‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 29 sur 336 · Acta sanctorum, ao septembre · texte numérisé non relu

Acta sanctorum, ao septembre

Déposition de l'antipape (mars 998).

Grescentius est assiégé

dans le Château Saint-Ange.

Il est pris et décapité.

Le procès

d'Arnoul

et de Gerbert.

Le pseudoconcile de Saint-Basle,

Campanie, s'empara de lui, et, moiûs clémeDle que le pape, lui arracha les yeux et la langue, lui coupa le nez et les oreilles, el le ramena, ainsi mutilé, assis sur un âne, jusqu'à Rome, où il fui déposé. Il ne mourut qu'environ quinze ans plus lard, probablement dans l'abbaye de Fulda.

Pendant que ces terribles scènes se déroulaient, Grescentius, plus audacieux, se barricadait dans le Château Saint-Ange, où il avait fait bâtir, comme un nid d'aigle qu'il croyait imprenable, une tour élevée, qu'il nommait « l' Entre-ciel ». Il fallut, peur en avoir raison, organiser un vrai siège, mettre en mouvement des machines de guerre, et enfin livrer un assaut à la forteresse, qui succomba le 29 avril 998. Grescentius, fait prisonnier, fut décapité sur les créneaux, à la vue de tout le peuple, puis son corps et ceux de douze de ses complices furent suspendus à des gibets. Mais la famille des Grescentii n'était pas éteinte. Le palrice laissait des collatéraux, et son fils, appelé Jean Grescentius comme lui, allait bientôt reprendre les sinistres traditions de sa race.

Parallèlement aux scènes de cette lugubre tragédie, le pape Grégoire V avait dû poursuivre les phases d'un procès complexe et pénible.

La révolution qui avait eu pour résultat de substituer, en France, la dynastie des Gapétiens à celle des Garolingiens, avait été surtout l'œuvre de Gerbert *, le conseiller favori, l'inspirateur toujours écouté d'Adalbéron. Or, à la mort de ce dernier, qui avait désigné Gerbert pour lui succéder sur le siège de Reims, Hugues Gapet avait estimé plus habile de conférer cet archevêché à un fils naturel de Lothaire, Arnoul, jeune homme sans talent ni vertu, qui n'avait d'autre titre à cette dignité que son origine scandaleuse. Mais, plus tard, Arnoul, ayant, en violation de ses serments, livré la ville de Reims à Gharles de Lorraine, un concile national (si l'on peut appeler de la sorte une assemblée qui ne compta que treize évêques), qui se tint au monastère de Saint-Basle, près de Reims, les 17 et 18 juin 99T, déposa Arnoul et le remplaça par Gerbert. Gerbert avait eu le tort d'accepter une élection anticanonique, mais il était peut-être le plus éminent des personnages ecclésiastiques de son époque et l'ami de rempereur ; Arnoul ne méritait point les sympathies par ses qualités personnelles, mais sa situation paraissait

I. Ulysse Ghevalier, la France chrétienne dans Vhisloire, p. i36.

LE PROTECTORAT IMPERIAL

canoniquement plus régulière. Jean XV avait entamé, au sujet de cette affaire, une procédure, qui, au bout de six ans, restait encore inachevée. Grégoire V trouva le moyen de maintenir les principes en ménageant les personnes. « Lors de la déposition d'Arnoul. les évêques francs avaient mis en question et l'autorité du Saint-Siège et l'unité de l'Eglise ^ Le moment était venu de prouver que la primauté de Pierre restait assez forte pour s'affirmer en dépit de tous 2. » Pour ces motifs, en un concile tenu dans la basilique de Saint-Pierre, en présence d'Otton III, au mois de mai 996, le pape publia un édit rétablissant Arnoul dans l'archevêché de Reims ; puis, dans les premiers mois de 998, il éleva spontanément Gerbert sur le siège de Ravenne, un des premiers de la chrétienté 3. Ce fut l'issue d'un différend qui, pendant près de dixans, avait vivement agité, en France et en Allemagne, l'Eglise et l'Etat.

Dans toute cette affaire, le roi de France, Hugues Capet, avait énergiquement combattu la cause d'Arnoul. A l'assemblée de Saint- Basle, les évêques qui avaient soutenu avec tant de véhémen ce ce qu'on appela, aux temps modernes, « la tradition gallicane », parlèrent sous son inspiration.

Son fils, Robert le Pieux, qui lui succéda en 996, se montra plus conciliant. Etait-ce conviction de sa part ? Espérait-il, par cette attitude, se concilier le pape, et lui faire ratifier son mariage avec une de ses parentes au degré prohibé, Berthe, fille du comte de Blois ? Grégoire V ne fit point fléchir, pour complaire au roi de France, les lois de l'Eglise. Un concile tenu à Saint-Pierre, sous sa présidence, et auquel prit part le nouveau métropolitain de Ravenne, Gerbert, déclara nulle l'union, condamna Robert et Berthe à faire, sous peine d'anathème, sept mois de pénitence, et déclara suspens Erchembald, archevêque de Tours, et tous les évêques qui avaient accepté cette union incestueuse, jusqu'à leur comparution à Rome pour y donner satisfaction de leur conduite '*.

Peu de temps après, le 18 février 999, le pape Grégoire V mourut à la fleur de l'âge, n'ayant pas encore terminé sa vingt-septième

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1. Voir des extraits des discours prononcés à cette occasion dans Hefblk- Lbclercq, t. IV, p. 856 et s.

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