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CHAPITRE III

Le Pontificat d'Innocent III. — L'organisation de la chrétienté. — La q-uatrième croisade. — Le quatrième concile général de Latran.

Innocent III

(8 janvier

juillet 13 16).

Les cardinaux ne délibérèrent pas longtemps pour choisir le successeur de Célestin III. Le jour même de la mort du pape défunt^ le 8 janvier 1 198, au second tour de scrutin, la majorité des suffrages se porta sur un des plus jeunes membres du Sacré-Collège, le cardinal Lothaire de Segni, de la famille des Conti, qui avait déjà donné à l'Italie des hommes d'épée, et qui devait, dans la suite, donner plusieurs papes à l'Eglise. Le nouvel élu était âgé de trente- Ses origines, sept ans seulement. Il prit le nom d'iNNOCENT IIT. Formé aux écoles de Rome, de Paris et de Bologne, il s'y était montré d'une égale aptitude dans l'étude des lettres, de la théologie, de la législation civile et canonique. Dans les différentes affaires que lui avait confiées son oncle, le pape Clément III, il avait fait preuve d'une habileté ferme et pleine de tact. Sous le pontificat de Célestin III, il avait employé ses loisirs à composer deux traités fort estimés : De contempla miindi et De sacrificio missae. Au physique, les témoignages des contemporains nous le dépeignent comme étant de taille petite, de physionomie agréable, avec de grands yeux, un nez droit, une bouche petite, une voix sonore et si bien timbrée qu'orr l'entendait même quand il parlait à voix basse. Au moral, l'énergie belliqueuse de ses ancêtres était tempérée en lui par les vertus et les habitudes de sa vocation cléricale. La pureté de sa foi, l'austérité de ses mœurs, la parfaite correction de sa vie, défiaient les critiques de l'envie. La jeunesse du nouveau pape et ses éminentes qualités justifiaient les plus belles espérances. Lui-même, dès le moment de son élection,

Son portrait physique et moral.

I. P0TTHA.ST, Regesla..., t. I-II, p. i; Luchaire, Innocent Ul, Rome et V Italie, p. i3. Pourtant, certains témoignages, cités par Potthast (Ibicl.), font élire Innocent TU le lendemain de la mort de Célestin III; d'autres disent simplement : le jour de l'inhumation.

L ORGANISATION DE LA CHRETIENTE

sur son œuvre.

dît pleine conscience de l'immense tâche qui lui incombait. Libérer Vue générale la ville de Rome et l'État pontifical du joug des factions, achever de soustraire l'Itahe à la domination allemande, poursuivre la croisade contre les infidèles, purifier l'Europe de l'hérésie, maintenir les victoires de ses prédécesseurs sur les empiétements des pouvoirs temporels : telles furent les œuvres qui apparurent au pape Innocent III comme les plus urgentes à accomplir ; mais il semble bien que, dans la pensée du jeune pontife, elles n'aient été que les conditions indispensables d'une autre mission plus haute, dont l'heure providentielle semblait venue : à savoir, organiser la chrétienté, dans ses institutions publiques comme dans la vie privée de chacun, parmi les laïques comme parmi les clercs, et réaliser cette organisation à la fois par l'établissement d'une puissante hiérarchie et par les inspirations d'une piété profonde dans les âmes.

Il fut donné au pape Innocent III de remplir son programme, autant qu'un idéal de perfection pouvait être réalisé dans les conditions où se trouvait alors le monde. Son pontificat fut à la fois le point culminant de la primauté pontificale et de la civilisation au Moyen Age. Il y rencontra, plus d'une fois, de formidables oppositions, qu'il fallut vaincre. Il dut souvent, comme les Israélites dont parle le Livre d'Esdras, « défendre de sa main gauche par l'épée la construction qu'édifiait sa main droite ^ » ; mais nul n'était mieux préparé à remplir cette double mission que ce fils de guerriers si profondément prêtre, que ce brillant élève des universités si pénétré du sens des réalités vivantes, que ce jeune pontife dont toute l'ambition était de continuer l'œuvre de ses devanciers.

Toutes ces qualités d'Innocent III se manifestèrent dans les premiers actes de son pontificat.

Le premier de ses soins fut de restaurer la puissance pontificale dans la ville de Rome et dans l'Etat romain. L'entreprise était ardue. L'autorité du pape rencontrait à Rome trois puissances rivales : celle du préfet, qui relevait officiellement de l'empereur et prenait son mot d'ordre en Allemagne ; celle du Sénat, qui représentait le peuple

Innocent III

rétablit l'ordre

et la paix

dans la ville

de Rome

et dans

les Etats

pontificaux.

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