Hist. gén.flll
L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE
d'Henri VI ne furent pas les seules. Célestin 111 eut aussi à soufîrir de la conduite de Philippe Auguste, roi de France, et de celle d'Alphonse IX, roi de Léon.
A son retour de Terre Sainte, Philippe Auguste, qui avait perdu depuis trois ans sa première femme, Isabelle de Hainaut, avait demandé en mariage et solennellement épousé à Amiens, le i4 août iigS, la princesse danoise Ingeburge, sœur du roi Canut 111. Ce mariage paraît avoir été inspiré par des considérations d'intérêt politique. Philippe, qui méditait alors un débarquement en Angleterre, voulait s'assurer le concours du roi de Danemark. Tous les témoignages contemporains s'accordent à vanter la beauté, les vertus, la distinction parfaite de la nouvelle reine, alors âgée de dix-huit ans. Le roi de France l'accueillit avec les manifestations d'une joie sincère. Mais, dès le lendemain du mariage, un revirement étrange s'opéra dans ses dispositions. Un sentiment de répulsion violente s'empara de lui. Les causes de cette aversion subite sont un problème pour l'histoire. Le roi voulut remettre incontinent la reine aux ambassadeurs danois qui l'avaient amenée. Celle-ci déclara ne pas vouloir les suivre, rester en France pour y soutenir son droit et son rang. Philippe réunit à Compiègne ses barons et ses évoques, et obtint d'eux un jugement de complaisance, déclarant nul le mariage d'ingeburge, sous prétexte qu'elle était parente de la première femme du roi. Quand la sentence fut notifiée à la victime, comme elle ne savait pas notre langue, elle répondit par ce cri : Roma ! Roma ! L'épouse injustement répudiée en appelait au pape du verdict extorqué par le roi. En même temps, le roi Canut exerçait un recours à Rome. La réponse de Célestin III ne se fit pas attendre. Le pape déclara « nulle et non avenue » la décision du tribunal de Compiègne, et enjoignit au roi de France de reprendre sa légitime épouse Ingeburge. Mais les légats pontificaux, chargés de notifier la bulle du pape, furent arrêtés h leur entrée en France' et internés à Clair vaux. Philippe-Auguste passa outre, et, pour rendre son divorce irrévocable, il épousa la fille d'un grand seigneur bavarois, Agnès de Méranie. L'infortunée reine Ingelburge fut conduite, par ordre du roi, au monastère de Fervaques, et, de là, dans un couvent de Soissons. L'affaire du divorce de Philippe Auguste devait se poursuivre sous Innocent III, et amener une rupture entre le roi de France et la papauté.
Un conflit analogue s'était élevé en Espagne, où le roi de Léon. Alphonse IX, avait épousé, malgré les prohibitions de l'Eglise, sa
Le divorce
de Philippe
Auguste.
Le pape prend
la défense
de l'épouso
injustement
abandonnée.
L'affaire
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cousine germaine, Teresa, fille de Sanche, roi de Porliigal, Pendant cinq ans, le monarque résista aux objurgations réitérées du Saint- Siège. Célestin III dut prononcer contre lui l'excommunication et jeter l'interdit sur ses Etats. Alphonse IX se soumit enfin et se remaria, mais, cette fois encore, sans dispense, avec une proche parente, Bérangère, fille du roi de Castille, et le Saint-Siège dut condamner cette nouvelle union ^.
Les œuvres de lutte n'avaient point détourné la sollicitude du pontife des œuvres d'édification. Célestin favorisa de tout son pouvoir les fondations des Chevaliers de l'Ordre Teutonique, des Frères Pontifes, de diverses communautés de bégTiines et de béguins.
La règle des Chevaliers Teu toniques avait été déjà approuvée par Clément lïl ; le pape Célestin, pour reconnaître les services qu'ils rendaient à l'Eglise, leur assura tous les droits et franchises dont jouissaient les Templiers ^. Les Frères Pontifes ne formaient pas un ordre religieux proprement dit; c'était une corporation d'hommes charitables, desservant les ponts et leurs hospices, qu'ils avaient construits. La communauté la plus célèbre des Frères Pontifes était celle d'Avignon, fondée par saint Bénézet ^. Les communautés de béguines, qui ne reçurent leur organisation définitive qu'au début du XIII® siècle *, rémontent aux dernières années du xii^ au moins pour ce qui concerne les Pays-Bas ^. On donnait le nom de béguines à des veuves ou à des jeunes filles qui, désirant échapper aux dangers du monde et ne voulant pas entrer dans un couvent, formaient des communautés, où elles vivaient d'une vie recueillie et ascétique, s'obligeant, pour le temps de leur séjour dans l'association, à la pratique de l'obéissance, de la chasteté et de la pauvreté. Elles n'avaient pas de clôture stricte ni de vœux, et s'occupaient de diverses œuvres de charité et de piété ^. Des communautés de béguins et de béghards se formèrent dans la suite sur le modèle des communautés de béguines.
Le pape Célestin III mourut le 8 janvier 1198. Il avait été précédé dans la tombe, nous l'avons vu, par l'empereur Henri YI, décédé le
I. Jaffb, n. 17241-172^3; J. La.urent'b, Saint Ferdinand, un vol. in 12, Paris. 1910, p. 20, 22.
a. Hlrtbr, Tableau des insUtuLons du Moyen Age, trad. Cohrw, t. 111, p. 167.