Watterich, II
2. Trois jours après la sépulture d'Adrien IV, qui eut lieu le 4 septembre. L'élection se fit le 7 septembre 1169. Voir Jaffé, n. 10.583.
Hist. gén. de l'Eglise. — IV 26
Sententiœ sont une Somme théologique, dans laquelle il rectifie les erreurs d'Abailard, dont il adopte pourtant la méthode ; et son Siroma est un résumé du Décret de Gratien, remarquable par l'ordre et la clarté ^. D'après le Liber poniificalis 2, Roland Bandinelli lut d'abord honoré d'un canonicat à Pise. Eugène III le nomma successivement chanoine de Latran, cardinal-diacre du titre des Saints- Côme-et-Damien, cardinal-prêtre de Saint-Marc, et enfin chancelier du Siège apostolique. Il remplissait ces dernières fonctions quand il fut élu souverain pontife. Sa valeur personnelle, ses sympathies politiques, qu'on savait acquises au roi de Sicile et aux villes lombardes, le souvenir de son attitude à la diète de Besançon, pouvaient faire pressentir en lui un redoutable adversaire de la puissance impériale. Aussi Frédéric BarbeTousse, après avoir tout fait pour empêcher son élection, au profit d'un de ses partisans, le cardinal Octavien Maledetti, ne négligea-t-il aucun effort pour le faire supplanter par ce L'empereur dernier. Roland était à peine revêtu de la cape rouge pontificale, l'antipape qu'Octavien, se précipitant sur lui, la lui arracha, et s'en revêtit à son Victor IV, tour. En même temps, une troupe armée faisait irruption, entraînait Octavien sur le siège de saint Pierre, le proclamait pape sous le nom de Victor IV, et le faisait acclamer par le peuple. Roland n'eut que le temps de s'enfuir dans une maison fortifiée, où il fut gardé comme prisonnier par les soldats de la commune romaine. Cependant la foule, revenue de sa surprise et mise au courant de ce qui s'était passé, se retournait contre l'intrus. On le hua quand il parut en public. Les enfants, faisant allusion à son nom de famille, Maledetti, criaient sur son passage : « Va-t'en, maudit, fils de damné ! » Le 17 septembre, le peuple, sous la conduite d'un des membres de la famille Frangipani, délivra Roland, qui, le dimanche 20 septembre, en présence de nombreux cardinaux, clercs et laïques, fut consacré, Ad Nymphas, par le cardinal-évêque d'Ostie, sous le nom d'ALEXANURE III. L'antipape Victor, de son côté, se fit consacrer à Farfa, le 4 octobre. Les rois de France et d'Angleterre, bientôt suivis par ceux d'Espagne, de Hongrie, d'Ecosse et d'Irlande, se rallièrent au pape Alexandre, dont la légitimité n'était pas douteuse. L'Allemagne seule se rangea sous l'obédience de Victor. Une
I. Sur ces deux ouvrages et leur importance scientifique, voir E. Portalik, qui résume dans le Dict. de théol. de Vacant, t. I, col. 71 i-71/i, les savants travaux des PP. Gietl et Denifle.
a. Edit. DucHKSNE, t. II, p. 897.
L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE
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guerre de dix-sept ans allait être la conséquence de ces événements tragiques.
Non moins dramatique dans ses divers épisodes que la guerre qui avait mis aux prises, un demi-siècle plus tôt, l'empereur Henri IV et le pape Grégoire VII, celle qui éclatait, en i i6o, entre l'empereur Frédéric Barberousse et le pape Alexandre III allait comprendre deux phases bien distinctes. De 1160 à 1166, une série presque ininterrompue de succès militaires et diplomatiques pour l'empereur, aboutira à l'exil du pape, à l'écrasement de ses alliés et au couronnement solennel d'un antipape dans la basilique de Saint-Pierre; mais, à partir de ce moment, une suite de revers éclatants amènera l'orgueilleux souverain à tomber, à son tour, aux pieds du pape. Par certain côté, du point de vue politique et social, la lutte qui s'engage a une ampleur et un retentissement plus grands que la querelle des investitures. D'un côté, c'est un souverain allemand, appuyé sur des légistes, qui prétend faire revivre à son profit, et imposer, si. c'est possible, au monde entier, l'absolutisme impérial de l'antique Rome ; de l'autre, c'est un pape, qui a pour alliés les cités qui se sont levées pour le maintien de leurs libertés municipales, les peuples qui veulent défendre leur autonomie contre le despotisme germanique. Avant de mourir, Adrien tV, non content de resserrer les liens de son alliance avec le roi de Sicile, a obtenu, des villes de Milan, de Brescia, de Plaisance et de Crème, l'engagement de ne point traiter avec Frédéric sans son autorisation. Alexandre III proteste de son désir de faire cause commune avec l'Italie municipale ; et celle-ci, qui a chassé les podestats envoyés par l'empereur, compte sur la papauté pour la défendre contre les a professeurs es lois. »
Mais pour l'empereur Frédéric I*"", pour son perfide conseiller Rainald de Dassel, pour les hommes enivrés de science qui lui dictent ses maximes, tous les moyens sont bons, du moment qu'il s'agit de faire triompher l'hégémonie de l'Empire. Pour parvenir à leurs fins, ils ne reculeront devant aucun moyen de terreur, devant aucune fourberie, devant aucune atrocité.
Vers la fin d'octobre 1169, l'empereur convoque les prélats de l'Empire à un synode, qui doit se réunir à Pavie le i3 janvier 1 160. La lettre de convocation contient des menaces à l'adresse d'Alexandre, simplement qualifié de cardinal Roland, s'il ne comparaît pas ^ Ni
1. Voir la lettre impériale convoquant le pape Alexandre dans M. G., Legés, ■cet. IV, t. I, p. a55 et s., n. i84 ; Watterich, II, 469 et s.
Vue générale
sur la nouvelle
phase
de la lutte
entre le Sacerdoce et l'Empire.
Conciliabule de Pavie
404 inSTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISE
le pape ni la plupart des évêques italiens ne répondent à l'appel de Frédéric. Mais l'antipape Victor, tous les prélats allemands qui tiennent leurs fiefs de l'empereur et sont préoccupés de ne pas les perdre, sont présents. On leur signifie que la reconnaissance d'Alexandre comme pape serait une source perpétuelle de discorde entre le Sacerdoce et l'Empire et, par suite, l'occasion d'une infinité de maux, tandis que l'adhésion à Victor sera une garantie de paix et de prospérité. Pour mieux gagner les suffrages, « les partisans de Victor ont recours à une fourberie insigne : ils produisent de prétendues lettres d'Alexandre, afin de prouver que ce dernier a conclu avec les Lombards et le roi de Sicile une ligue offensive contre l'em- Les membres pgreur. Cette ruse décourage les mieux intentionnés K » Toute résisconciliabule, tance étant ainsi brisée, on prononce, « sous l'influence d'un terro-
trompés par ^isme violent 2 )>, une sentence d'anathème contre Roland Bandinelli, 1 empereur ' j 1
et menacés prétendu pape sous le nom d'Alexandre III 3. Les contemporains
par lui, ajoutent que, pour faire nombre, on fit signer au concile des erens prononcent . , . , " °
l'anaibème ^"^ ^ avaient aucune qualité pour y prendre part, des évêques excom-
contre le pape, muniés, de simples laïques. On y porta comme adhérents des prélats
q«ui avaient gardé le silence ou même qui s'étaient prononcés pour
Alexandre ^,
Procédés Restait à vaincre l'opposition des villes italiennes. Celles-ci possé-
barbares ^\ a > i r • t .
de l'empereur daient des milices armées, prêtes a la résistance. L empereur alleà l'égard mand organisa, pour les réduire, un système de barbarie, qu'il fit italiennes. appliquer d'une manière implacable. On l'avait \u déjà, dans sa première expédition en Italie, ordonner le pillage, l'incendie, l'empoisonnement des sources ^. La méthode fut généralisée et portée jusqu'à ses derniers degrés de férocité. Deux des panégyristes de l'empereur, le chroniqueur Radevic de Freisingen et le poète Gunther, racontent, sans qu'un cri d'indignation leur échappe, tant l'admiration qu'ils ont pour leur souverain obscurcit leur jugement, comment Frédéric, assiégeant Crème, avait fait attacher des enfants, retenus comme otages, à l'avant de ses machines de guerre, afin de les exposer aux coups de leurs propres parents^. Ainsi furent réduites Crème,