I. Jaffé, n
a. RicHBR, Hist., t. m, 43, P. L., t. CXXX\1II, col loi.
3 Olleris. Œuvres de Gerbert, un \o'. in-4^, Clermonl-Ferrand et Paris, 1867, p, 28. Les haines de race et de religion avaient creusé, entre les Espagnols et les Musulmans, un grand abînoe. «11 est possible cependant, dit Olleris, que, par des voies secrètes et ignorées, les écrits des Arabes de la péninsule aient franchi les trontières du califat. » L'activité scientifique des Arabes était alors remarquable. tJn palais de Cordoue contenait une bibliothèque de six cent mille volumes. Un catalogue de quarante quatre volumes fut dressé pour faciliter les recherches. yOLLERis, loc. cit.)
Son eiweignement.
il prélude,
par sa méthode,
à celle
des grandes
universités
du iîiie siècle.
Il est attaché
à la cour
d'Olton II.
Il se montre
favorable
à la cause
du
Saint-Empire.
Le rêve
ambitieux
d'Otton III.
Richer, des légions de disciples accourir à ses savantes leçons » *. La méthode de son enseignement vaut la peine qu'on s'y arrête. (( Voici, continue Richer, quel était l'ordre de ses leçons. Il débutait par la dialectique... Ce travail préliminaire était, à ses yeux, une initiation nécessaire à l'étude de la rhétorique proprement dite. Quant à celle-ci, il avait pour principe qu'on ne saurait jamais atteindre la perfection de l'art oratoire si l'on ne commençait à se former le style par la lecture des grands poètes, tels que Virgile, Stace, Térence Horace, Lucain. Il abordait ensuite l'étude de la rhétorique d'après le manuel de Victorinus. Enfin il mettait ses élèves aux prises avec la sophistique dans des discussions solennelles, où ils devaient soutenir chacun leur thèse avec tant d'art que l'art ne s'y fît point remarquer ; ce qui constitue le plus haut point de perfection où puisse atteindre un orateur 2. » Qui ne voit là déjà toute la forte méthode qui devait triompher dans nos grandes universités du Moyen Age?
Les disciples de Gerbert, venus de partout, répandirent sa réputation dans tous les monastères et dans toutes les cours de l'Europe. L'empereur Otton II, qui l'avait remarqué à Rome, alors qu'âgé de vingt-cinq ans, le jeune moine y étudiait les sciences exactes, voulut l'attachera sa cour et lui confia l'éducation de son fils Otton III.
L'étude passionnée des sciences abstraites n'affaiblit jamais, chez Gerbert, ni la vivacité des sentiments du cœur ni la claire vue des choses de la vie concrète. La reconnaissance qu'il devait aux Ottons et, plus encore, la conviction qu'il avait du rôle pacificateur et protecteur que pouvait exercer la puissance impériale au milieu des troubles de la chrétienté, l'inclinèrent vers la cause de l'Empire.
S'il travailla pour le triomphe d'Hugues Capet, ce fut sans doute qu'il voyait dans la famille de Robert le Fort l'instrument providentiel du relèvement de la France ; ce fut aussi — sa correspondance en fait foi — parce que ce triomphe avait l'agrément du pouvoir impérial.
Mais Otton III, dont les rêves ambitieux, loin de s'évanouir sous le coup de ses précédents échecs, s'amplifiaient de jour en jour, ne sut plus, quand il vit son illustre précepteur assis sur la chaire de
1. RicHBft, Hist., t. III, 45, P. L., t. CXXXVIII, col. 102. Nous résumons ici, en traduisant aussi exactement que possible les expressions mêmes du chroniqueur, le texte de Richer.