dans son souvenir, a la physionomie noble et douce de ce jeune moine, dont la taille imposante, l'attitude simple et digne, exprimaient si bien îa parfaite ordonnance de son âme et de sa vie* ». Aussi son élection fut-elle accueillie dans l'ordre par une joie universelle. « Heureux clunistes, s'écrie Pierre de Poitiers, applaudissez et réjouissez-vous. Un nouveau saint Hugues vous est donné. Il égale les poètes de l'antiquité par la pénétration de son génie. H est en prose un second Cicéron ; en vers, un nouveau Virgile; et il discute comme Aristote, tandis que sa parole a la douceur de celle de Grégoire, l'ampleur de celle d'Ambroise, et qu'il scrute avec un génie égal à celui d'Augustin les mystères les plus profonds ^. » Sous ces formules emphatiques, le panégyriste de Pierre le Vénérable nous indique bien le caractère distinctif de la science du nou-
Se« origines, vel abbé. Né en Auvergne, vers 1092 ^, d'une noble famille peut-être originaire de Bourgogne *, élevé, dès son plus jeune âge, en qualité d'oblat, dans le monastère bénédictin de Sauxillanges, où les branches les plus diverses des études profanes et sacrées étaient enseignées avec ardeur suivant le programme du trivium et du quadriviurriy Pierre de Montboissier faisait son propre portrait quand il représentait saint Bernard « se parant des dépouilles de l'égyptien et les mêlant aux richesses de l'hébreu * ». On a pu dire que le surnom de Vénérable, que ses contemporains lui donnèrent, lui fut dû «pour sa connaissance éminente des sciences divines et humaines autant que pour l'intégrité de sa vie ^ ». Un écrivain du xix* siècle l'acom-
S»n ««rictèTe. paré à Fénelon '^. S'il n'a pas dans son style l'exquise élégance de l'auteur du Télémaque, il a le même goût des lettres anciennes, la même nobles^se de caractère et la même onction. « Oh I l'heureux temps, écrit-il à un ancien compagnon de sa vie monastique, où, dans de pieux entretiens, on s'exhortait au désir des biens éternels I Oh ! l'ardente charité qui nous rendait tout de feu l'un pour l'autre ! Au commencement, le seul mouvement de la nature m'avait porté vers vous; je ne vous aimais plus, à la fin qu'en Dieu et à cause de