‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 299 sur 336 · I. Bréhier. CEjÀje et /' Orient ai Mo)en A'je, p, q^-j · texte numérisé non relu

I. Bréhier. CEjÀje et /' Orient ai Mo)en A'je, p, q^-j

Sa mort

Fin de la croisade.

Grégoire X (ler septembre

1271-10 janvier 1276).

Le

programme

de son pontificat.

fils, la première chose que je t'enseigne est que tu mettes tout ton cœur à aimer Dieu.. . Aie le cœur doux et miséricordieux aux pauvres et à tous ceux qui souffrent de cœur ou de corps... Maintiens les bonnes coutumes de ton royaume. Ne charge pas ton peuple d'impôts... Sois rigide et loyal à tenir justice et droiture envers tes sujets... Les bénéfices de sainte Eglise, donne-les à personnes bonnes et dignes... Garde-toi d'exciter guerres, sans très grand conseil... Apaise au plus tôt que tu pourras guerres et querelles... Sois dévot à l'Eglise de Rome et au souverain pontife, notre père ^. » Une des dernières paroles du saint roi fut celle-ci: « Nous irons en Jérusalem. » C'est de la Jérusalem céleste qu'il parlait.

Devenu chef de la croisade par la mort de son frère, Charles (J'Anjou s'empressa de conclure avec le sultan de Tunis un traité avantageux pour son royaume de Sicile, puis il s'embarqua pour l'Europe avec les princes français, remettant à trois ans l'accomplissement de son vœu de croisade. Seul, le prince Edouard d'Angleterre voulut poursuivre l'expédition jusqu'en Terre Sainte. Il débarqua à Saint-Jean-d'Acre le 9 mai 1271, mais ses forces étaient insufQsantes, et, l'année suivante, il reprit, à son tour, le chemin de l'Europe.

L'Eglise avait alors un nouveau pape. L'élu du Sacré Collège, Théobald Visconti, de Plaisance, archiprêtre de Liège, se trouvait précisément à Saint-Jean-d'Acre, auprès du prince Edouard, disposé à se rendre en pèlerin en Terre Sainte, quand il apprit le choix qu'on venait de faire de lui pour gouverner l'Eglise. Il dut rebrousser chemin vers Rome, mais il s'écria, en se détournant de Jérusalem ; « 0 Jérusalem, si jamais je puis l'oublier, puissé-je m'oublier moi-même ! » Théobald Visconti, sacré et couronné à Rome le i3 mars i27[, prit le nom de Grégoire X.

Le pontificat de Grégoire K est sans contredit le plus fécond et le plus glorieux de la période que nous étudions en ce moment. On a dit de ce papequ' « avec saint Louis, il représente le mieux le christianisme social de cet âge », Ses grandes idées furent le relèvement de l'empire d'Allemagne, la réforme, la réunion des Grecs, la délivrance de Jérusalem, la réconciliation des guelfes avec les gibelins. Les deux grands faits de son pontificat furent la restauration de

I. Voir H. François Dela-borde, le Tex'e primilîf des Enseignements de saint Louis à son fds, dans la Bibl. de l'Èco'e des Charles, t. LXXill (191a), p. 78-100,

l'orgamsation de la chrétienté 627

rcmpire, en Ja personne de Rodolphe de Habsbourg, et la célébration à Lyon du XIV* concile œcuménique.

Comme saint Louis dans son royaume, Grégoire X voulait être, dans l'Eglise, l'interprète incorruptible du droit et le défenseur de la paix, u S'il est du devoir de ceux qui dirigent les Etats, disait-il, de sauvegarder les droits et l'indépendance de l'Eglise, il est aussi du devoir de ceux qui ont le gouvernement ecclésiastique de tout faire pour que les rois et les princes possèdent la plénitude de leur autorité. » Jugeant que l'interrègne de l'empire n'avait que trop duré, que l'anarchie qui régnait en Allemagne depuis la mort de Frédéric II, en i25o, devenait un grave péril pour la paix de l'Europe et de l'Eglise, il se rallia au choix que les princes électeurs firent, H se rallie à le i^*" octobre 1273, du comte Rodolphe de Habsbourg comme roi de Rodolphe d'Allemagne, et eut avec le prince une entrevue solennelle, dans àe Habsbourg, laquelle Rodolphe lui promit son concours pour assurer la liberté de l'Eglise et la défendre contre les hérésies. L'adhésion du pape entraîna celle de toute l'Allemagne en faveur de celui qui devait être le fondateur de la maison d'Autriche.

Le concile que Grégoire X réunit à Lyon, le 7 mai 1274, eut Deuxième

concile STcriâr^l

principalement pour but d'établir la paix et l'union entre l'Eglise jg j%q^ latine et l'Eglise grecque. Quatre Frères mineurs furent chargés de (XIV* œcumédiscuter les conditions de cette union avec l'empereur Michel Paléc- (mai la-rd) logue^ tandis que le général des dominicains, Humbertde Romans, préparait un rapport sur l'état du clergé. Cinq cents évêques et beaucoup d'autres prélats furent présents à la séance d'ouverture. On y remarquait le savant dominicain Pierre de Tarentaise et le général des franciscains, Bonaventure. Le plus savant des théologiens, Thomas d'Aquin, y avait été convoqué, mais il était mort en route. Mort de dans l'abbaye cistercienne de Fossanuova, non loin d'Aquin, le ^^^j Aqu'ia^" 7 mars 1274- Les représentants des Templiers et des chevaliers de (1274). Saint-Jean, les ambassadeurs des rois de France, d'Allemagne, d'Angleterre et de Sicile, les patriarches latins d'Antioche et de Constantinople, étaient présents à l'assemblée.

En attendant l'arrivée de l'ambassade grecque, le concile tint trois sessions, dans lesquelles il vota douze canons disciplinaires - relatifs aux élections ecclésiastiques, aux biens d'Eglise, à la procédure

I. Jean Glir\l'd, Registre de Grégoire X, n. ig^. a. Les canons 3, /|, 5, 6, 7, 8, 9, i5, 19, 24, 29, 3o.

Fin du «chisme grec.

Nouvelle croisade.

judiciaire et à l'excommunication *. Le 24 juin, les ambassadeurs de l'empereur de Constantiiiople se présentèrent. Paléologue avait fait accepter aux évêques et au clergé grec placé sous sa dépendance, trois choses : la reconnaissance de la primauté du pape, Tacceptation du principe de l'appel à Rome, et la mention du pape dans la liturgie. Une quatrième session fut tenue, dans laquelle, au nom de l'empereur, le grand logothète ou chancelier de l'empire déclara que l'Eglise de Gonstantinople revenait à l'obédience du Saint-Siège. On entonna le Te Deum, et, après un discours du pape, on chanta le Credo, en répétant trois fois la formule Filloque. C'était le 6 juillet 1274. C'était la fin d'un schisme qui avait duré deux cent vingt ans 2. « Le concile de Lyon était à la fois un triomphe pour la papauté et pour les partisans de la croisade. Rien ne semblait plus faire obstacle à la délivrance de la Terre Sainte. Le pape obtint des évêques réunis au concile la levée des décimes de la croisade pendant six ans. Le roi Philippe III, la reine, beaucoup de prélats et de barons, se croisèrent. Le i"^ mai 1276, Grégoire X achevait son œuvre de pacification en amenant Charles d'Anjou et Michel Paléologue à conclure une trêve. Quelques jours avant sa mort, le pape recevait une ambassade de l'empereur byzantin, qui lui renouvelait l'expression de son zèle pour la Terre Sainte. A ce moment, le roi de France, le roi de Sicile, le roi d'Angleterre, le roi d'Aragon avaient pris la croix. L'union politique et spirituelle de la chrétienté semblait accomplie. Les rêves des Urbain II et des Innocent IIJ paraissaient près de se réahsèr. Malheureusement, cet accord tout diplomatique masquait des causes de divisions trop profondes pour qu'il pût durer : aussitôt après la mort de Grégoire X, elles éclatèrent 3. »

I. Le canon 29 décide que la défense de communiquer avec les excommuniés ne s'applique que dans les cas d'excommunication nominale.

3. Avant de se séparer, le concile tint encore deux sessions. Parmi les décrets dogmatiques qui y furent votés, l'un des plus importants est celui qui déclare que le Saint-Esprit « procède éternellement du Père et du Fils, mais non pas comme de deux principes ni par deux spirations » (canon I). Parmi les décrets disciplinaires, il faut noter celui qui, pour éviter à l'avenir les longues vacances du Saint- Sîège, décida que « les cardinaux qui se trouveront dans la ville où le pape mourra attendront huit jours seulement les absents, puis s'assembleront dans le palais du pontife, où ils n'auront aucuoe relation avec le dehors. Si, trois jours après leur entrée, l'Eglise n'est pas pourvue d'un pasteur, les cinq jours suivants on ne servira qu'un mets aux cardinaux, et, au delà de ce terme, rien que du pain, du via et de l'eau, » (Canon a) (Mansi, XXIV. 109-1 33.)

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